Le burn-out, nouveau phénomène de société?

En France, selon une étude du Conseil économique et social, on dénombre 400 suicides par an liés au stress engendré dans le milieu professionnel. De nombreux autres maux existaient déjà dans l’entreprise comme les harcèlements, les dépressions, le stress et c’est un nouveau phénomène appelé burn-out, qui est en train d’apparaître. Effet secondaire lié au stress, à une surcharge de travail et au climat de compétitivité de l’entreprise, il pourrait devenir le nouveau mal du siècle à la source de nombreuses maladies et de fins tragiques pour l’individu.

«Je me suis réveillé un jour, étendu dans mon lit, incapable du moindre mouvement. Par contre, la tête fonctionnait, j’étais lucide. Je savais pertinemment bien qu’il était l’heure de me lever et de me rendre à un rendez-vous professionnel important, mais la machine ne répondait plus, j’étais pour ainsi dire paralysé. J’avais tiré sur l’élastique pendant les six derniers mois, sans vouloir entendre les signes d’épuisements», a témoigné un patient victime d’un phénomène de burn-out au neuropsychiatre Patrick Mester.

Une étude a été menée dans ce sens à l’université de Tel-Aviv. 8.836 personnes ont été suivies pendant plusieurs années, et les bilans de santé ont révélé que 80% des personnes susceptibles de faire un burn-out étaient exposées à un risque accru de maladies cardiovasculaires. Les dernières études révèlent que ce phénomène présente des risques cardiovasculaires plus importants encore que le tabagisme.

La science a de nos jours, su trouver des solutions pour de nombreuses maladies mais reste cependant sans réponses concernant les nouvelles maladies provenant de notre mode de vie moderne. Le burn-out n’est pas une grippe hivernale dépendant de facteurs immunitaires, car il implique des questions de limites des capacités humaines. Il y a aujourd’hui un manque de vision pour l’expliquer davantage tant des facteurs sociaux y sont impliqués. Le burn-out existe seulement depuis quelques décennies et devient de plus en plus présent dans les entreprises. Il est souvent difficile de bien mesurer l’impact du phénomène, qui ne se limite pas seulement au cas français. Est-ce que la médecine est capable de trouver une solution à ce nouveau mal-être de la société? Ce phénomène de burn-out pourrait bien être l’arbre qui cache la forêt.

Une pathologie du travail

Qu’est-ce que le burn-out ? Ce terme est apparu en 1960. Des chefs d’entreprises avaient constaté des comportements chez leurs employés qui, d’après eux, étaient paradoxaux ou irrationnels – fatigue chronique, auto-accélération des cadences, absentéisme. Le psychiatre français Claude Veil s’est intéressé le premier à l’étude des «mécanismes de défense exprimant la souffrance», inaugurant ainsi la voie d’une nouvelle réflexion sur ce que l’on comprend alors comme étant une pathologie du travail. On a d’abord attribué cet état à certains corps de métiers, comme les ouvriers, les travailleurs sociaux travaillant à la chaîne ou dans de mauvaises conditions.

Le burn-out est un terme inventé par un psychologue américain, Herbert Freundenberger. La tendance à la «surchauffe» est très présente aux États Unis, et la crise n’a pas simplifié la diminution du phénomène. «Une partie des forces de travail est dans un état potentiel de burn-out, et ce qui m’inquiète, c’est que cela prend de l’ampleur», constate Richard Chaifetz, neuro-psychologue et patron d’une entreprise fournissant une assistance à 45 millions de personnes à travers le monde.

D’après lui, le ralentissement économique a eu un large impact sur le comportement des employés. Dans un environnement instable, alors que le taux de chômage est de plus en plus élevé, le besoin de performance devient progressivement moins important. «Cela en arrive au point où se rendre au travail est une corvée», indique Richard Chaifetz. Etre présent sur le lieu de travail est ainsi cité comme étant la seule et principale motivation pour 22% des employés, un chiffre en constante augmentation aux États-Unis.

Au Japon, depuis les années 1980, il existe ce qu’on appelle le karōshi, ou «mort subite»: les employés décèdent brutalement sur leur lieu de travail, victimes de crise cardiaque. Les médecins, en y regardant de plus près, ont constaté un ensemble de troubles cardiovasculaires liés à un travail excessif. Si la personne a travaillé entre 16 heures et 24 heures par jour pendant plusieurs jours, on reconnaît que l’état de la personne correspond au karōshi. Dans ce pays, ce phénomène ne se borne pas à tel ou tel travail ou classe sociale, mais apparaît dans n’importe quelle couche de la société.

Qui est concerné par le burn-out ?

On attribue généralement le burn-out à la catégorie des cadres et aux personnes endossant des responsabilités dans l’entreprise. En France, pour la confédération nationale des cadres, 22% des personnes interrogées manifestaient des signes d’épuisement, 15% admettaient la présence de déshumanisation et de cynisme, et 37% rendaient compte d’une perte d’intérêt ou d’enthousiasme professionnel.

