Une maison de paille en construction autogérée

Lorsque l’on discute avec Aviram et Lorraine-Barsha, on a l’impression qu’ils ont toujours été très impliqués dans l’écologie. Et pourtant, c’est tout le processus de préparation et de construction de leur maison en paille sur le bord d’un lac dans les Laurentides qui les a amenés à s’intéresser à l’écologie, entre autres pour la santé du lac.

« Et quand tu fais une maison en paille, il y a plein de choses d’une maison conventionnelle que tu ne peux plus faire. Donc, de cette façon, tu es poussé vers l’écologie », précise Aviram.

Comment ont-ils eu l’idée de se bâtir en paille ? Personne ne le saura probablement jamais, puisqu’il est persuadé que c’est sa femme qui lui en a parlé pour la première fois en 2001, alors qu’elle pense que c’est lui qui a soumis cette idée. Peu importe, le concept les a suffisamment intéressés tous les deux pour qu’ils suivent une formation avec André Fauteux, éditeur et rédacteur en chef du magazine la Maison du 21e siècle. Lors de cette journée, le journaliste spécialisé dans les maisons saines et écologiques leur a présenté plusieurs techniques différentes de construction écologique, dont la paille.

« Finalement, ce n’est pas une décision rationnelle : c’est plutôt une décision émotionnelle reliée à la beauté. Ça sent bon, j’aime la paille », reconnaît Aviram. « J’ai embarqué là-dedans parce que l’idée me plaisait », ajoute Lorraine-Barsha avec enthousiasme.

Préparation du projet

À l’époque de l’achat du terrain en 2002, Aviram suit un cours sur la construction des maisons en paille avec Michel Bergeron, membre fondateur d’Archibio. C’est là qu’il apprend que la paille est extrêmement isolante et qu’une maison de paille ne bouge pas par grand vent, contrairement aux maisons québécoises conventionnelles.

Ayant tous les deux un côté artistique très développé, ils dessinent les plans de leur future maison en pensant principalement aux côtés design et esthétique. Originaires d’Europe – Aviram est allemand et Lorraine-Barsha est suisse – ils trouvent que l’hiver est long au Québec. Ils prévoient donc un salon qui leur permet d’avoir beaucoup de contacts avec l’extérieur, sans nécessairement passer beaucoup de temps dehors à la saison froide. Ils imaginent donc 14 fenêtres au salon, orienté sud. Cela leur donne aussi tous les avantages du chauffage passif solaire, qui s’avérera très utile pour chauffer la maison, principalement pendant les périodes de novembre à décembre, mais aussi de février à avril.

Détail de la salle de bain, avec le lavabo en pierre massive. (Nathalie Dieul)
Détail de la salle de bain, avec le lavabo en pierre massive. (Nathalie Dieul)

Une fois les premiers plans dessinés, il faut trouver un architecte pour vérifier la statique. Ils trouvent Isabelle Gauthier, architecte à Bromont, qui a bâti sa propre maison en paille. Elle leur permet de visiter sa maison et ils discutent de toutes sortes de sujets. « Et là, dans cette maison qui était faite différemment, nous avons justement ressenti cet état de la maison vivante qui respire, c’est devenu très clair que c’est ça que nous allions faire ça », se souvient Aviram.

L’architecte refait les plans et les étampe, avant d’aller demander le permis de construire à la Ville. Selon Aviram, les municipalités au Québec ont habituellement beaucoup de réticence à donner des permis pour des constructions alternatives. Pourtant, il considère que le code du bâtiment sur lequel se basent les municipalités n’est pas bon, puisque ses normes font en sorte qu’une maison ne dure que 20 ans. Après cette période, il est indispensable de faire de grosses rénovations. « Ça n’a aucun sens. Je ne connais pas ça de l’Europe », remarque le nouvel écologiste.

