« La Shoah prend la bulle…historique »

« Derniers jours, dernier week-end : la B.D. dessine la Grande Histoire de la Shoah. »

Le Mémorial de la Shoah à Paris permet à la BD d’acquérir une immense dimension avec l’exposition Shoah et Bande Dessinée. L’Histoire passe aussi par le 9ème Art : elle devient vivante et accessible au grand public.

L’affiche de l’exposition d’Enki Bilal donne le ton. Les personnages volent au-dessus d’un fil barbelé. « Chacun est libre d’interpréter ce dessin. Il y est question de libération, d’indestructibilité, d’éternité… Mais les mots sont faibles dans certains domaines », a-t-il déclaré en la commentant.

Les mots sont remplacés par les dessins jusqu’au dimanche 7 janvier 2018 au Mémorial de la Shoah avec La Shoah et Bande Dessinée.

L’Histoire rencontre la B.D. pour mieux nous atteindre. En effet, la B. D. possède cette dimension de mobiliser le cœur et l’intellect : l’Histoire tragique de la Shoah devient une planche dessinée et un texte littéraire et permet à l’Art d’assumer sa responsabilité artistique et sociale. La Bande Dessiné s’empare de la Shoah et touche le cœur.

« Tout d’abord, je précise que je suis moi-même un enfant caché. Et, j’exerce mon métier d’éditeur de BD en Belgique (actuabd.com). C’est un sujet qui me touche personnellement et au niveau de mon métier. Cette exposition existe aussi pour servir de témoignage. Les témoins disparaissent. Nous avons rassemblé les artistes qui ont utilisé la B.D. pour parler de la Shoah, pour dessiner sur la Shoah », a précisé un des commissaires scientifiques de l’exposition, Didier Pasamonik qui nous guide dans ce dédale.

L’exposition, qui suit une chronologie historique, nous surprend par sa connaissance de la Shoah: dès l’arrivée du nazisme, l’antisémitisme a pris des proportions alarmantes.

Cette chronologie commence par un livret intitulé Mickey au camp de Gurs en 1942. Dessiné par un prisonnier d’un camp français. Croquer l’absurde, l’horreur du quotidien devenu une banalité. Pour compléter cette B.D., deux témoins expriment l’horreur des déportations dont ils ont été les témoins à Gurs en septembre 1942. La sœur Emma Ott, représentante du Secours Suisse aux enfants et de la Croix-Rouge Suisse a déclaré: « C’est trop horrible. On aurait voulu crier au monde entier : arrêtez ! Et l’on est obligée de se taire ». Le rabbin René Samuel Kapel, aumônier des camps du sud-ouest de la France a commenté: « Les ténèbres recouvraient comme d’un linceul, ce lieu où sévissait l’abomination. Cette scène atroce ne cesse de me hanter jusqu’à ce jour ». 

La racine de l’Horreur trouve sa place. La B.D. avec le dessin et le texte nous fait discerner une Shoah, plus humaine mais aussi son opposé. Comme dit un personnage de B.D. : « Nos vies ne valent rien pour eux. Voilà pourquoi la vie humaine est pour moi sans importance. »

Les premiers témoins disparaissent. La nouvelle génération reçoit le lourd fardeau de la transmission. Historiens, écrivains, cinéastes, peintres, musiciens et auteurs de B.D. se saisissent de cette ombre de notre humanité. Il la transforme, la sublime, la banalise, la normalise ou la trahisse, parfois. La Shoah est entrée dans l’Art pour le meilleur, avec une réflexion engagée: historique ou fiction, la B.D. doit se rapprocher, s’accrocher au contexte et à l’abjecte de la Shoah. Alors, la racine de l’horreur trouve sa place dans la B.D. Le lecteur se trouve relié à la «solution finale». Cette horreur fait écho dans notre cœur.

