L’élite nord-coréenne à la recherche de diseurs de bonne aventure en ces temps de turbulences

Le contrôle strict des informations en Corée du Nord interdit à ses résidents d’obtenir des informations de toute autre source que celle des sources officielles.

Tandis que les feuilletons sud-coréens ont su gagné l’indulgence du pays voisin, certains cadres nord-coréens s’inquiètent de se faire piéger par les purges de Kim Jong-Un. Craignant de perdre leur position dans leurs relations intercoréennes, ils cherchent à se rassurer auprès d’une source illicite, le diseur de bonne aventure.

Cette nouvelle tendance a pris de l’ampleur, car ceux qui se proposent de prédire l’avenir à leurs camarades anxieux offrent même leurs visites à domicile, selon le Daily NK, un site de nouvelles spécialisé dans l’obtention d’informations auprès de sources nord-coréennes.

Une photo prise, le 24 juillet 2017, montrant un groupe d’étudiantes universitaires marchant dans une rue de Pyongyang. (ED JONES/AFP/Getty Images)

Certaines sources au sein de l’État communiste révèlent que de plus en plus de résidents désirent consulter des diseurs de bonne aventure malgré l’interdiction de ce type de service dans leur pays. Pour éviter une rétribution certaine, ils rencontrent clandestinement leurs devins.

Selon le Daily NK, les habitants s’inquiètent des politiques oppressives et de l’incertitude économique découlant des sanctions internationales. Rappelons que la Corée du Nord a fait l’objet d’une autre série de sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies en décembre, tandis que les médias d’État nord-coréens continuent d’annoncer aux résidents que la guerre pourrait survenir à tout moment.

Toutefois, les autorités n’apprécient pas que les citoyens accèdent à des informations de sources non-officielles, rendant ainsi la profession des diseurs de bonne aventure non seulement illégale mais aussi dangereuse. Cette pratique pourrait en effet menacer la stabilité du pouvoir de Kim Jong-Un.

« Récemment, les autorités font  des efforts pour débarrasser le pays de la superstition, notamment de la voyance. Ainsi les diseurs de bonne aventure, voyants et devins sont condamnés en étant envoyés dans des camps de travail forcé », a déclaré une source dans la province du sud du Pyongan, au Daily NK par téléphone le 29 décembre.

« Cependant, les gens ont toujours le désir de connaître leur destin et spécialement au passage d’une nouvelle année, alors ils cherchent des diseurs de bonne aventure clandestin. »

Selon la source, les voyants sont sollicités par les cadres du Parti et le donju, l’élite aisée, qui a émergé ces dernières années d’une combinaison de corruption officielle et de libre entreprise.

Des visiteurs nord-coréens quittent la 13e Foire internationale de Pyongyang le 25 septembre 2017. (ED JONES/AFP/Getty Images)

Séduits par la possibilité de connaître leur avenir, certains donju prennent les voyants en autostop et le temps du trajet pour les conduire chez eux, ils leur demandent des prédictions pour leurs amis et leur famille, a indiqué la source.

La pratique ou la promotion de « pratiques superstitieuses » est illégale en Corée du Nord, rapporte le Daily NK, citant l’article 256 de la Constitution nord-coréenne : « Ceux qui reçoivent de l’argent ou des biens en échange de pratiques superstitieuses à plusieurs reprises seront condamnés à une peine maximale d’un an de travail (…) Ceux qui enseignent des pratiques superstitieuses à plusieurs personnes ou qui produisent des résultats néfastes par de telles pratiques seront condamnés à un maximum de trois ans de travail. Dans les cas extrêmes, la peine de travail sera de trois à sept ans. »

Qui plus est, les autorités essaient de réprimer cette pratique en procédant à des arrestations, mais l’incertitude généralisée continuera à alimenter la demande, selon la source. Pour les Nord-Coréens méfiants du régime et inquiets pour l’avenir, les diseurs de bonne aventure est pour eux une source de réconfort, rapporte le Daily NK.

Une source distincte dans la province de Pyongan du Nord a déclaré au site de nouvelles que l’arrestation des voyants n’y ferait pas grand-chose pour freiner cette pratique.

Une vendeuse regarde un dépliant alors qu’elle attend ses clients dans un magasin de pièces détachées à Pyongyang le 16 novembre 2017. (ED JONES/AFP/Getty Images)

« Au lieu d’essayer de résoudre les problèmes fondamentaux comme l’approvisionnement en nourriture dans tout le pays, les autorités se concentrent sur l’arrestation des diseurs de bonne aventure et des voyants. Cela ne fait que renforcer l’insatisfaction. »

En dépit d’une punition sévère, lire les lignes de la main ou connaître son horoscope sont devenues de plus en plus populaires depuis la fin des années 90. Les « diseurs de bonne aventure » peuvent gagner entre 4,61 euros et 46,10 euros, soit de 5000 à 50 000 KPW (dollars nord-coréens). Or, un kilogramme de riz coûte 5000 KPW (4,61 euros).

« Vouloir connaître son avenir est un moyen de rechercher une certaine stabilité et affirmation de soi. Cette tendance devient populaire parmi ceux qui sont directement confrontés aux incertitudes du régime, comme les cadres du Parti », affirme la source. « Il semble donc plus que probable que les diseurs de bonne aventure ont encore de longs jours devant eux, ayant gagné les faveurs de l’élite nord-coréenne. »

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