Jean d’Ormesson, un aristocrate en quête de la vérité

Jean d’Ormesson, décédé à 92 ans dans la nuit de lundi à mardi, menait depuis plus de six décennies une carrière d’écrivain qui a fait de cet aristocrate élégant et charmeur l’une des figures les plus populaires du paysage intellectuel et médiatique français.

En janvier 2015, il reçut la récompense suprême de tout romancier, la publication de son oeuvre dans la collection La Pléiade des éditions Gallimard. « C’est une grande émotion La Pléiade! », confiait-il à l’AFP. « On entre dans la collection de Chateaubriand, d’Aragon, de Proust… ».

C’est chez Gallimard que parut en 1974 son œuvre phare « Au plaisir de Dieu » et que devrait paraître en février 2018 le dernier de sa quarantaine d’ouvrages, « Et moi, je vis toujours ».

Son regard bleu, pétillant d’intelligence et de malice, son hédonisme et son œuvre à succès, méditation sur le temps qui passe et traité de vie, ont hissé le doyen de l’Académie française parmi les personnalités préférées des Français.

(JOEL SAGET/AFP/Getty Images)

Un cancer de la vessie lui a valu en 2013 huit mois de souffrances et de séjours à l’hôpital. Épuisé, il a pourtant écrit après cet épisode douloureux un roman, « Comme un chant d’espérance », publié en 2014 aux Éditions Héloïse d’Ormesson, dirigées par sa fille. Il y questionnait l’origine de l’univers, le hasard, le temps et Dieu.

À 87 ans, en 2012, « Jean d’O » avait fait ses débuts au cinéma dans la comédie de Christian Vincent, « Les Saveurs du palais », où il incarnait le président François Mitterrand –qui l’invitait régulièrement à l’Élysée–, mais aussi au théâtre, en adaptant son livre « La Conversation », dialogue délectable entre Napoléon et Cambacérès.

Frêle silhouette distinguée et sourire affable, l’écrivain était un aristocrate de haute lignée.

Le comte Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Le Fèvre d’Ormesson, né le 16 juin 1925 à Paris, compte parmi ses ancêtres un conseiller du chancelier Michel de L’Hospital, un membre du Conseil de régence sous la minorité de Louis XV et quatre ambassadeurs de France, dont son père André d’Ormesson, ami de Léon Blum.

Auprès de son père, en poste en Allemagne et en Roumanie dans les années 1930, le jeune Jean assiste à la montée du nazisme et au basculement de l’Europe dans la guerre. Il suit aussi son père, ambassadeur, au Brésil.

Normalien, agrégé de philosophie, il intègre plusieurs cabinets ministériels après guerre, devient haut fonctionnaire à l’Unesco et collabore à divers médias. Seule la littérature résiste encore à ce brillant intellectuel.

(JOEL SAGET/AFP/Getty Images)

Pourquoi avoir voulu écrire? « J’ai un peu honte: C’était pour plaire à une fille! », racontait-il. Une fois lancé, il publiera plus d’une quarantaine de livres: « Écrire est une joie et une souffrance ».

C’est en 1971 qu’a explosé sa carrière littéraire, avec « La Gloire de l’Empire », vendu à 100.000 exemplaires et Grand prix du roman de l’Académie française. « Jean d’O » est élu le 18 octobre 1973 à l’Académie française, dont il est à l’époque le cadet. Puis il devient directeur général du Figaro (1974-1977).

C’est lui qui fait campagne pour l’entrée de la première femme sous la Coupole, Marguerite Yourcenar, en 1980.

En 1982, il écrit une biographie sentimentale de Chateaubriand, « Mon dernier rêve sera pour vous », et enchaîne des romans: « Histoire du Juif errant » (1991), « La Douane de mer » (1994).

« Homme de droite avec beaucoup d’idées de gauche », il transmet ses réflexions philosophiques à la nouvelle génération dans « Le Rapport Gabriel » ou « Presque rien sur presque tout ». Il y cultive la légèreté: « la condition humaine est sombre, il faut la prendre avec le plus de gaité possible ».

En 2003, il se raconte dans « C’était bien » et anticipe sa mort: « Ce qui était bien, c’était la vie. Pas la mienne, bien sûr. La vie tout court. J’ai beaucoup aimé ce bref passage dans notre monde ».

Tout Jean d’O se retrouve dans l’un de ses derniers ouvrages, « Un jour je m’en irai sans vous avoir tout dit »: la foi en la littérature, la force des sentiments, la lucidité, le goût du bonheur et la quête de la vérité.

Il faudrait toujours, écrivait-il, que le lecteur se dise à la fin d’un livre « quel dommage que ce soit déjà fini! ».

(Captures d’écrans Twitter)

R.B avec AFP

 
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