CANADA – Jugé agressif et grossier envers ses collègues, un serveur français licencié porte plainte pour « discrimination culturelle »

Depuis quelques jours, l’affaire fait les choux gras de la presse canadienne : un garçon de café français remercié pour s’être montré agressif et impoli conteste son licenciement et s’estime victime de discrimination. Il invoque notamment les différences culturelles entre les deux pays et estime que les Français sont à la fois plus directs et plus expressifs dans leur manière de faire passer leurs idées.

Serveur dans un restaurant à Vancouver, une ville de plus de deux millions d’habitants située sur la côte Ouest du Canada, Guillaume Rey n’en revient toujours pas d’avoir été licencié par son employeur.

Le 14 août 2017, au cours d’un service, il aurait demandé à un de ses collègues de « faire son boulot », des propos qui auraient profondément peiné la personne concernée, celle-ci se retrouvant « au bord des larmes ».

Une situation qui a finalement poussé la direction du restaurant à le remercier, jugeant qu’il avait une fois de plus contrevenu au code de bonne conduite et de respect de la société.

La supérieure hiérarchique de Guillaume Rey soutient en effet que ce genre de comportement était particulièrement fréquent de la part du jeune homme, malgré les rappels à l’ordre réguliers du management de l’établissement, tant à l’oral qu’à l’écrit.

Une forme de discrimination culturelle ?

Guillaume estime pourtant avoir toujours fait preuve d’un professionnalisme exemplaire, se conformant simplement aux exigences en vigueur dans l’industrie hôtelière française. Il s’étonne ainsi qu’on lui reproche son attitude « honnête » et « professionnelle » :

« L’industrie de la restauration en France est un milieu professionnel lié à la pression de servir le client le plus rapidement avec la meilleure qualité », a-t-il expliqué.

Accusé de s’être montré « agressif, grossier et impoli envers la gérante et un autre employé », Guillaume Rey s’inscrit en faux, considérant que « ces accusations sont discriminatoires envers [sa] culture qui tend à être plus directe et expressive ».

Décrit comme amical et très professionnel avec ses clients, le jeune homme ne compte évidemment pas en rester là. Estimant que son licenciement n’était pas justifié, il a donc décidé de le contester devant le tribunal des droits de la personne de Colombie-Britannique auprès duquel une plainte à l’encontre de son ancien employeur a d’ailleurs déjà été déposée.

Des normes de conduite différentes entre les deux pays

Les différences culturelles entre la France et le Canada – y compris au Québec où l’on parle français – sont bien réelles. Le conflit est en effet très mal vécu outre-Atlantique et il est malvenu de confronter les points de vue, au contraire de la France où les désaccords s’expriment vigoureusement.

Les notions de respect et de politesse ne sont ainsi pas les mêmes et les spécialistes qui aident les francophones à trouver du travail au Canada considèrent que beaucoup de Français ont tendance à se montrer trop directs, allant généralement bien au-delà de ce que leurs interlocuteurs canadiens sont capables d’entendre.

C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré Julien Mainguy – fondateur et président de BC Talents, un organisme qui aide les francophones européens à s’intégrer à Vancouver – à Radio-Canada :

«  […] La culture canadienne de non-conflit fait en sorte que l’appréciation et le travail au Canada sont un peu plus différents et, surtout, moins directs que ce qu’on peut retrouver en Europe. »

La bataille judiciaire promet d’être longue et les membres du tribunal ont d’ores et déjà prévenu que Guillaume Rey devrait leur expliquer « ce qui, dans son héritage français, provoque une conduite que des gens peuvent mal interpréter pour y voir une violation des normes de la conduite acceptable dans un environnement professionnel ».

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