Les conditions de travail laissent toujours à désirer dans les usines chinoises

Les ouvriers chinois qui fabriquent des jouets pour de grandes marques comme Mattel, Hasbro et Disney continuent à travailler dans des conditions exténuantes, selon un rapport publié récemment par China Labor Watch, une ONG à but non lucratif.

D’après ce rapport, plusieurs ouvriers se sont suicidés ne pouvant plus surmonter le stress sur leur lieu de travail. Deux ouvriers ont sauté d’immeubles pendant que China Labour Watch enquêtait à l’usine Early Light Toy de la ville de Shaoguan, province du Guangdong, qui fabrique des jouets, des vêtements et des accessoires de voyage pour de grandes marques comme Big Lots, Hasbro, Mattel, Costco et Wal-Mart.

L’ONG rapporte les cas de Yang Zongfang, âgée de 38 ans, qui a été renvoyée après ne pas avoir respecté le règlement de l’usine interdisant aux ouvriers de passer aux autres leur carte d’entrée, ainsi que celui de Lin Jinhua, de 34 ans, qui a essayé de mettre fin à ses jours.

« China Labour Watch surveille les conditions de travail dans les usines de jouets depuis 1999, c’est-à dire pendant plus de 18 ans, et ce genre de tragédie se produisait tout ce temps », peut-on lire dans le rapport.

Les ouvrières se préparent à partir travailler dans une usine de la ville de Shenzhen, province du Guangdong, le 26 février 2009. (China Photos / Getty Images)

En août dernier, l’ONG a enquêté dans quatre usines dans la province du Guangdong : l’usine de Shaoguan ; Dongguan Qualidux Plastic Products de la ville de Dongguan, qui produit des équipements pour enfants comme les chaises hautes Fisher Price ; l’usine no 2 de Dongguan Chang’An Mattel, qui produit exclusivement des poupées Barbie pour Mattel ; et l’usine Shenzhen Winson Precision Manufacturing dans la ville de Shenzhen, qui fabrique des jouets pour enfants comme les mini-voitures Hot Wheel de Mattel.

Les enquêteurs ont interrogé environ 400 ouvriers et se sont également infiltrés dans les usines pour obtenir des informations de première main sur les conditions de travail. Selon le rapport, un grand nombre d’ouvriers vivent dans des dortoirs fournis par les usines, qui sont insalubres et exigües – huit ouvriers ou plus sont tassés dans un petit espace. Par exemple, le dortoir de l’usine Shenzhen Winson abrite neuf personnes dans une seule pièce comprenant les WC qui nécessitent d’être rincés avec un seau d’eau remplis manuellement.

Bien que les usines respectent la législation du travail qui exige que les ouvriers ne travaillent pas plus de huit heures par jour, China Labour Watch a constaté que de nombreux ouvriers font des heures supplémentaires pour atteindre les objectifs de production et gagner davantage. Sans rémunération des heures supplémentaires, la plupart des ouvriers ne toucheraient que le salaire de base, soit environ 210 euros par mois.

L’ONG a constaté dans son rapport que la plupart des ouvriers travaillaient 12 heures par jour. Dans les quatre usines, il y avait des ouvriers qui faisaient plus de 80 heures supplémentaires par mois, parfois jusqu’à 140.

Les ouvrières chinoises fabriquent des jouets en peluche dans une usine de la province du Zhejiang, le 17 septembre 2015. (Kevin Frayer / Getty Images)

Le rapport montre des images d’ouvriers qui dormaient près de leur poste de travail ou dans les aires de loisirs de l’usine, ne disposant que de quelques minutes avant le travail.

La sécurité-incendie constituait un autre problème. À l’usine Early Light, les sorties de secours ont été bloquées avec des piles de produits. Pendant la pause de midi, des ouvriers dormaient aussi près des sorties et des escaliers de secours.

En outre, les usines Early Light et Qualidux Plastic Products ne fournissaient pas d’équipement de protection adéquat et ne prévoyaient pas d’autres mesures de sécurité pour les ouvriers qui travaillaient avec des produits chimiques toxiques, tels que l’acétone, a rapporté China Labour Watch.

Annie Wu

Version anglaise : Working Conditions Still Poor for China’s Factory Workers, Says Watchdog Organization

 
VOIR AUSSI