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Appenzell, la Suisse carte postale

Écrit par Christiane Goor et Charles Mahaux
21.03.2015
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  • A l’occasion de la démontagnée, les bergers mettent à l’honneur leurs costumes traditionnels. (Charles Mahaux)

Ni ville, ni village, mais un bourg ravissant, le plus pimpant,  le plus nature, le plus authentique qui soit, avec ses murs peints de couleurs gaies, ses enseignes forgées et ses boutiques qui racontent le terroir: grosses meules de fromage, liqueurs amères aux herbes, gâteaux épicés au miel et petits ateliers d’artisans. Un coin de pays simplement généreux.

Au cœur d’une large vallée en éventail sillonnée par une rivière torrentueuse et au pied des contreforts verdoyants de l’Alpstein se blottit Appenzell, capitale d’un canton, voire d’un demi-canton, le plus petit de la confédération, les Rhodes-Intérieures. C’est que la région a échappé à la Réforme laissant le chœur des églises et des chapelles richement décoré et chargé d’effigies de saints. À l’inverse, l’autre demi-canton, les Rhodes-Extérieures, affiche dans ses temples le dépouillement caractéristique du protestantisme qui a converti le Nord et l’Est de la Suisse. Un détail de l’histoire qui peut expliquer sans doute l’attachement farouche des habitants d’Appenzell à leurs traditions.

Un cérémonial immuable

Chaque dernier dimanche d’avril, se tient la Landsgemeinde, une assemblée populaire tenue sur la grand place, une tradition qui remonte au XIIIe siècle, abandonnée depuis dans plusieurs cantons de Suisse mais toujours bien vivace à Appenzell.

La journée commence par une messe solennelle dans l’église paroissiale, elle n’a rien d’une manifestation folklorique même si elle se déroule sous le regard ébahi des curieux. Dès midi, tout le monde s’engage dans un cortège en costumes traditionnels, avec les porte-drapeaux et leurs bannières colorées. Les membres du gouvernement local, les corps constitués, les juges drapés dans une cape noire, tous se rendent en procession vers la place qui, en ce jour très particulier, n’accueille que ceux qui ont le droit de vote. Jadis, la Landsgemeinde refusait ce droit aux femmes. Il fallut attendre 1991 et la pression du gouvernement central montré du doigt à l’échelon international pour que le droit de vote leur soit enfin accordé, ainsi que le droit d’éligibilité locale. Aujourd’hui, même si une femme a rejoint le cercle très fermé des sept élus, le dernier dimanche d’avril se nomme encore le Mannertäg, le jour des hommes…

  • A l’occasion des festivités traditionnelles, les femmes portent sur la tête une curieuse coiffe en forme de roue: une cornette noire dont les deux ailes en tulle sont séparées par de la dentelle blanche. (Charles Mahaux)

Toute la communauté se retrouve pour voter à main levée sur des sujets soumis au verdict populaire, conférant ainsi à la Landsgemeinde une autorité suprême reconnue par les citoyens du demi-canton. N’importe quel participant peut soumettre des propositions. Ce système qui paraît archaïque serait-il l’expression la plus pure de la démocratie directe en Suisse? Elle en est en tout cas la plus ancienne mais d’aucuns la remettent en cause: le vote à main levée ne garantit aucune discrétion et le décompte à vue des voix manque pour le moins de précision arithmétique. Par ailleurs, la séance peut durer des heures et nombreux sont ceux qui n’y participent pas, simplement au travail pour maintenir les services à donner aux touristes qui envahissent les hôtels et les restaurants à l’occasion de cet événement qui fleure bon le folklore.

Un peuple de bergers et de vachers

Le pays est à la mesure de l’homme. Abrités par la forteresse naturelle dessinée par les montagnes, les paysans y ont développé un style de vie rythmé par les saisons. Le plus petit canton du pays rassemble quelque 15.700 habitants et au moins autant de vaches, ce qui en fait aussi le canton le plus rural qui soit. Aux flancs des prairies verdoyantes, s’accrochent de petites fermes pimpantes bien distantes les unes des autres car ici chacun est roi dans son domaine.

