À la recherche de la véritable légende du roi Arthur

Le 17 mai prochain, « Le roi Arthur: la légende d’Excalibur », une nouvelle adaptation cinématographique de la légende d’Arthur, sort au cinéma en France. Le titre du film semble suggérer que le long-métrage portera sur Excalibur, l’épée du souverain légendaire, interprété par Charlie Hunnam. Au vu des nombreuses divergences entre les interprétations cinématographiques précédentes et la légende arthurienne médiévale, on peut se demander si cette nouvelle version se montrera plus authentique.

Si l’envie vous prend de visionner ce nouveau blockbuster avec en tête les quelques discordances exposées ci-après, il se peut que certains éléments du film vous fassent sourire…

L’épée dans un rocher

Épée dans un un rocher (CC BY-SA 2.0) et forêt enchantée (CC BY-NC-SA 2.0); composition.

Le thème du roi Arthur tirant l’épée d’un socle de pierre, prouvant ainsi qu’il est digne d’être roi d’Angleterre, est peut être la partie de la légende ayant été la plus déformée.

En premier lieu, dans l’histoire originale, l’épée est ancrée dans une enclume, elle-même posée sur une pierre, et non directement plantée dans un rocher. L’enclume fut progressivement omise par les auteurs successifs. En second, cette épée n’a rien à voir avec Excalibur: la première est souvent appelée « l’épée dans la pierre » afin de souligner cette distinction.

Troisièmement, la plupart des films hollywoodiens situent cette scène dans la campagne, où au fond d’une forêt. Mais les romans arthuriens médiévaux la placent en plein cœur de Londres.

Par exemple, dans la plus ancienne version de cette histoire connue à ce jour, écrite par le poète bourguignon Robert de Boron vers l’an 1200, l’événement prend place dans le cimetière de « la plus grande église de Londres. » Et De Boron affirme avoir fondé son récit sur une histoire beaucoup plus ancienne, remontant au début du Moyen Âge.

Les faits historiques n’invalident pas cette hypothèse, et auraient même tendance à la corroborer: depuis l’époque romaine, la plus grande église de la capitale britannique est la cathédrale Saint-Paul. Elle fut maintes fois reconstruite depuis sa création, pour atteindre sa forme moderne à la fin du XVIIe siècle.

Vers le IVe siècle, son emplacement est connu pour avoir été le siège de l’évêché de Londres. Et traditionnellement, les évêchés n’étaient autre que des cathédrales. Il est généralement admis que le roi légendaire aurait vécu vers la fin du Ve siècle, les deux dates sont donc cohérentes.

À la recherche de la tombe du roi Arthur

Incidemment, des documents remontant à l’époque médiévale témoignent de la présence d’une épée associée à un rocher dans le cimetière de Saint-Paul. Il y a onze siècles, une certaine importance était attribuée à cette épée, puisque les écrits rapportent que des proclamations et des déclarations de lois étaient communes en ces lieux, particulièrement devant ce rocher.

Par exemple, en 1189, lorsque Henry Fitz-Ailwin est devenu maire de Londres, il frappa la pierre avec son épée pendant la cérémonie d’institution afin d’affirmer son droit de gouvernance.

La date à partir de laquelle cette tradition fut établie n’est cependant pas connue.

La pierre de Londres

Photographie de la pierre de Londres. (Photo: Debbie Cartwright)

Cette ancienne pierre parfois associée à la légende d’Arthur existe toujours, bien que réduite par le temps et les badauds qui en prélevèrent des morceaux en guise de souvenirs. Connue sous le nom de London Stone (Pierre de Londres), elle a été retirée du cimetière après la reconstruction de la cathédrale, initiée suite à l’incendie de Londres en 1666.

Pendant longtemps, elle a été presque oubliée, stockée dans la niche ouverte du mur d’une librairie au 111 Cannon Street, et protégée par une grille de métal. La démolition du bâtiment a finalement entraîné le déplacement de la pierre jusqu’au musée de Londres.

La London Stone se présente comme un bloc de calcaire de dimensions 53 x 43 x 30 centimètres, probablement un fragment d’un élément plus grand. Le musée a confirmé que la pierre pourrait très bien être d’origine romaine, la rendant suffisamment ancienne pour avoir été présente dans le cimetière à l’époque d’Arthur.

