Qui menace la forêt de Bialowieza ?

La forêt primaire de Bialowieza, qui s’étend entre la Pologne et la Biélorussie, est la plus importante et aussi la mieux préservée des anciennes forêts européennes. En tant que telle, elle abrite des arbres de plus de 450 ans et une biodiversité d’une grande richesse : on compte 5 500 espèces de plantes et 11 564 espèces animales dont la plus grande population de bisons d’Europe, de lynx et de loups.

Or, d’après des études menées par le gouvernement, une épidémie de scolytes fait des ravages dans certaines parties de la forêt, ce qui justifierait un nouveau plan d’exploitation. Cette espèce d’insectes aurait atteint 10% des arbres de la forêt. Une observation justifiant, pour le gouvernement polonais, une intensification de l’exploitation forestière. Les forêts anciennes fournissent un très bon bois, et une exploitation rationnée ne pose pas de problèmes. Cependant, les arbres morts ou sur le point de mourir ne suffisent pas toujours aux exploitants.

Un plan d’abatage de bois pour les dix prochaines années prévoyait, pour les trois districts de la forêt, un déracinement de 48 500 m3 par an, tout en protégeant les arbres de plus de 100 ans et en pourvoyant aux besoins locaux en bois. Cependant, quatre ans après l’adoption de ce plan, les trois districts arrivent à la limite de leur quota. De plus, l’extension du plan d’exploitation vise des parties de la forêt qui ne sont pas attaquées par les scolytes.

La forêt ayant été déclarée patrimoine de l’humanité, l’Unesco a envoyé une délégation début juin sur place.

Autre signe peu rassurant, 32 membres du Conseil d’État pour la conservation de la nature ont été licenciés ou ont quitté leur poste après s’être opposés au plan du gouvernement. Lukasz Mazurek, de l’agence de tourisme Wildpoland, visite souvent la forêt et photographie ses animaux. « Le bois mort est très précieux pour cette forêt : il y a beaucoup de désinformation et de manipulation à ce propos. Les insectes ne sont pas un danger pour la forêt. Elle a pu survivre jusqu’à ce jour, mais aujourd’hui, elle est surtout menacée par les haches des hommes ».

Les forêts anciennes présentent souvent des caractéristiques particulières et les arbres morts, parfois stagnants, favorisent l’activité d’insectes et de certaines espèces vivantes. Une fois putréfiés, ils nourrissent la terre, permettant l’émergence de nouveaux arbres et le renouvellement de la canopée.

La forêt ayant été déclarée «  patrimoine de l’humanité », l’Unesco a envoyé une délégation début juin. La délégation s’est rendue sur place, après le lancement du plan du gouvernement visant à déraciner 400 000 arbres. Accompagnée d’experts et d’ONG, elle devra déterminer si cet objectif correspond aux critères de protection de la forêt ou non.

 

 
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