92 personnes étaient piégées dans un bus qui sombrait rapidement au fond de l’eau. Ce que cet homme a accompli ce jour-là, il l’a gardé pour lui pendant de nombreuses années

"Je pouvais imaginer l'agonie de ces 92 personnes. Je savais comment elles allaient mourir"

En temps de catastrophe, la véritable nature d’une personne est révélée. Prendrons-nous lâchement la fuite ? Nous occuperons-nous seulement de nos proches en délaissant tous les autres ? Ou serons-nous capable de tout mettre de côté tout et de sauver de parfaits inconnus ?

Dans le cas du nageur arménien Shavarsh Karapetyan, c’est définitivement ce dernier choix qu’il a fait.

Le 16 septembre 1976, Shavarsh faisait une course de 20 km avec tout autant de kilos à porter sur son dos lorsqu’il a entendu le fracas d’un accident. La source du vacarme était un autocar qui avait brisé le muret de sécurité en béton de la route et est ensuite tombé dans le lac Erevan, bien connu en Arménie.

Il y avait environ 90 personnes de le car. L’eau du bassin était de 10 mètres de profondeur et le véhicule avait coulé jusqu’au fond.

Shavarsh, qui était avec son frère Kamo, n’a pas perdu de temps. Il a couru vers le bas, a jeté son sac à dos et les autres choses qu’il portait, puis a plongé dans l’eau trouble.

Personne d’autre n’aurait pu faire ce que Shavarsh a fait ensuite.

Appelez cela la chance ou le destin mais Shavarsh, 23 ans à l’époque, qui se trouvait là-bas, était un champion du monde de natation quand l’accident s’est produit.

Shavarsh (au milieu) avec ses frères (Xenia School / Capture d’décran)

Shavarsh et Kamo, qui était un nageur accompli aussi, ont plongé sous l’eau pour trouver une fenêtre ou une porte ouverte, mais il n’y en avait pas. Shavarsh savait qu’il devait donc casser une des vitres. Quand ils ont réémergé, Shavarsh a demandé à Kamo de rester au bord de l’eau au cas où quelque chose lui arriverait et afin d’attraper les gens à leur arrivée, a rapporté le Grantland.

Lors de la plongée suivante, il a trouvé la vitre arrière et l’a frappée aussi fort qu’il le pouvait. Le verre s’est cassé, mais certains éclats lui ont causé des coupures aux jambes. Shavarsh a tiré la fenêtre. En raison de l’eau brouillée par la vase, il cherchait à tâtons, dans l’obscurité de l’eau trouble, tout ce qui pouvait sembler humain.

Selon le Grantland, chaque fois qu’il trouvait quelqu’un, Shavarsh les sortait du car, posait ses pieds sur le toit du véhicule, puis se propulsait vers le haut. Kamo, qui attendait au sommet, emmenait ensuite le passager chez les kayakistes qui étaient arrivés sur les lieux pour aider.

« Le bruit de l’accident était effrayant. C’était si fort, comme si une bombe avait explosé. J’ai failli me noyer plusieurs fois. Je pouvais imaginer l’agonie de ces 92 personnes. Je savais comment elles allaient mourir », a raconté Shavarsh plus tard à Pravmir.ru.

Shavarsh a plongé dans l’eau froide environ 40 fois en l’espace de 20 minutes.

Après une plongée, Shavarsh était pressé de revenir rapidement pour aider quelqu’un. En raison de la pression induite par le temps qui s’écoulait, il a omis de faire sa technique d’hyperventilation qui l’obligeait à prendre cinq grandes inspirations avant chaque plongée. Dans sa hâte, il n’en prenait qu’une. le Grantland rapporte que quand il était en bas, le besoin de respirer devenait incontrôlable. À ce moment, il saisissait tout ce qu’il trouvait sans regarder. Durant une des plongées, il a pris par erreur un coussin de siège.

Shavarsh a déclaré à la première chaîne russe qu’il « faisait des cauchemars à propos de ce coussin durant longtemps après cela. J’aurais pu sauver la vie de quelqu’un d’autre ».

Le car qui était tombé dans le lac Erevan est retiré de l’eau. (École Xenia / Capture d’écran)

Après 20 minutes de plongée continue, les secouristes lui ont dit d’arrêter. Il n’y avait presque plus aucune chance que des gens soient encore en vie et ils ne voulaient pas risquer celle du sauveteur.

À la fin, Shavarsh avait tiré 37 personnes de l’eau parmi lesquelles 20 ont survécu.

L’héroïsme de Shavarsh a cependant eu un prix.

Le lendemain, on lui a diagnostiqué une pneumonie dans les deux poumons, une fièvre de 40 degrés et des convulsions. Les eaux froides et sales du lac Erevan ont fait des ravages sur son corps. Il a été hospitalisé pendant trois semaines.

Quand il a été libéré, Shavarsh a essayé de s’entraîner à nouveau, mais il a souffert de complications pulmonaires. Non seulement son corps éprouvait des difficultés, mais un problème mental se développait.

« Ce n’était pas que j’avais peur de l’eau », a-t-il confié au Grantland. « Je la détestais tout simplement. »

Malgré ces problèmes, Shavarsh a encore une fois participé au championnat de l’URSS. Il a battu un record du monde – son onzième et dernier. Plus tard dans l’année, il a concouru en Hongrie et a remporté trois médailles d’argent et une médaille d’or.

Personne ne connaissait les obstacles qu’il avait à surmonter pour remporter ces titres puisque ses actions au lac Erevan étaient tenues à l’écart du public.

Il aura fallu attendre 6 ans, quand le Komsomolskaïa Pravda publiait chaque jour une histoire, pour que le public apprenne l’acte héroïque de Shavarsh.

La femme de Shavarsh, qu’il a rencontrée et épousée en 1981, n’a également pas été au courant de ce sauvetage audacieux pendant de nombreuses années. « Elle m’a demandé pourquoi je ne lui avais jamais dit », se souvient Shavarsh. « J’ai dit : ‘Nous devons faire des bébés, pas nous raconter d’histoires.' »

Il y a donc plus qu’il n’y parait derrière le regard de cet athlète.

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