15 000 scientifiques de 184 pays envoient un « avertissement à l’humanité »

La tribune suivante relaie l’appel du site scientistwarming – créé pour l’occasion, et parue lundi dans la revue BioScience. Les auteurs du texte sont entre autres William J. Ripple, Christopher Wolf, Mauro Galetti, Thomas M Newsome, Mohammed Alamgir, Eileen Crist, Mahmoud I. Mahmoud, William F. Laurance. La liste complète des signataires peut être trouvée ici.
Il y a 25 ans, l’Union of Concerned Scientists et plus de 1500 scientifiques indépendants, y compris la majorité des lauréats du prix Nobel dans les sciences, ont écrit l’Avertissement des scientifiques du monde à l’humanité, de 1992.
Ces professionnels concernés ont appelé l’humanité à réduire la destruction de l’environnement et ont insisté qu’« un changement radical dans notre intendance de la Terre et de la vie sur elle s’avère nécessaire pour éviter la misère humaine à grande échelle« . Dans leur manifeste, ils ont montré que les humains étaient sur un cours de collision avec le monde naturel. Ils se sont dits préoccupés par les dommages actuels, imminents ou potentiels sur la planète Terre impliquant l’appauvrissement de l’ozone, la disponibilité en eau douce, les effondrements de la pêche marine, les zones mortes de l’océan, la perte de forêt, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Ils ont proclamé que des changements fondamentaux étaient nécessaires de toute urgence pour éviter les conséquences que notre cours actuel apporterait.
Les auteurs de la déclaration de 1992 craignaient que l’humanité poussât les écosystèmes terrestres au-delà de leurs capacités à soutenir la toile de la vie. Ils ont décrit comment nous approchons rapidement plusieurs des limites de ce que la planète peut tolérer sans dommage substantiel et irréversible. Les scientifiques ont plaidé pour la stabilisation de la population humaine, en décrivant comment notre nombre important – gonflé par 2 milliards de personnes supplémentaires depuis 1992, une augmentation de 35% – exerce des tensions sur Terre qui peuvent annuler d’autres efforts pour réaliser un avenir durable. Ils ont imploré de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), d’éliminer les combustibles fossiles, de réduire la déforestation et d’inverser la tendance à l’effondrement de la biodiversité. À l’occasion du 25ème anniversaire de leur appel, nous lançons un regard rétrospectif sur cet avertissement afin d’en évaluer la réponse humaine , tout en explorant les données disponibles
en séries chronologiques.
Depuis 1992, à l’exception de la stabilisation de la couche d’ozone stratosphérique, l’humanité n’a pas réussi à faire des progrès suffisants dans la résolution générale de ces défis environnementaux prévus et, de façon alarmante, la plupart d’entre eux deviennent bien pires. Particulièrement troublant est la trajectoire actuelle du changement climatique potentiellement catastrophique en raison de la hausse des GES poussée par la combustion des combustibles fossiles, la déforestation et la production agricole -en particulier des ruminants pour la consommation de viande. En outre, nous avons déchaîné un événement d’extinction de masse, le sixième en environ 540 millions d’années, où de nombreuses formes de vie actuelles pourraient être anéanties ou au moins condamnée s à l’extinction d’ici la fin de ce siècle.
L’humanité reçoit maintenant un deuxième avis, comme le montrent ces tendances alarmantes (figure 1). Nous mettons en péril notre avenir en ne résistant pas à notre consommation matérielle intense, quoique géographiquement et démographiquement inégale, et en ne prenant pas conscience de la croissance rapide et continue de la population en tant que principal moteur de nombreuses menaces écologiques et même sociales (Crist et al., 2017). Faute de limiter adéquatement la croissance de la population, réévaluer le rôle d’une économie enracinée dans la croissance, réduire les gaz à effet de serre, inciter les énergies renouvelables, protéger l’habitat, restaurer les écosystèmes, mettre fin à la défaunation et contraindre les espèces exotiques envahissantes, l’humanité ne prend pas les mesures urgentes nécessaires à sauvegarder notre biosphère en péril. Étant donné que la plupart des dirigeants politiques répondent à la pression, les scientifiques, les influenceurs des médias et les citoyens en général doivent insister pour que leurs gouvernements prennent des mesures immédiates, comme un impératif moral pour les générations actuelles et futures de la vie humaine et des autres espèces. Avec une vague d’efforts populaires et organisés, l’opposition obstinée peut être vaincue et les dirigeants politiques forcés de faire le bon choix.
