Quand Jean-Luc Mélenchon vante le modèle du régime communiste chinois

On savait Jean-Luc Mélenchon plus à gauche que la gauche. Ce que l’on savait moins, c’était son penchant pour l’idéologie maoïste. Dans plusieurs de ses interventions sur le sujet, le candidat vante les mérites du modèle communiste chinois, en oubliant de mentionner de larges pans de son histoire.

L’article « Mélenchon, ce Français qui fait rayonner la pensée de Mao » paru le 23 mars sur le Nouvel Obs ne peut être plus explicite. Son auteure, Ursula Gauthier, ex-correspondante en Chine, peint le portrait d’un homme politique proche de Pékin et ne tarissant pas d’éloges envers le régime. Un positionnement à contre courant, lorsque que l’on connaît la nature du parti communiste chinois et les dizaines de millions de morts non naturelles qu’il a causé depuis sa création.

Une certaine vision du monde

Selon le candidat de la France insoumise, interviewé par Nouvelles d’Europe (1) en décembre 2016, la Chine est un modèle dont la France et le monde devraient s’inspirer. Selon lui, nous vivons en Europe sous un dogme idéologique et la Chine est un pays extraordinaire « n’aimant pas dominer ».

Dans la vision du monde de Jean-Luc Mélenchon, le Dalaï lama est un « chef religieux obscurantiste » et « défenseur de la charia bouddhique ». En 2008, le leader de la gauche s’était montré outré quand des manifestants s’étaient opposés à la tenue de Jeux Olympiques de Pékin lors du passage de flamme à Paris. Une prise de position pro-Pékin qu’il a reproduite plusieurs fois depuis, notamment lors d’un dérapage en direct lors de l’émission politique « Des paroles et des actes » en 2013 et récemment en comparant la présidente de Taiwan Tsai Ing-wen à Marine Le Pen en France.

Mais la défense des intérêts de Pékin par Jean-Luc Mélenchon ne s’arrête pas là, elle va beaucoup plus loin. Il défend par exemple l’ouverture des marchés européens à l’acier chinois, une ouverture qui signifierait un coup de grâce porté à la sidérurgie française et européenne.

Un candidat proche de Pékin ?

Le candidat de la France insoumise se présente comme un « connaisseur de la Chine » en louant les « échanges substantiels » (…) qu’il a pu avoir avec le pays lorsqu’il était ministre de l’Éducation professionnelle sous le gouvernement Jospin. Que s’est-il donc passé lors de ces échanges pour qu’on retrouve un tel défenseur de la propagande chinoise en France ?

Selon le Nouvel Obs, cette interview par Nouvelles d’Europe est depuis reprise par les médias officiels à Pékin (le China Daily, du Global Times (porte-voix de l’aile dure, nationaliste et virulente, du Parti) et le Takungpao, canal de la propagande d’État en direction de Hongkong) et continue de circuler sur des milliers de sites chinois. On y voit le candidat, cravaté de rouge sur fond rouge, en héritier de la lignée des pères de la révolution – Mao, Staline, Lénine, Engels et Marx.

Affiche de Jean-Luc Mélenchon circulant sur le web chinois. Son slogan électoral « Prenez le pouvoir » est complété par un mot d’ordre de la Révolution culturelle en caractères chinois : « Vive l’invincible marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong ! » (Capture d’écran)

Les réactions des internautes ne se sont pas fait attendre. Tigre Bleu a commenté le 26 mars : « Mélenchon ferait mieux de se pencher sur l’Histoire de la Chine au 20ème siècle. Entre la guerre civile interminable, la guerre sino-japonaise (où Mao a plus combattu ses opposants que les Japonais) et les différentes purges maoïstes qui ont probablement fait 60 millions de morts (50 à minima pour les historiens les plus modérés), Mao est le plus grand criminel de l’Histoire! Un vrai modèle en effet… »

Pour Lecactée le 24 mars : « Pour tout article qui évoque le Grand timonier, la lecture des commentaires est fascinante : ne supportant pas la moindre critique à l’endroit du chef, ses partisans (adeptes ?) montrent les crocs dans un ensemble touchant. Et encore, nous avons échappé cette fois-ci à l’avalanche de copier-coller et de liens (genre Russia Today ou sputniknews…) censés nous démontrer l’inanité des critiques en question ».

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Parmi les commentaires, se trouvaient aussi plusieurs commentaires défendant le candidat de la France insoumise et fustigeant les propos de la journaliste et de l’Obs. Ursula Gauthier, ex-correspondante en Chine pour le Nouvel Obs et Le Monde, avait été expulsée de Chine en 2016, pour avoir soulevé des questions sur la lutte contre le terrorisme en Chine.

Derrière les discours, la réalité du communisme

Si Jean-Luc Mélenchon adoube l’idéologie communiste de la Chine, dans les faits, celle-ci est à l’origine du plus grand massacre de population civile au 20e siècle.

« On estime que le communisme a causé la mort de plus de 100 millions de personnes dans le monde » – Stéphane Courtois, Le Livre noir du communisme

Selon Le Livre noir du communisme, rédigé sous la direction de Stéphane Courtois, cette idéologie aurait causé la mort de 100 millions de personnes dans le monde (des estimations allant jusqu’à 150 millions). Au 20e siècle, des dictateurs à la tête de régimes communistes, tels Mao Zedong et Joseph Staline, ont conduit à l’élimination rapide et massive d’un nombre inégalé de vies humaines dans l’histoire de l’humanité.

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Selon les estimations, le plus meurtrier des dictateurs ayant marqué le XXe siècle est celui de la Chine, Mao Zedong. Le nombre de morts imputés à son règne, évalué de 60 millions à 80 millions, surpasse même le nombre de victimes de la Première Guerre mondiale (37 millions) et possiblement de la Seconde Guerre mondiale (66 millions). Le nombre des victimes du communisme chinois est attribué, entre autres, aux guerres civiles, aux famines provoquées par son régime, aux massacres des propriétaires fonciers sous la réforme agraire ainsi qu’à la torture et à l’exécution des « classes ennemies » par les Gardes rouges au cours de la Révolution culturelle.

Quant à Joseph Staline, Stéphane Courtois estime que le nombre de morts sous son règne serait de 20 millions. Cependant, d’autres sources estiment ce nombre jusqu’à 60 millions. Le dictateur russe est tristement célèbre pour avoir dit : « La mort d’une personne est une tragédie. La mort d’un million de personnes est une statistique ». Il a conduit aux camps de concentration et persécuté des millions de citoyens soviétiques jugés « déloyaux ».

Le régime chinois continue encore aujourd’hui à persécuter et emprisonner les Chrétiens, les Tibétains, les Ouïghours, les pratiquants de Falun Gong (le groupe le plus massivement persécuté en Chine), les journalistes, les avocats, les démocrates, les blogueurs, les pétitionnaires, etc.

1. Ndr. Nouvelles d’Europe est un journal de propagande (en français et en chinois) contrôlé par l’ancienne « faction rouge » du régime chinois, présent à Paris et dans toute l’Europe.

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Depuis fin 2004, un mouvement massif de démissions du parti communiste chinois (mouvement Tuidang) s’est propagé en Chine. L’impulsion à ce mouvement a été donnée par la publication par l’édition chinoise d’Epoch Times des « Neuf commentaires sur le Parti communiste », une série d’articles éditoriaux dévoilant la nature et l’histoire cachée du parti communiste chinois (PCC). Au 26 février 2017, plus de 268 millions de personnes avaient quitté les rangs du Parti communiste chinois et de ses organisations affiliées.

 
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