Le trafic d’enfants en Chine

Pour les étrangers cherchant à adopter des bébés chinois, les orphelinats d’État sont le premier choix. Les chinois eux-mêmes utilisent pourtant rarement ce moyen, préférant plutôt utiliser les médias sociaux et autres moyens informels – mais illégaux – pour trouver des enfants à adopter.

« Bébé fille, naissance attendue fin octobre », propose une annonce dans un groupe de discussion sur WeChat, une plate-forme populaire de réseau social. « Les parents ont décidé d’abandonner l’enfant en raison d’événements familiaux inattendus ; nous pouvons fournir des documents légaux. »

Une enquête récente du média d’État Beijing Times a présenté ce message et d’autres du même genre sur les médias sociaux en Chine, dévoilant des réseaux de parents et d’intermédiaires offrant les enfants à naître et nouveaux-nés à l’adoption.

Les termes « documents légaux » sont pourtant trompeurs, arranger des adoptions en ligne allant en fait à l’encontre de la loi. Les parents d’adoption n’enregistrent pas leurs nouveaux enfants aux autorités.

Trois raisons principales semblent ressortir, témoignant d’un terrible constat de trois décennies de la politique de l’enfant unique en Chine, combinée à un mécanisme d’État encourageant le profit.

Les enfants abandonnés en bonne santé – ayant été abandonnés en raison de leur sexe ou parce que leurs parents manquaient des besoins financiers nécessaires afin de pouvoir les élever – ne finissent généralement pas dans des orphelinats. Selon un rapport de 2013 du People’s Net, l’édition en ligne du média d’État People’s Daily, certains hôpitaux vendent illégalement les enfants abandonnés comme des marchandises, et éviteraient d’avertir la police de tels cas ou de porter ces enfants au soin de l’État.

Les parents cherchent en général à adopter un garçon en bonne santé, principalement pour avoir quelqu’un s’occupant d’eux dans leurs vieux jours (la Chine ayant fortement réduit ses programmes d’aide sociale). Ils auront pourtant du mal à les trouver dans des orphelinats où les enfants sont surtout des filles, une conséquence du contrôle draconien de la population où les parents préfèrent avorter ou abandonner les filles en faveur des garçons.

Ils auront également du mal à trouver des enfants en bonne santé. Selon un rapport de 2012 de la chaîne du gouvernement China Central Television (CCTV), il y a dans certains orphelinats jusqu’à 90 % d’enfants handicapés, abandonnés par leurs parents biologiques cherchant à soigner leur maladie.

Mais la motivation principale serait peut-être financière.

Une affaire de collusion concernant les plannings familiaux officiels, les travailleurs chargés d’appliquer la politique de l’enfant unique de Chine et le personnel d’un orphelinat a révélé un problème institutionnel – les orphelinats à travers le pays cherchent à améliorer leurs revenus par des « donations » venant des parents adoptifs.

En 2009, le média chinois Southern Metropolis Daily a rapporté que le planning familial du Guizhou, une province dans le sud-ouest de la Chine, a séparé trois filles de leurs parents car ils n’avaient pas les moyens de payer l’amende pour avoir plus d’un enfant. Les orphelinats ont à leur tour trouvé des parents adoptifs pour les filles à l’étranger.

Zhang Wen, ancien travailleur social des adoptions aux États-Unis, a rapporté au Southern Metropolis Daily que les parents devaient fournir des donations aux orphelinats dans lesquels ils adoptaient.

« En 2001, la donation était d’environ 3 000 euros. En 2005, la somme a augmenté à 35 000 yuan [environ 5 000 euros] », explique Zhang. « Cela a poussé les bureaux des affaires civiles locaux et les orphelinats à chercher des parents à l’étranger. »

Selon le site d’informations NetEase, certains orphelinats se sont tournés vers les adoptions pour l’étranger en raison d’un manque de fonds de la part des autorités chinoises.

De fortes charges d’adoption ont découragé de nombreux parents adoptifs en Chine, certains orphelinats taxant près de 10 000 yuan (environ 1 500 €) pour un enfant. Certains taxent le même montant pour les adoptions à l’étranger.

En 2009, Chen Zaihua, un habitant de Pékin, a perdu son enfant adoptif Yan Yan après un an lorsque l’orphelinat l’a informé qu’une famille française était prête à payer plus pour l’enfant.

Sur Zhihu, l’équivalent de Quora en Chine, un utilisateur a affirmé qu’il était moins cher d’acheter illégalement un garçon que d’adopter une fille d’un orphelinat.

La politique de l’enfant unique, implantée en 1980 et remplacée l’année dernière par une politique à deux enfants, exacerbe la préférence traditionnelle pour les garçons afin de transmettre le nom de la famille. Les parents avec seulement une chance pour un garçon avortent ou abandonnent des millions de filles, menant à un ratio des sexes déséquilibré.

« Nous sommes un couple dans la quarantaine et nous n’avons pas d’enfant. Nous voulons adopter un garçon », se présente comme une requête sur WeChat.

L’inégalité du ratio hommes-femmes pose des difficultés à des millions d’hommes chinois pour trouver une épouse, menant à une montée du kidnapping et du trafic de filles et de femmes.

Voici comment se termine l’offre d’adoption pour la fille à naître en octobre : « Ne répondez pas à ce message si vous êtes un trafiquant d’humains ou si vous ne pouvez pas fournir de l’affection à un enfant. »

Version anglaise : Why Chinese Buy Trafficked Babies Instead of Looking in the Orphanage

 
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