Il est également temps de réexaminer et de modifier nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction (idéalement au niveau de remplacement au plus) et en diminuant drastiquement notre consommation par habitant de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources. Le déclin mondial rapide des substances appauvrissant la couche d’ozone montre que nous pouvons faire des changements positifs lorsque nous agissons de manière décisive . Nous avons également fait des progrès dans la réduction de la pauvreté extrême et de la faim (www.worldbank.org). D’autres progrès remarquables comprennent: la baisse rapide des taux de fécondité dans de nombreuses régions, attribuable aux investissements dans l’éducation des filles et des femmes (www.un.org/esa/population), le déclin prometteur du taux de déforestation dans certaines régions et la croissance rapide du secteur des énergies renouvelables. Nous avons beaucoup appris depuis 1992, mais l’avancement des changements urgents de la politique environnementale, du comportement humain et des inégalités mondiales est encore loin d’être suffisant.
Les transitions vers le développement durable se déroulent de manières diverses et exigent toujours une pression de la société civile et un plaidoyer fondé sur des preuves, un leadership politique et une compréhension solide des instruments politiques, des marchés et d’autres facteurs. Des exemples d’étapes diverses et efficaces que l’humanité peut prendre pour passer au développement durable comprennent (pas dans l’ordre d’importance ou d’urgence) :
• Prioriser la mise en place de réserves connectées, bien financées et bien gérées, pour une proportion significative des habitats terrestres, marins, d’eau douce et aériens dans le monde
• Maintenir les services écosystémiques de la nature en arrêtant la destruction des forêts, des prairies et d’autres habitats naturels
• Restaurer les communautés de plantes à grande échelle, en particulier les paysages forestiers
 • Renaturaliser des régions avec des espèces natives , en particulier des prédateurs apex, pour rétablir les processus et la dynamique écologiques
• Élaborer et adopter des instruments politiques adéquats pour remédier à la défaunation, au braconnage et à l’exploitation et au trafic d’espèces menacées
• Réduire le gaspillage alimentaire grâce à l’éducation et à une meilleure infrastructure
• Promouvoir des changements alimentaires vers surtout des aliments à base de plantes
• Réduire davantage les taux de fécondité en veillant à ce que les femmes et les hommes aient accès à l’éducation et aux services volontaires de planification familiale, en particulier là où ces ressources manquent encore
•Renforcer l’éducation en plein air pour les enfants ainsi que l’engagement global de la société dans l’appréciation de la nature
• Réorienter les investissements financiers et diminuer la consommation pour encourager des changements environnementaux positifs
• Concevoir et promouvoir de nouvelles technologies vertes et adopter de manière massive des sources d’énergie renouvelables, tout en supprimant progressivement les subventions à la production d’énergie par des combustibles fossiles
• Réviser notre économie pour réduire les inégalités et veiller à ce que les prix, la fiscalité et les systèmes incitatifs tiennent compte des coûts réels que les modes de consommation imposent à notre environnement
• Estimer une taille de population humaine scientifiquement défendable et durable à long terme tout en rassemblant les nations et les dirigeants pour soutenir cet objectif vital.
Pour éviter une misère généralisée et une perte de biodiversité catastrophique, l’humanité doit adopter des pratiques alternatives plus durables sur le plan environnemental que les modalités actuelles. Cette prescription a été bien formulée par les plus grands scientifiques du monde il y a 25 ans, mais, à bien des égards, nous n’avons pas tenu compte de leur avertissement. Bientôt, il sera trop tard pour dévier de notre trajectoire défaillante, et le temps s’épuise. Nous devons reconnaître, dans notre vie quotidienne et dans nos institutions gouvernementales, que la Terre avec toute sa vie est notre seul foyer. Merci.
Pour un souci de lisibilité, certaines notes du texte ont été effacées.

Vous pouvez retrouver l’intégralité du texte ici.

 
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