L’avenir des emplois: une bataille entre l’homme et la machine

Avec les progrès dans la robotique et l’intelligence artificielle (IA)) qui permettent de faire des machines plus intelligentes, capables de remplacer les humains dans une variété de tâches de plus en plus complexes, un débat sans fin fait rage sur la question de savoir si les robots sont en train de prendre nos emplois. Mais si l’histoire ne nous dit rien à ce sujet, l’avenir ne se limitera pas à un simple remplacement de travail humain par la machine.

« Si nous regardons l’histoire de l’automatisation et de son impact sur la société au cours des quatre ou cinq dernières décennies, nous nous rendons compte que cette histoire est beaucoup plus complexe qu’on le dit bien souvent », dit Mehdi Miremadi, Directeur Associé à McKinsey & Company.

L’automatisation perturbe évidemment beaucoup d’emplois. Mais elle crée aussi de nouvelles opportunités  – des domaines entiers de nouveaux emplois, par exemple, ceux qui ne pouvaient pas existés avant l’émergence des robots. Avoir un jugement complet sur l’impact des machines cela demande d’intégrer les nouveaux domaines de travail créés par leur présence.

Par exemple, l’adoption massive de distributeurs automatiques de billets dans les années 1990 n’a pas éliminé les emplois de caissier de banque, contrairement à ce que beaucoup ont prévu. Au contraire, ces emplois ont augmenté et même surpassé la croissance d’emploi en général depuis 2000, comme précise James Bessen, économiste et auteur, dans son podcast récent. Maintenant, les caissiers de banque s’engagent simplement dans un travail plus complexe, que les machines ne peuvent faire.

Poivre, un robot interactif conçu par le département de l’ IA Watson d’IBM, au salon numérique CeBIT à Hanovre, l’Allemagne, le 15 mars 2016. (JOHN MACDOUGALL/AFP/Getty Images)

Évaluation de l’impact
C’est un cliché de décrire l’automatisation comme une bataille entre les hommes et les robots. En effet, il existe de nombreuses études indiquant qu’il y a un danger pour l’emploi.
Dans une des prédictions les plus sinistres, Carl Frey et Michael Osborne, des chercheurs de  l’Université d’Oxford, ont évalué en 2013 qu’environ 47% d’emplois aux États-Unis étaient à risque en raison de l’automatisation.

Cependant, Frey et Osborne ont regardé les emplois qui pourraient être entièrement remplacés par des machines, plutôt que des activités ou des tâches, ce qui permet de se demander si leur méthode de calcul était la plus appropriée. En 2016, l’Organisation de Coopération Économique et le Développement a présenté une estimation beaucoup plus faible, montrant que 9% des emplois aux États-Unis étaient à risque. Ils ont fait leurs calculs en fonction des tâches plutôt que des emplois.

Une autre étude, menée par le cabinet de conseil McKinsey, portait sur les activités plutôt que sur les emplois ou les tâches, en analysant 2 000 activités dans 800 emplois.

Selon McKinsey, 46% des activités actuelles aux États-Unis ont le potentiel d’être automatisées en adaptant la technologie actuelle, ce qui représente environ 2,7 triilliards de dollars de la masse salariale.

Si vous regardez les services financiers, les entreprises les plus compliquées ont le plus de possibilités pour l’automatisation.

– Doyen Nicolacakis, principal et co-leader, division FinTech à PwC

Plus récemment, le cabinet d’expertise comptable PwC a indiqué que 38% des emplois américains pourraient potentiellement être à risque élevé d’automatisation au début des années 2030, plus qu’au Royaume-Uni (30%), en Allemagne (35%) et au Japon (21%).

L’un des constats les plus frappants de l’étude de PwC est que les secteurs financier et assurance aux États-Unis sont presque deux fois plus susceptibles d’être automatisés que les mêmes secteurs au Royaume-Uni (61% d’emploi contre 32%).

PwC a attribué cette disparité au fait que le niveau moyen d’éducation des professionnels du secteur financier au Royaume-Uni est beaucoup plus élevé que celui aux États-Unis. Le secteur financier américain se concentre aussi plus sur le marché de détail domestique, où ces emplois sont plus routiniers et donc plus susceptibles d’être automatisés

Il s’avère aussi que dans la gestion de fortune, plus la tâche est simple, plus elle pourrait être reprise par les machines

Les robots gèrent le patrimoine

La société de surveillance japonaise Alsok montre le récent le robot de sécurité et de guidage « Reborg-X », qui guide des visiteurs et des clients dans la journée tout en patrouillant de façon autonome dans un centre commercial, au Salon annuel de la Sécurité à Tokyo le 4 mars 2015. (YOSHIKAZU TSUNO/AFP/Getty Images)

Le plus grande société de gestion de portefeuilles au monde, BlackRock, a récemment révélé qu’elle remplacerait des douzaines de gérants de fonds par des robots, selon le Wall Street Journal. Le fonds spéculatif qui gère 5 100 milliards de dollars d’actifs a décidé d’augmenter la taille de sa division de gestion quantitative qui se base sur des données et des modèles informatiques plutôt que sur le jugement humain, car les humains surperforment rarement les marchés lorsqu’il s’agit d’investir dans les actions des grandes capitalisations américaines.

