L’homme sans argent : cet ancien homme d’affaires a choisi de vivre au milieu de la nature

Il y a plus de 9 ans, Mark Boyle était un homme ayant fait son chemin dans la société. Sa vie était alors l’objectif de sûrement beaucoup de jeunes : avoir un bon travail, gagner beaucoup d’argent, et acheter des produits de luxe pour montrer aux gens sa « réussite ».

En effet, Mark était le directeur d’une compagnie d’agroalimentaire au Royaume-Uni, possédait un yacht et appréciait son train de vie.

Mais d’une personne ayant tout en main, Mark a décidé d’abandonner son existence confortable et a commencé à s’orienter vers un mode de vie sans argent.

Mark Boyle dans la cuisine qu’il a fabriqué au milieu de la nature.

Son histoire a commencé à la fin de sa dernière année d’étude de commerce à la Galway-Mayo Institute of Technology (GMIT) à Mountbellew, en Irlande. Il a alors vu un film sur le Mahatma Gandhi. Mark se souvient toujours de ses mots : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».

En échangeant avec un ami des années plus tard, Mark a pris conscience des problèmes contemporains qui ont remis en question ses habitudes de vie. Il exprime à ce propos :

« Mon moment eurêka est venu lors d’une après-midi à philosopher avec un ami. Nous discutions des problèmes mondiaux comme les ateliers de misère, la destruction de l’environnement, les usines d’armement, les laboratoires d’expériences sur les animaux, les guerres pour les ressources naturelles, et je me suis rendu compte que je voyais le monde de la mauvaise façon – comme un médecin occidental examinant un patient, me concentrant plus sur les symptômes que sur les causes plus profondes. À la place, j’ai décidé d’essayer ce je nomme curieusement ‘l’homéopathie sociale’ ».

« Je crois que la raison de nombreux problèmes dans le monde aujourd’hui est le fait que nous n’avons plus à voir directement les conséquences de nos actes. Le degré de séparation entre le consommateur et le consommé est devenu tellement grand que nous ne sommes maintenant plus du tout conscients de la destruction et de la souffrance des ‘choses’ que nous achetons. L’outil qui a permis cette déconnexion est l’argent. »

« Nous sommes la seule espèce, sur des millions d’autres espèces sur la planète, à s’être si trompée que nous pensons qu’il faut de l’argent pour manger. »

Ainsi depuis novembre 2008, plutôt que de devenir un activiste de l’environnement, Mark a opté pour une vie sans argent. Malgré de nombreuses critiques au début, cette décision a non seulement ouvert un nouvel horizon à Mark mais a également inspiré des milliers de personnes autour du monde.

Mark Boyle présentant son mode de vie lors d’un TEDx Talk.

On lui a demandé : « Sans argent, comment allez-vous vivre ? Et vous nourrir ? »

Mark répond : « La nourriture est gratuite, et à juste titre. L’arbre ne vous demande pas si vous avez assez d’argent pour cueillir ses fruits.  Nous sommes la seule espèce, sur des millions d’autres espèces sur la planète, à être si trompée que nous pensons qu’il faut de l’argent pour manger. Et pire encore, je vois souvent des gens passer devant de la ‘nourriture gratuite’ en allant acheter de la nourriture, amenée dans les supermarchés depuis le monde entier. »

« L’arbre ne vous demande pas si vous avez assez d’argent pour cueillir ses fruits. »

Mark Boyle cherche maintenant à conduire sa vie dans l’harmonie et le respect : « En cultivant notre propre nourriture, nous n’en gaspillerons pas un tiers comme nous le faisons maintenant. Si nous devons faire nous-mêmes nos tables et nos chaises, nous ne voudrions pas nous en débarrasser lors d’un changement d’intérieur. Et si nous devions purifier notre eau potable, peut-être n’utiliserions-nous pas autant d’eau propre pour nous laver. »

« En cultivant notre propre nourriture, nous n’en gaspillerons pas un tiers comme nous le faisons maintenant… »

Après avoir longtemps réfléchi, Mark en est venu à comprendre que le soi-disant « commerce équitable » n’était pas suffisant pour réparer l’erreur humaine. Bien que l’industrie de l’alimentation biologique puisse nous faire avoir une vie plus écologique, elle endommage toujours l’environnement naturel. Les raisons en sont entre autres le grand nombre d’emballages plastiques, un gâchis alimentaire important et la compétition entre les différentes entreprises.

« Si l’air venant dans mes poumons est pollué, si les nutriments du sol ayant produit ma nourriture sont épuisés, et si l’eau comptant pour 60 % de mon corps est empoisonnée, alors ma santé souffrira en conséquence », écrit-il.