Une autre hypothèse formulée par Elizabeth Gordon en 1914, et fondée sur des spéculations du XVIIIe siècle, place cette pierre dans un cercle de pierre à-la-Stonehenge, autrefois présent sur l’emplacement actuel de Saint Paul. De nos jours, cette éventualité est écartée par la communauté scientifique, faute de preuves.

Reconstruction de la niche où été conservée la pierre avant d’être déplacée au musée de Londres. (Photo: Debbie Cartwright)

Angles et Saxons, enclume et rocher

Des personnes s’étant penchées sur la légende d’Arthur trouvent l’image d’une épée encastrée dans une enclume, elle-même posée sur un rocher, pour le moins déconcertante.

De fait, certains ont essayé de justifier cette image comme la conséquence d’erreurs linguistiques. Par exemple, il est connu qu’Arthur était sorti victorieux de ses guerres avec les Anglo-saxons, qui étaient alors séparés en deux tribus distinctes du Nord de l’Allemagne: les Angles et les Saxons

Or, le mot latin pour rocher, ou fragment de pierre de grande taille, est saxum, un terme phonétiquement proche de Saxon. Aussi, le terme anglais Anglos est assez similaire de anvil (enclume en anglais). Au fur et à mesure, les traditions orales auraient pu modifier l’histoire originale, ce qui pourrait expliquer cette image singulière.

Une autre hypothèse du même acabit rapproche le mot latin saxo (rocher) de Saxon; « Arthur tirant l’épée contre les saxons » serait devenu : « Arthur tirant l’épée d’un rocher. » Rappelons que d’autres versions de la légende, ultérieures à celle de Boron, omettent l’enclume.

D’autres se sont attachés à trouver une symbolique dans les éléments impliqués: par exemple, l’épée symboliserait la justice, et la pierre la chrétienté. Arthur retirant l’épée du rocher signifierait qu’il s’astreindrait à poursuivre la justice au nom de la chrétienté.

Notons pour finir que certains éléments de l’histoire d’Arthur, comme l’épée encastrée dans un socle de pierre, sont aussi présents dans d’autres récits, notamment chez les Sarmates, un peuple originaire des steppes de l’Est de l’actuelle Russie. Ces rapprochements ont été étudiés en détails, sans qu’aucune certitude ne s’en dégage.

Excalibur

Le roi Arthur s’enquiert de l’épée Excalibur auprès de la Dame du lac, illustration du XIXe siècle par l’artiste anglais Walter Crane. (Domaine public)

Revenons à l’autre épée, Excalibur. Dans les récits médiévaux, après avoir cassé sa première épée sur le champ de bataille, Arthur est conduit par Merlin près d’un lac. Il y reçoit Excalibur d’une nymphe, la Dame du lac.

À la mort du roi, l’épée est déposée par un proche, Bédivère, dans un étang enchanté, où elle est finalement récupérée par la Dame du lac. À cette époque, jeter des objets précieux dans des points d’eau était chose commune, et constituait une offrande aux diverses déités résidant en ces lieux.

Les archéologues en ont trouvé de nombreux, par exemple dans le lit desséché du lac Llyn Cerrig Bach, sur l’île d’Anglesey, au nord du Pays de Galles. Les experts pensent aujourd’hui que les épées de guerrier étaient jetées dans ces eaux sacrées au cours des funérailles, afin d’accompagner le défunt dans son voyage vers l’au-delà.

Sir Bédivère jette Excalibur dans le lac, illustration du XIXe siècle par l’artiste anglais Walter Crane. (Domaine public)

Une épée historique

L’erreur la plus courante dans les versions modernes du mythe est que les épées, Excalibur ou autre, sont décrites comme des épées médiévales longues. Or, en 500 de notre ère, les épées étaient généralement beaucoup plus courtes, à l’image des spathas utilisées par la cavalerie romaine de l’époque.

Réplique d’une spatha romaine d’excellente manufacture, commune chez les Britanniques pendant l’occupation romaine. (Photo: Debbie Cartwright)

Il semblerait qu’à l’époque post-romaine, la spatha fut adoptée comme épée par les Britanniques, donc il est fort probable que l’épée d’Arthur fut aussi ainsi.

Des informations complémentaires sur la légende du roi Arthur sont disponibles sur le site internet de Graham Philippe, ainsi que dans son livre The Lost Tomb of King Arthur (« Le tombeau perdu du roi Arthur. »)

Version espagnole: La verdadera leyenda de la espada en la piedra y el rey Arturo, republié depuis Ancient Origins.

 
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