Il existe également de nombreux « robo-conseillers » automatisés, comme Wealthfront et Betterment, qui fournissent des services de gestion de portefeuille utilisant des algorithmes.

En plus de la sélection de titres, d’autres activités complexes dans les secteurs financier  et assurance peuvent être automatisées.

« Si vous regardez les services financiers, les entreprises les plus compliquées ont le plus de possibilités d’automatisation »,  a déclaré Dean Nicolacakis, principal et co-leader de l’unité de technologie appliquée en finance à PwC.

Des produits simples comme les cartes de crédit et les comptes de dépôt sont fortement informatisés. Mais l’automatisation dans des produits plus complexes comme les produits dérivés, les hypothèques et ll financement du commerce reposent toujours sur des contrats compliqués qui exigent un travail manuel. Une fois que les machines apprennent à gérer la complexité de ces produits, Nicolacakis dit, qu’ils pourraient rapidement prendre en charge des tâches humaines.

Machines Intelligentes
Les machines peuvent maintenant exécuter des tâches et des activités plus sophistiquées grâce aux progrès réalisés dans l’apprentissage par la machine, l’apprentissage en profondeur et l’intelligence artificielle cognitive au cours des cinq à dix dernières années. Ce sont ces avancées qui sont au cœur des préoccupations concernant un avenir dirigé par les robots.

L’interaction avec des clients et même la prise de décision peuvent maintenant être automatisées – quelque chose d’inconcevable il y a une décennie.

Les machines peuvent fournir des recommandations aux clients en fonction de leurs habitudes commerciales, par exemple. Et dans certains cas, elles peuvent prendre de meilleures décisions que les humains en analysant d’énormes quantités de données peu structurées et en tirant des conclusions que les humains ne sont généralement pas capables de faire.

Ces progrès de traitement de données, cependant, pourraient être utilisées pour aider plutôt que de simplement prendre en charge les humains. « Souvent, quand les gens pensent à l’automatisation, ils pensent à une machine remplaçant des humains. Mais il ne s’agit pas de remplacer les humains, il s’agit plutôt d’augmenter ou d’améliorer la performance humaine » a déclaré  Miremadi de McKinsey.

ZestFinance, par exemple, est une startup qui aide des sociétés à prendre de meilleures décisions en matière de crédit. L’entreprise a constaté qu’en utilisant des algorithmes d’apprentissage par machine, elle pourrait fournir un score de crédit qui était 40%plus précis, selon Miremadi.

« Depuis des décennies, ils ont essayé de perfectionner la notion du score d’octroi de crédit », a-t-il dit. « 40% est un changement incroyable. »

Nouveaux emplois
A l’avenir, l’évaluation de l’impact net de l’automatisation sur les emplois sera très complexe, étant donné que historiquement elle a créé autant de professions qu’elle en a détruites ou remplacées.

Lorsque vous regardez le nombre de robots par habitant, les pays qui ont un taux plus élevé ne luttent pas nécessairement avec un chômage plus élevé.

– Mehdi Miremadi, associé, McKinsey&Co.

Les chaînes d’assemblage sont un bon exemple, selon Miremadi. « Lorsque vous regardez le nombre de robots par habitant, les pays qui ont un taux plus élevé ne luttent pas nécessairement avec un chômage plus élevé », a-t-il expliqué.

McKinsey a également constaté qu’il n’y a aucune preuve montrant que les emplois d’ouvriers sont plus susceptibles d’être automatisés. Comme le montre le cas de BlackRock, il est plus facile de remplacer le personnel bien rémunéré par l’intelligence artificielle que de  développer des machines complexes pour rivaliser avec des ouvriers payés de 10 à 15 dollars l’heure.

Le nouvel âge de l’automatisation va certainement détruire certaines professions, mais il créera également de nouveaux ensembles de compétences. Il y aura une croissance continue du nombre de professions liées à l’apprentissage par la machine, à l’apprentissage en profondeur, à la science des données et au traitement de données. En plus, les entreprises auront besoin de plus de techniciens et de spécialistes pour gérer ces machines. L’expérience et l’expertise humaine seront toujours nécessaires pour aborder les domaines où les robots sont limités.

Version anglaise: Future of Jobs: The Battle Between Man and Machine

 
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