La plupart des Canadiens veulent que le commerce avec la Chine soit lié aux droits de la personne

En ce qui concerne le commerce avec la Chine, un nouveau sondage d’opinion indique que deux Canadiens sur trois estiment que les droits de la personne devraient être liés aux négociations de libre-échange avec Pékin. Seulement 21 % affirment que ces droits ne devraient pas être un enjeu.

Le sondage de Nanos Research révèle aussi que neuf Canadiens sur dix sont « inconfortables » (59 %) ou « quelque peu inconfortables » (29 %) de permettre aux sociétés d’État chinoises d’acquérir des entreprises canadiennes de haute technologie et de mettre fin aux restrictions les empêchant d’investir dans les sables bitumineux.

Le sondage auprès de 1000 Canadiens, réalisé pour le Globe and Mail, démontre aussi que 71 % des répondants s’opposent, dans tout futur accord commercial, à ce que les sociétés d’État chinoises puissent acquérir des entreprises canadiennes sans qu’il y ait évaluation en matière de sécurité nationale.

Le premier ministre, Justin Trudeau, et l’ambassadeur canadien en Chine, John McCallum, œuvrent pour un plus grand rapprochement avec le pays le plus peuplé du monde. Un accord de libre-échange avec la Chine est une priorité pour M. Trudeau, et les négociations sont en cours.

Cependant, les responsables chinois se sont catégoriquement opposés à l’inclusion des droits de la personne en Chine dans toutes discussions commerciales.

Nous devons maintenir la pression sur le gouvernement chinois.

Andrew Bennett, ex-ambassadeur pour la liberté religieuse

M. McCallum a indiqué dans le passé que les droits de la personne feraient partie de tout accord de libre-échange entre les deux pays. Cependant, il a récemment affirmé au Globe and Mail que, lorsque les discussions abordent les questions environnementales et du droit du travail, « il n’est pas clair pour moi que les droits de la personne, en soi, font partie d’un accord de libre-échange ».

Lors du forum annuel des parlementaires sur la liberté religieuse le 6 avril à Ottawa, plusieurs intervenants, dont une députée libérale, ont fait une mise en garde concernant les négociations commerciales avec la Chine.

« C’est un défi constant de trouver des réponses face à une économie en expansion, au désir de commercer. Le Canada doit toutefois être extrêmement prudent de ne pas être naïf dans sa relation [avec Pékin]. Et il doit y avoir des conditions alors que nous faisons avancer les droits. Garantir la liberté religieuse en est une », affirme la députée libérale Judy Sgro.

« Certaines personnes affirment que nous avons fait des progrès avec la Chine pour qu’elle soit un peu plus respectueuse, mais je pense qu’il y a encore un long chemin à faire pour insister que la Chine respecte les droits de la personne et les droits religieux. »

Le commerce et les droits de la personne devraient être de priorité égale, estime Mme Sgro.

« J’ai espoir que c’est la direction que vont prendre notre premier ministre et notre gouvernement. »

La Chine demeure l’un des pays avec les restrictions les plus sévères sur la liberté de religion, selon l’ex-ambassadeur pour la liberté religieuse, Andrew Bennett, qui est également intervenu lors du forum.

« Le gouvernement canadien doit tenir compte de cela lorsqu’il aborde les droits de la personne », dit-il, ajoutant que les entreprises canadiennes qui investissent et font des affaires en Chine doivent aussi en tenir compte dans le cadre de leur responsabilité sociale en tant qu’entreprises.

« Elles doivent d’abord et avant tout être au courant des violations des droits de la personne qui se poursuivent en Chine – cela doit compter lorsqu’elles abordent la responsabilité sociale en tant qu’entreprises. »

Ces pays qui veulent une relation plus étroite avec la Chine – en politique, commerce ou en défense – doivent faire attention et ne pas fermer les yeux sur les violations des droits de la personne, ajoute-t-il.

« Nous devons maintenir la pression sur le gouvernement chinois. »

La répression politique et religieuse, les exécutions extrajudiciaires, la torture et les détentions à grande échelle de prisonniers d’opinion demeurent omniprésentes en Chine, selon les associations de défense des droits de la personne.

Le traitement des Chinois par le régime de Pékin est quelque chose qui préoccupe les Canadiens, selon le député conservateur Harold Albrecht.

« Je pense que beaucoup de mes électeurs – probablement 90 % ou plus – nous exhorteraient en tant que pays à affirmer avec plus de vigueur que les Chinois doivent jouir des libertés fondamentales que nous tenons pour acquis au Canada », affirme-t-il.

M. Albrecht estime que le Canada ne devrait pas avoir peur d’être direct avec la Chine concernant les injustices dans ce pays.

« Quand nous entrons dans des relations commerciales ou politiques, il est important que nous n’ayons pas peur d’identifier l’absence de liberté de nos frères et sœurs chinois et d’attirer l’attention de la communauté internationale sur ces injustices », mentionne-t-il.

« C’est notre devoir en tant que Canadiens. »

Version originale : Most Canadians want free trade with China tied to human rights: Poll

 

 
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