Il y a 17 ans sur la place Tian An Men...

Écrit par Aurélien Girard La Grande Époque
06.06.2006
  • Massacre de TIANANMENuff08u651du5f71: / u5927u7d00u5143uff09

TIAN AN MEN. L’image d’un étudiant seul et immobile face à une colonne de chars qui avance vers lui et l’écrase sans hésitation reste dans toutes les mémoires, ainsi que les images de corps sanglants et de jambes broyées. Et la satisfaction des dirigeants chinois d’avoir étouffé la « contre-révolution » et « garanti la stabilité de la Chine ». Aujourd’hui encore, le sujet est censuré en Chine et toute remise en cause de la version officielle vaut la prison. Le massacre de la place Tian An Men, le 4 juin 1989, a mis fin à tout espoir d’ouverture de la Chine – démocratiquement s’entend. Le Parti communiste chinois (PCC) après une longue période de lutte interne a éliminé à cette époque ceux qui en son sein pensaient qu’il était possible de diriger un pays sans exercer de dictature – idée contradictoire aux théories fondamentales du Parti. Sont alors venus au pouvoir, les pieds dans le sang de milliers de jeunes de vingt ans, les pires criminels. Ils tiennent encore aujourd’hui les rênes du pouvoir.

Revenons un peu en arrière : après la mort de Mao Zedong, la Chine a pendant quelques années tenté une ouverture graduelle. Des personnes comme Wei Jinsheng qui avaient pris cette offre d’ouverture au mot l’ont payé de plusieurs années au laogai (les goulags chinois). Mais, malgré tout, des idées nouvelles ont pu arriver en Chine. Celle qu’on pouvait être libre de penser, de s’associer, de choisir ses représentants politiques par exemple.

Le « plus haut gradé » du PCC, le secrétaire général du Parti, était à l’époque (c’est-à-dire entre 1980 et 1987) Hu Yaobang, un réformiste, qui a (autant que le lui permettaient ses fonctions) encouragé cette réflexion des étudiants. En 1986, des manifestations étudiantes prodémocratiques ont lieu et Hu Yaobang les soutient.

Immédiatement après, Deng Xiaoping le fait démettre de ses fonctions et le remplace par Zhao Ziyang.

Au printemps 1989, Hu Yaobang meurt, officiellement d’une crise cardiaque. Les étudiants recommencent alors leurs manifestations pour la démocratie, la fin de la corruption et plus de liberté. Cette fois encore les étudiants trouvent le soutient du nouveau secrétaire général du PCC, Zhao Ziyang ; ce dernier appuie leurs demandes et affirme qu’elles ne sont pas « contre-révolutionnaires ».

La suite est ce qu’elle a été. Les manifestations se multiplient et des milliers d’étudiants réalisent un sit-in géant sur la place Tian An Men de Pékin : Jiang Zemin, alors maire de Shanghai, et le vieux Deng Xiaoping, envoient le 4 juin les chars contre eux. Plus de 1 400 d’étudiants seront tués et des milliers d’autres blessés.

Jiang Zemin est ensuite nommé secrétaire général du PCC, et Zhao Ziyang (démis de ses fonctions pour avoir sympathisé avec les « contre-révolutionnaires ») finit sa vie en résidence surveillée.

TIAN AN MEN : TOUJOURS D’ACTUALITÉ

Déclaration de la Ligue des Droits de l’Homme

Durant la nuit du 3 au 4 juin 1989, les autorités chinoises ont écrasé dans le sang la plus grande manifestation en faveur de la démocratie que la Chine ait jamais connu. L’homme fort de l’époque, Deng Xiaoping, avait lancé ses chars et ses soldats sur des foules désarmées qui réclamaient la liberté d’expression, la fin de la corruption, la transparence. Plus d’un millier de citoyens sont morts durant cette nuit et les jours qui suivirent, des milliers ont été blessés et le nombre de prisonniers se compte probablement par dizaines de milliers.

Aujourd’hui encore, dix-sept ans plus tard, le public prend connaissance des noms de certains prisonniers, au moment de leur libération, douze, quatorze, seize ans après leur arrestation ! Combien de ces Chinois trop peu connus sont encore derrière les barreaux ? Nul moyen de le savoir.

De même, chaque fois qu’un Chinois désireux de commémorer cet événement tragique, ou de rendre hommage aux morts de sa génération, s’aventure à organiser la moindre cérémonie, il risque des peines allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Ce fut le cas de Jiang Qisheng : après avoir proposé en l’an 2000 d’allumer des cierges à la mémoire des morts durant la nuit du 3 au 4 juin, il fut jeté en prison pour quatre ans. Pensons aussi à Shi Tao, un journaliste qui avait osé prévenir des dissidents à l’étranger de possibles arrestations s’ils venaient en Chine à l’occasion du quinzième anniversaire des événements. Il est maintenant en prison pour dix ans. Rappelons aussi le nom de Hu Shigen, condamné à vingt ans de prison pour avoir organisé une cérémonie du souvenir avec ses étudiants en 1991 à Xi’an…

Classer les événements de Tian’anmen comme s’ils appartenaient désormais au passé est une erreur grave. La répression se poursuit, avec la même détermination, la même violence. Pourtant, nous ne sommes plus qu’à deux ans d’un nouvel événement majeur : la tenue des Jeux Olympiques à Pékin. Ne serait-il pas temps de tourner la page ? De libérer les derniers prisonniers politiques ? D’autoriser les dissidents exilés à rentrer chez eux, en garantissant leur sécurité et leur liberté d’aller et venir dans leur propre pays ?  

Demandons ensemble aux autorités de Pékin de montrer enfin un visage plus clément, de donner de la Chine une image qui soit plus en harmonie avec l’esprit olympique : mettons en avant la tolérance, le respect de l’autre et la liberté de tous.