Les médecins généralistes européens ne sont pas non plus épargnés. D’après une étude sur le corps médical menée en 2009, 43% des médecins généralistes européens sont concernés par le burn-out. Parmi les causes invoquées, on trouve des facteurs comme une charge élevée de travail, la difficulté d’équilibrer vie professionnelle et vie familiale, les règles et obligations complexes ou la difficulté de se faire remplacer.

Les personnes engagées dans un travail relationnel sont également susceptibles d’être atteintes par le phénomène, car une exposition fréquente à la douleur fragilise l’individu, y compris les enseignants, les assistantes sociales, les professions libérales, etc. La détérioration des relations humaines au profit de la compétitivité joue ainsi un impact déterminant sur le long et moyen terme et sur un environnement stable au sein des entreprises.

L’homme, un étranger dans le monde qu’il a créé

Aujourd’hui, avec la télévision, internet, le téléphone portable, les tablettes, etc., la proximité de l’homme avec un environnement fait de machines (ayant pour but de le divertir ou de l’aider à travailler), lui rend de plus en plus difficile l’accès à un environnement propice au calme et à la prise de recul.

Pour des raisons de compétitivité et de commerce, notre société nourrit également des conceptions sur le modèle de vie du jeune cadre dynamique à qui tout réussit, pour qui le travail rime avec performance, vie facile et argent vite dépensé. Ce modèle professionnel engendré par une certaine idée du travail basé sur les critères de la réussite financière et sociale amène en fin de compte à un surmenage et à la perte des repères de la raison d’être individuelle.

On constate souvent, à l’époque contemporaine, une tendance à ignorer les signes avant-coureurs et à négliger sa propre santé au profit du travail. L’organisme humain peut s’adapter au stress tout comme les yeux humains peuvent s’adapter à un écran d’ordinateur. Cependant, on constate de plus en plus son effet dévastateur sur le long terme, avec les multiples problèmes de santé qui peuvent apparaître.

La particularité des personnes touchées par le burn-out, d’après les signes examinés par les médecins, est que celles-ci, bien souvent, n’ont pas conscience d’avoir atteint la limite de leur capacité à endurer mentalement et physiquement. Prises dans l’engrenage, elles peuvent rarement se détacher, par elle-même, sans le recours de personnes extérieures, proches ou spécialistes. Alors que tout semble aller normalement en surface – hormis quelques symptômes extérieurs d’irritabilité – à l’intérieur le système biologique est mis à dure épreuve.

Trouver un équilibre entre travail et santé

Dans les témoignages des patients à leurs médecins, certains comportements similaires sont souvent rapportés. Comme la personne atteinte d’épuisement au travail a peu conscience de son mal-être intérieur. Elle va consulter un médecin traitant. Celui-ci lui prescrit de la médicamentation pour l’aider à dormir. Peu après, elle doit à nouveau prendre des médicaments pour calmer des palpitations cardiaques quand celles-ci se déclarent. Quand vient le moment où il n’y a plus de solutions face à la douleur du patient, il lui est prescrit des antidépresseurs. Parfois, le phénomène étant si grave et intense qu’il n’y a plus d’autres solutions possibles que de calmer la douleur par des drogues avant d’envisager quoi que ce soit d’autre.

Les antidépresseurs permettent à la personne de pouvoir se concentrer à nouveau sur ses tâches quotidiennes en écartant et éliminant temporairement le stress à la surface. Cependant, si le patient s’habitue à ce nouvel état sous anxiolytiques, mais sans rien changer dans son comportement, le mal-être se poursuivra jusqu’à ce que le traitement devienne sans effet, voire dangereux. Fondamentalement, le stress est une réaction de l’organisme à une pression extérieure qui n’est pas négative en soi, mais qui, s’accumulant, peut se traduire par un état de burn-out.

On a tendance à croire aujourd’hui que les périodes de calme ou de repos ne sont pas productives pour l’entreprise et que la tranquillité dans le travail s’accommode mal avec les notions de performance et de croissance en temps de crise. Pourtant, ce sont dans ces moments, que la réponse biologique naturelle du corps peut se mettre en place pour rétablir l’équilibre de l’individu.

Parmi les méthodes que l’on retrouve dans l’entreprise pour combattre le stress et améliorer le travail des salariés, on trouve maintenant des cours de méditation, des salles de sports, des cours de développement personnel, des sorties en plein air ou encore des temps de sieste. Pendant ces activités le corps et le mental peuvent revenir à une activité normale. Ainsi de nombreuses études montrent que pour qu’un individu maintienne sa performance, il doit privilégier une vie équilibrée avec des temps de repos permettant à son corps et à son esprit de retrouver leur rythme naturel et éviter l’escalade vers le burn-out.

 
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