La chambre d’amis au rez-de-chaussée : une des rares pièces fermées de la maison (Nathalie Dieul)
La chambre d’amis au rez-de-chaussée : une des rares pièces fermées de la maison
(Nathalie Dieul)

La municipalité ayant la garantie que les assurances professionnelles de l’architecte assumaient les risques, le permis est accordé rapidement. L’étape suivante est très difficile : trouver un entrepreneur.

La moitié des entrepreneurs ne voulaient pas construire en paille. L’autre moitié, ouverte à cette idée, ne l’était pourtant pas à celle de construire avec des arrondis. « Mais on voulait quand même des arrondis parce que, pour nous, l’écologie doit se marier avec l’esthétisme », justifie Aviram.

Il existe deux manières de construire une maison de paille : l’une avec des ballots qui se chevauchent, l’autre en réalisant d’abord une structure en bois, dans laquelle sont insérés les ballots de paille. Après avoir opté pour la seconde, le couple a finalement trouvé deux charpentiers qui acceptaient le défi.

La construction

C’est ainsi que le chantier a commencé au début juillet 2003, sous la forme d’un chantier autogéré. Aviram aide autant qu’il le peut, puisqu’il continue sa profession de créateur de fontaines, tandis que sa conjointe fait toute la gérance du projet. « Quand je gérais le chantier, je proposais des choses. Avec Aviram, j’osais des choses que je n’aurais pas faites toute seule, et il me disait : pourquoi pas ? », se souvient la psychothérapeute, heureuse des résultats.

Il faut ensuite trouver de la paille, pas n’importe quelle paille puisqu’elle doit être serrée avec beaucoup de pression afin qu’elle ne se compacte pas davantage une fois dans les murs. Un fournisseur est déniché en Mauricie.

La construction est rapide. Le crépi recouvrant la paille, à l’extérieur comme à l’intérieur, est composé de six portions de sable pour une portion de ciment et une de chaux. Ce crépi permet des formes plus organiques que d’autres sortes de revêtement.

Un foyer de masse au milieu du salon (Nathalie Dieul)
Un foyer de masse au milieu du salon (Nathalie Dieul)

Au mois d’août, la propriétaire de la maison que le couple loue leur annonce qu’il faut qu’ils quittent les lieux le 3 septembre. À la date du déménagement, les murs et le toit sont faits, mais les portes et les fenêtres ne sont pas encore arrivées. Malgré les planches pour boucher les orifices, un raton laveur mange leur nourriture. Le lendemain, les portes et les fenêtres sont livrées, puis posées. Tout l’intérieur est fini pendant l’année qui suit, ensuite c’est l’aménagement du terrain.

Changements ?

S’il devait construire à nouveau, Aviram, maintenant designer d’écovillages et titulaire d’un certificat en écoconstruction, emploierait plusieurs façons de construire. Il garderait la paille pour les murs sud, est et sud-ouest, et utiliserait la méthode du earthship pour le mur arrière – un mur de pneus avec de la terre à l’intérieur. Mais, surtout, il construirait plus petit que les 1800 pieds carrés de la maison actuelle. En terme pratique, ainsi que pour les côtés écologique et économique, une maison plus compacte n’a presque pas besoin d’être chauffée lorsqu’elle est bien isolée et bien orientée pour utiliser l’énergie solaire passive.

En attendant les maisons du futur qui utiliseront la technologie de l’énergie libre de Keshe, dont Aviram est en train de devenir un spécialiste, le couple est heureux dans sa maison en paille « dans laquelle il est très agréable de vivre. Autrement, je serais déjà parti ! », s’exclame l’écologiste.

Vidéo

En 2012, la maison d’Aviram et Lorraine-Barsha a gagné un premier prix ex æquo dans le cadre de l’émission de télévision Ma maison bien-aimée. Pour voir un extrait

 

Location 

La maison d’Aviram et de Lorraine-Barsha est parfois à louer pour une partie de l’hiver. Le couple loue aussi une chambre sur AirBnB, en formule tout inclus. Contact : [email protected]

 

 

 
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