S’étant rendu compte de la relation étroite entre l’homme et les différentes créatures, Mark Boyle a choisi d’adopter un mode de vie sain, en harmonie avec la nature.

La vie de « L’homme sans argent »

Pour répondre au besoin le plus essentiel de l’homme, la nourriture, Mark indique faire pousser lui-même des fruits et des légumes, des pommes de terre, des haricots, des carottes, des potirons, des oignons et des navets. Il passe également du temps à chercher de quoi manger dans la nature comme des baies, des champignons et des noix, tout en cherchant aussi des plantes pour d’autres usages comme du grand plantain qu’il utilise pour la fièvre. Le reste de sa nourriture vient de restes de restaurants et de magasins de nourriture locaux et de troc avec les locaux lui offrant une source de nourriture durable.

Faire pousser et cuisiner sa propre nourriture donne à Mark un bonheur qu’il n’a jamais ressenti auparavant.

Faire pousser et cuisiner sa propre nourriture donne à Mark un bonheur qu’il n’a jamais ressenti auparavant. « Je vois la lune se lever en hiver et le soleil se coucher en été au moment ou je prépare mon repas du soir. Les oiseaux dans les arbres autour de ma cuisine sont devenus mon nouvel Ipod, et observer la vie sauvage m’a appris bien plus sur la nature que tous les documentaires que j’ai vu à la télé. »

Bien qu’il n’ait pas d’argent, Mark jouit toujours de certains conforts matériels : il se lave dans le courant de la rivière ou avec une douche solaire (en été de préférence). Il utilise rarement de savon, dans ce cas il utilise des plantes Saponaria qu’il fait pousser. Son dentifrice est une mixture faite d’os de seiche et de graines de fenouil sauvage.

Pour se déplacer sur une certaine distance, il a opté pour le vélo : « Pédaler 60 km pour aller à Bristol utilise bien plus de temps et d’énergie que de conduire ou de prendre le bus ou le train, mais c’est aussi une alternative économique à mon ancien abonnement à la salle de sports, et je trouve le cyclisme bien plus agréable que de prendre des véhicules motorisés. Le point est que je préfère utiliser mon temps à faire mon pain dehors plutôt que de le passer à regarder des émissions de TV dans la soi-disant ‘pièce à vivre’ ».

Sa maison est faite d’une ancienne caravane, d’une cuisine qu’il a construite avec du recyclage et de son jardin naturel.

Mark n’a gardé comme appareils électriques que son ordinateur portable et son mobile qu’il utilise seulement pour rester en contact avec ses proches. Il a installé un unique panneau solaire sur sa caravane lorsqu’il a commencé ce mode de vie, lui donnant un peu d’électricité pour l’éclairage et sa faible utilisation de la technologie.

Il est difficile d’imaginer que Mark Boyle a réussi à vivre sans argent pendant près de 10 ans. On pourrait penser qu’un manque pourrait se faire ressentir, mais il trouve en fait l’expérience merveilleuse.

« Ironiquement, j’ai trouvé les deux dernières années comme les plus épanouissantes de ma vie. J’ai plus d’amis dans ma communauté que jamais. Je n’ai pas été malade depuis que j’ai commencé, et je ne me suis jamais senti aussi en forme. J’ai découvert que l’amitié, pas l’argent, est la vraie sécurité. La pauvreté occidentale est surtout psychologique », écrit-il.

Deux livres de Mark ont touché des milliers de personnes. On peut livre gratuitement son « Moneyless Manifesto » sur moneylessmanifesto.org.

L’exemple d’un mode de vie naturel

Après des années d’une vie sans argent, Mark partage les leçons qu’il en a tiré :

« Plus que tout autre chose, j’ai découvert que ma sécurité ne reposait plus dans mon compte en banque, mais dans la force des relations que j’ai avec les gens, les plantes et les animaux autour de moi. Mon caractère a remplacé la livre sterling comme devise. Si j’agis de façon égoïste ou sans me soucier de ceux autour de moi, alors ma capacité à traiter mes propres besoins économiques diminuera aussi. Mon économie sans argent est telle que l’entraide, la générosité et la solidarité sont récompensées. »

« Ma plus grande leçon est néanmoins que pendant que je suis dehors à faire mes petites choses, des espèces majestueuses s’éteignent les unes après les autres plus vite que jamais ; les forêts, les océans et les fleuves sont diminués à des niveaux intenables ; et l’injustice social monte de façon exponentielle, mettant de plus en plus d’argent dans les mains de ceux qui seront les moins susceptibles de l’utiliser pour le bien commun. Cela je ne pouvais plus l’ignorer … »

Une vidéo courte présentant son mode de vie :

Que pensez-vous de l’expérience et des réflexions de Mark ?

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