Auschwitz

Maus et la Shoah 
« Avec cette exposition, la chronologie montre que la B.D. s’est vraiment emparée totalement du sujet dans les années 1960 et 1970. Disons qu’à la sortie de la guerre pendant 30 ans, le sujet disparaît de toute œuvre artistique. Il y a le discours de quelques résistants et l’Europe est à reconstruire. Dans ce contexte, la Shoah est jugée inconvenable. Pour le mettre sur la place publique, ce génocide, planifié contre tout un peuple avec pour objectif d’éteindre une lignée, s’est compliqué à la sortie de la guerre. Tout commence avec le procès d’Eichmann en Israël en 1961. La parole médiatique des Témoins bénéficie d’un retentissement mondial. Les auteurs ont pu ressentir ainsi une forme de libération, d’autorisation d’investir ce champ historique. Puis, la Révolution avec le personnage Maus, en 1980 a totalement décomplexé. Un auteur de B.D. peut aborder de tel sujet. Maus convoque pour la première fois le judéocide en B.D. L’auteur, Art Spiegelman, aborde aussi la difficile relation avec son père rescapé d’Auschwitz. Accueil unanime pour cette B.D. qui reçoit des prix comme le Pulitzer, le Grand prix d’Angoulême. Maus répond aux questions de transmissions de la génération des enfants de survivants. Puis, cela contribue à la construction de l’identité juive contemporaine », a précisé Didier Pasamonik.

Depuis, la B.D. navigue entre la mémoire, l’histoire et la fiction. Le fil est parfois difficile à suivre. Comme avec la caricature, l’humour et la satire qui traitent aussi ce sujet. L’humour est-il compatible avec la compassion, voire le respect, que méritent les victimes? Le débat reste toujours ouvert. La Shoah est devenue une référence pour le « travail de mémoire », en particulier pour les autres génocides arméniens et tutsi, mais aussi pour toutes les populations victimes du nazisme: les handicapés, les gens du voyage, les homosexuels…

La B.D. s’est logiquement emparée du «Devoir de mémoire». Des albums sont conçus pour familiariser l’intelligence des plus jeunes, le plus souvent à travers des récits centrés précisément sur le destin des enfants: victimes par excellence de la Shoah. Face aux récits qui se multiplient depuis les années 1980, quelques auteurs ont essayé de tracer de nouvelles perspectives, de trouver de nouveaux angles ou de nouvelles lectures. Notre esprit critique et notre vigilance face à ce sujet doivent toujours exister. Au sortir de l’exposition, notre silence est à l’écoute de notre réflexion. Ce passé historique écrasant, troublant, comment le transmettre en 2017 aux nouvelles générations et à soi-même? Je suis responsable de ma relation avec les autres: c’est une responsabilité du quotidien. Alors, l’Histoire gardera tout son sens de « devoir de mémoire ». Avec la B.D., face à la Shoah, l’Histoire, la Grande, et l’histoire personnelle s’associent pour enrichir notre relation à l’autre.

Cette exposition montre, à partir des années 1940 jusqu’à aujourd’hui, la Shoah avec des planches de B.D. historiques ou de fiction. Une galerie est à destination du jeune public, la Shoah a été, aussi, très meurtrière pour eux. Puis, c’est à eux, la nouvelle génération de porter un message de tolérance entre les peuples, les cultures et les religions. Cette exposition présente le passé et le présent. Un présent pour que l’on continue dans l’avenir à faire vivre ce message.

La Shoah par la B.D. parle aux cœurs et à l’esprit des lecteurs…petits et grands. Cette bulle est à tout jamais inscrite dans l’Histoire de l’Humanité. Cette exposition recevra une réponse avec la célébration en 2018 dès 70 ans d’Israël. Est-ce que le peuple Juif a droit à une terre? 
Puisque déjà, la vie juive avec une idéologie venue des bas-fonds, a failli disparaître à jamais. La B.D. a d’autres sujets à traiter qui touchent des sujets brûlants. La bulle n’est pas prête à s’éteindre. Le peuple juif prend la bulle… ÉTERNELLE.

Pour information :
L’exposition Shoah et Bande Dessinée  prolongée jusqu’au 7 janvier 2018 :

Mémorial de la Shoah de Paris, proche de l’Hôtel de Ville.

Entrée libre.

Le catalogue a reçu une mention spéciale du Prix CatalPa 2017.

 
VOIR AUSSI