Boeing et Airbus aident la Chine à construire les premiers avions de ligne « chinois »

Je suis très souvent abasourdi par l’approche de certaines entreprises étrangères en Chine. Elles aident les entreprises chinoises à fabriquer des produits, ouvertement conçus pour remplacer leurs propres articles sur le marché intérieur du pays. Boeing et Airbus s’inscrivent sur cette liste à présent.

Le 2 novembre, le Groupe des Avions Commerciaux d’État du régime chinois a annoncé la sortie de son premier gros porteur commercial auto-développé par le pays. D’après Business Insider, ce sont près de 4 000 fonctionnaires gouvernementaux et divers invités qui ont assisté à l’évènement, organisé dans l’usine de la compagnie aérienne de Shanghai.

La Chine qui est actuellement l’un des plus gros marchés au monde pour les avions commerciaux et doit encore acheter ses avions à Boeing et Airbus. Avec le nouveau C919, tout va changer. L’avion monocouloir, conçu pour rivaliser avec l’Airbus A 320 et le Boeing 737, peut accueillir 168 passagers.

Si une importante partie des pièces critiques du C919 vient jusqu’ici de l’étranger, cela pourrait bientôt changer. Le Parti communiste chinois exige que le C919 donne la priorité aux pièces produites en Chine.

Quelle ironie ! Alors même que le groupe fabricant d’avions commerciaux C919 géré par l’État (Commercial Aircraft Corp of China – COMAC) a clairement indiqué son intention de remplacer l’Airbus A 320 et le Boeing 737, Airbus et Boeing aident le régime chinois dans cette entreprise.

En septembre, Boeing a signé un accord de coopération avec le COMAC pour mettre en place en Chine, un centre de finition pour ses avions de ligne 737. Selon Crain Chicago Business, le centre « d’assemblage et de livraison des 737 sera la première installation de ce type hors des États-Unis pour Boeing – dont le siège est à Chicago ».

Airbus, avait un peu d’avance, puisque la compagnie apportait déjà son assistance au développement de l’aérospatiale chinoise. L’entreprise dispose depuis un certain temps d’une ligne d’assemblage pour son avion de ligne A 320, à Tianjin, en Chine.

Le 2 juillet, après la signature d’un accord avec China Aviation Corporation et la Tianjin Free Trade Zone Investment, Airbus a annoncé mettre en place un centre de montage et de livraison à Tianjin, en Chine, pour sa flotte d’A330 à fuselage large. C’est donc sans surprise que, selon CNN, le COMAC a annoncé vouloir prochainement construire un avion de ligne à large fuselage.

Ces projets sont connus depuis longtemps. Lorsque Airbus et Boeing ont signé des accords pour construire des installations en Chine, les deux entreprises étaient conscientes que le COMAC prévoyait de prendre leur place sur le marché chinois.

La RAND Corporation a publié un rapport le 4 avril 2014, indiquant que le COMAC était dans le processus de construction d’un avion commercial C919 à fuselage étroit et qu’il entrerait en concurrence avec des avions similaires d’Airbus et de Boeing.

Selon la RAND, c’est en 2008 que le COMAC a été formé, lorsque le régime chinois a consolidé ses efforts grâce à une nouvelle entreprise commerciale d’État qui fabrique des aéronefs. Le but était de construire pour son marché intérieur deux avions, le ARJ-21, un avion régional, et le C919 à fuselage étroit.

Même si le COMAC a présenté son avion C919, il lui faudra encore quelques années pour réussir à en construire un, de manière parfaitement autonome, sans aide étrangère.

Selon CNN, les pièces les plus importantes – dont le système d’atterrissage, les pneus, les enregistreurs de vol, les systèmes de contrôle de vol et beaucoup d’autres – sont toujours produites par des entreprises américaines. Les seules pièces importantes du C919 actuellement fabriquées en Chine sont les ailes, la couverture radar, le fuselage et la queue.

Cela s’inscrit cependant dans la vision de la Chine. Selon la RAND, la stratégie du régime chinois consiste à « d’abord s’engager dans la production et l’assemblage au niveau national en se basant sur des conceptions étrangères », ce que nous voyons déjà à l’œuvre dans les usines Airbus et Boeing de Chine.

La seconde phase pour le régime chinois, continue la RAND, consiste à développer « ses propres conceptions avec une aide étrangère » et ce processus s’achève avec la construction par le régime chinois « d’un avion commercial, sans aucune aide étrangère ».

En d’autres termes, Airbus et Boeing ont volontairement décidé de participer à un processus d’assistance du régime chinois, pour que ce dernier parvienne à construire des avions de ligne commerciaux, avions qui finiront par évincer Airbus et Boeing, lorsque l’on aura plus besoin d’eux.

C’est tout l’esprit de la philosophie commerciale chinoise d’avoir un « Pei Lian » ou « partenaire d’entraînement ». Autrement dit, vous travaillez avec quelqu’un jusqu’à ce que vous maitrisiez son savoir-faire et parveniez à le reproduire tout seul.

Ce délai pourrait parfaitement convenir au programme de déploiement du C919. L’avion devrait prendre son envol l’année prochaine et entrer en service autour de 2019.Dans les coulisses, le régime chinois s’active également pour maitriser la construction des différents composants d’un avion de ligne. Une grande partie de ce travail a été accompli par l’acquisition d’entreprises aérospatiales étrangères dont c’est déjà le savoir-faire.

L’année dernière, j’avais déjà couvert certains de ces développements. Comme lorsque le 19 mai 2014, Guangdong Elecpro Electric avait déclaré vouloir acquérir deux entreprises aérospatiales européennes, Mistral Engines, installée en Suisse et l’Allemand SkyTrac.

C’est dans cette lancée qu’en 2013, China Aviation Industry Corporation a acquis les moteurs Thielert Aircraft de l’Allemagne et en 2009 l’autrichien Fischer Advanced Composite Components.

Il est crucial de comprendre qu’il ne s’agit plus ici de faire des affaires ordinaires. C’est le Parti communiste chinois qui mène la danse. Selon un rapport de 2013 de la Royal Aeronautical Society du Royaume-Uni, « le domaine aéronautique a été ciblé comme un moyen capital d’augmenter la performance économique globale chinoise, grâce à ‘ la valeur économique industrielle des hautes technologies’ ».

Version anglaise : CHINA SECURITY: Foreign Manufacturers Behind China’s First Homegrown Passenger Plane

 
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