Les défis du commerce avec la Chine : le cas de l’Amérique du Nord

En attaquant le Canada dans le domaine de ses exportations en bois et en produits laitiers vers les États-Unis, le président Trump semble oublier que le Canada est actuellement le premier marché pour 35 États américains. Selon le Département américain du commerce, les exportations américaines de biens et de services au Canada ont assuré environ 1,6 million d’emplois américains en 2015. En 2016, les Canadiens ont acheté pour près de 322 milliards de dollars de biens et de services en provenance des États-Unis. L’excédent commercial des États-Unis en biens et en services avec le Canada était au niveau de 12,5 milliards de dollars.

Il n’y a pas d’autres nations qui dépendent autant l’une de l’autre pour leur prospérité et leur sécurité mutuelles que les États-Unis et le Canada. Les trois quarts des exportations canadiennes vont aujourd’hui vers les États-Unis. Les véhicules, le pétrole brut et les pièces automobiles comprennent un tiers de ces exportations. D’autres produits exportés incluent le bois, le gaz naturel, l’aluminium et les produits pharmaceutiques et alimentaires.

Certaines exportations sont essentielles pour les chaînes d’approvisionnement internationales.  Par exemple, l’industrie automobile nord-américaine actuelle a été construite autour de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain entre les États-Unis, le Canada et le Mexique), prévoyant des fabricants, des fournisseurs et des détaillants dispersés à travers le continent nord américain.

Cet accord permet aux pièces automobiles de circuler facilement dans l’Amérique du Nord – certaines traversent plusieurs fois les frontières des États-Unis, du Canada et du Mexique avant d’être assemblées en véhicules. Les modifications précipitées de l’ALENA pourraient ralentir la production, augmenter les coûts et, en fin de compte, rendre les véhicules fabriqués en Amérique du Nord moins concurrentiels que ceux fabriqués au Japon, en Allemagne et en Corée du Sud.

Par contre, l’année dernière, le déséquilibre commercial des États-Unis en biens et services avec la Chine est monté à 309  milliards de dollars, tandis que le déficit du commerce de marchandises du Canada avec la Chine était de 44 milliards de dollars canadiens. Les gouvernements américain et canadien, ainsi que d’autres pays, devraient donc amorcer la tolérance zéro envers les pratiques commerciales déloyales de Pékin, y compris la manipulation de yuan, la vente de produits résultant du travail forcé, le vol de la propriété intellectuelle et le refus continu de la Chine d’honorer ses engagements donnés lors de son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce en 2001.

En revanche, le Japon, l’Inde, la Corée du Sud et d’autres démocraties asiatiques basées sur un État de droit, devraient être favorisées en tant que partenaires commerciaux dans la région asiatique, jusqu’à ce que la Chine ne commence à respecter les règles du commerce international.

Un obstacle majeur à la reprise économique mondiale est la politique monétaire de la Chine, qui continue à inonder les marchés avec sa monnaie manipulée. Ceci équivaut à la fois à une subvention aux exportations chinoises et à l’imposition d’un tarif sur les importations en Chine. La banque centrale chinoise a utilisé les recettes de l’exportation pour acquérir pour des milliards de dollars de bons du Trésor américains, en partie comme moyen de maintenir sa propre monnaie à un bas niveau.

Peter Navarro, patron du Conseil national du commerce de la Maison Blanche, estime que les marchés des biens de consommation à travers le monde ont été « conquis » par la Chine en grande partie par la tricherie. Il s’agit notamment des subventions à l’exportation, de la contrefaçon et du piratage de produits largement répandus, ainsi qu’une très faible application des normes de sécurité en Chine, ce qui rend dangereux le travail dans ce pays.

Les conséquences pour les Américains, souligne-t-il, consistent dans la fermeture éventuelle d’environ 54 000 usines et l’externalisation d’environ 20 millions d’emplois, principalement vers la Chine.

Pour tous les pays faisant du commerce avec la Chine, Navarro propose l’imposition d’une série de mesures visant à assurer que ce commerce soit plus juste. En particulier :

• S’abstenir des subventions illégales à l’exportation et se conformer aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ;

• Considérer la manipulation des devises comme une subvention illégale à l’exportation et l’ajouter à d’autres subventions lors du calcul des sanctions antidumping et compensatoires ;

• Respecter la propriété intellectuelle ; adopter et appliquer les normes de santé, de sécurité et d’environnement conformes aux normes internationales ;

• Interdire l’utilisation du travail forcé et offrir à tous des salaires et des conditions de travail décents ;

• Adopter la « tolérance zéro » pour tout vendeur ou distributeur des produits piratés ou contrefaits ;

• Bloquer l’accès aux aliments et médicaments défectueux et contaminés par des mesures facilitant à tenir les importateurs responsables de ventes des produits étrangers nuisibles à la santé ;

• Ajouter des closes assurant la protection de l’environnement dans tous les accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux.

Le Canada devrait prendre des mesures similaires, car ses emplois dans le secteur manufacturier ont également diminué au cours des deux dernières décennies. Selon une enquête, effectuée il y a quelques années auprès de plus de 1 000 entreprises canadiennes, en raison à la hausse du dollar canadien par rapport à yuan, un cinquième des fabricants canadiens ont transféré leur production en Chine.

Les valeurs universelles doivent être respectées dans les relations avec Pékin. Pour se maintenir au pouvoir, le régime chinois continue à s’appuyer sur la répression. Alors qu’est-ce que font les diplomates des nations démocratiques pour soutenir ceux qui sont pauvres, persécutés et sans voix à travers toute la Chine ? Que font-ils pour que l’État de droit et la dignité humaine y soient respectés ?

Arrêtons d’écouter exclusivement les lobbies représentant les intérêts égoïstes de ceux qui s’enrichissent en faisant des affaires avec la Chine. Il est maintenant clair qu’une certaine libéralisation économique en Chine ne conduira pas nécessairement à la fin de la ligne léniniste politique et du « capitalisme de copains » à Pékin. Il n’y a pas d’État de droit nulle part en Chine ; les « tribunaux » ne sont qu’un simulacre.

De nombreux « experts » de la Chine à l’étranger, y compris au Canada, font des courbettes devant l’État-Parti chinois parce qu’ils pensent que leur carrière dépend du soutien du Parti. Il est grand temps de tirer des conclusions sur la Chine en tenant compte des faits réels – dans le commerce comme dans d’autres domaines.

David Kilgour, avocat de profession, a été pendant presque 27 ans député du Parlement du Canada. Il a également servi dans le gouvernement canadien aux postes du Secrétaire d’État (Afrique et Amérique latine) et Secrétaire d’État (Asie-Pacifique). Il est auteur de plusieurs livres et co-auteur, avec David Matas, du livre « Bloody Harvest: The Killing of Falun Gong for Their Organs ».

Les avis exprimés dans cet article sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement l’avis d’Epoch Times.

Version anglaise : Trade Challenges: United States, Canada, and China

 
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