En été, la hauteur de l’herbe détermine la montée à l’alpage, c’est un jour de fêtes pour toute la région. Des jeunes filles vêtues d’une jupe légère recouverte d’un tablier blanc surmontée d’un corselet et des gamins vêtus d’un pantalon jaune resserré au genou et d’une chemise de berger surmontée d’un gilet rouge ouvrent le cortège guidant des petites chèvres blanches aux longs poils. Derrière, vient l’armailli, à savoir le berger, un seau de bois attaché à l’épaule. Il arbore la tenue traditionnelle avec ses bretelles décorées de ferrures en laiton et une boucle d’oreille en or à laquelle est suspendue une minuscule cuillère à crème, symbole de son métier. Trois vaches suivent avec leurs lourdes cloches ainsi que d’autres armaillis qui encadrent le reste du troupeau. Le propriétaire accompagné de son chien ferme la marche avec la charrette qui contient les ustensiles qui seront utilisés sur l’alpage. Les cloches suspendues au cou des trois premières vaches accordées les unes par rapport aux autres constituent les seuls instruments de musique au monde joués par des vaches! Les armaillis sont avant tout chargés de chanter et de yodler. Ils veillent aussi à ce que le troupeau reste groupé et n’hésitent pas à porter les cloches quand la montée est trop rude pour les bêtes, quitte à les faire sonner à leur tour en leur imprimant des mouvements rythmiques réguliers. Une dizaine de semaines plus tard, vers la fin de l’été, c’est la désalpe, le retour à l’étable dans la plaine. En pays d’Appenzell, elle s’étire sur plusieurs jours et la petite capitale résonne souvent des tintements des cloches et du yodel des hommes signalant la fin de l’estivage.

  • Durant les longues soirées d’hiver, les paysans deviennent artisans et aiment à décorer leurs meubles en bois avec des scènes de leur quotidien. (Charles Mahaux)

En hiver, quand le climat rude enferme les habitants dans leurs maisons, vient le moment de se plonger dans des travaux d’artisanat qui racontent l’amour que les Appenzellois portent à leur région. Il en est ainsi avec la boissellerie qui permet de fabriquer dans le bois tendre de l’érable et du pin les ustensiles de la production laitière: seaux à lait, barattes à beurre, écuelles, etc. Autant d’objets ornés de gravures en forme d’étoiles ou de fleurs stylisées. D’autres préfèrent découper et ciseler des pièces en laiton qui agrémentent les courroies des cloches ou les bretelles et ceintures des armaillis avec des représentations de la vie sur les alpages. La peinture paysanne est également très présente que ce soit sur les façades des maisons ou dans les galeries d’art de la ville, mais aussi dans le musée des Arts populaires de Stein où de vieux meubles gravés de scènes agrestes illustrent la vie quotidienne et immuable des paysans dont les Appenzellois sont fiers.

Cet orgueil est d’ailleurs palpable à tous les échelons de la vie en Appenzell: dans le choix d’un menu, dans les devantures des boutiques, dans le décor des maisons, dans la simplicité déroutante avec laquelle les habitants portent leurs costumes traditionnels aux attributs très marqués: l’unique boucle d’oreille pour les hommes, les coiffes aux immenses ailes de tulle pour les femmes. Le mot d’ordre est le même: pour sauvegarder les traditions ancestrales, il faut les faire vivre et chacun s’y emploie.

Christiane Goor, journaliste. Charles Mahaux, photographe. Un couple, deux expressions complémentaires, ils fixent l’instant et le racontent. Leur passion, ils la mettent au service du voyage, de la rencontre avec l’autre.  

INFOS PRATIQUES

www.myswitzerland.com

[email protected]

n° gratuit 00800 100. 200.30

Y aller: L’aéroport le plus proche est Zurich. Il est aisé d’y prendre le train qui mène en Appenzell avec un changement confortable à Gossau. Compter en tout une petite heure et le plaisir de découvrir l’arrière-pays durant le voyage. www.swiss.com et www.sbb.ch.

Se loger: Le Romantik Hôtel Säntis avec sa typique façade en bois permet de jouir d’une vue dégagée sur la grand-place www.saentis-appenzell.ch. L’hôtel Adler est un autre compromis moins onéreux dans une bâtisse également centenaire www.adlerhotel.ch.

Artisanat: L’échoppe de Roger Dorig  au 16 Poststrasse, mérite le détour car ici, on se sent chez l’artisan de métier qui a hérité des techniques de travail de ses aïeux. La maisonnette est en elle-même un petit bijou à découvrir absolument.

Activités: Visites du musée d’Appenzell qui plonge le visiteur dans la culture du canton, de l’église baroque St-Maurice, des galeries d’art et des boutiques de gourmandises diverses et de plantes médicinales à découvrir principalement dans la Hauptgasse; la montée en téléphérique jusqu’au sommet du mont Säntis, véritable belvédère de la Suisse orientale avec vue sur les lacs de Zurich et de Constance. Appenzell, point de départ de nombreuses balades alpines: 1 200 km de sentiers balisés, soit le plus dense réseau de chemins de randonnées de Suisse. A découvrir à l’office de tourisme installé à l’hôtel de ville.

Patrimoine gastronomique:

Le fromage Appenzeller, le plus corsé des fromages suisses. L’Appenzeller Alpenbitter, potion magique au goût inimitable, servie on the rocks ou dans un cocktail raffiné. Toute la gamme des eaux minérales Goba qui jaillissent des flancs de l’Alpstein, et en particulier la Flauder à base d’un extrait de plantes. Les Bärli Biber, gâteaux épicés au miel et fourrés de pâte d’amande.

Plus de 204 717 860 personnes ont démissionné du PCC et de ses organisations.