Réformer l’Arabie saoudite

Plus d’un milliard et demi de musulmans — soufis, sunnites, chiites et leurs différentes écoles, les alaouites, les bahaïs, les ismaéliens, les ahmadis — vivent pacifiquement comme de bons voisins et des citoyens du monde. Malheureusement, une des sectes de l’Islam, le wahhabisme, encourage depuis longtemps des idées anti-occidentales et est devenue ce que le journal The Economist appelle « la boîte de Pétri du djihadisme. »

Les religieux wahhabites ont été proches de la dynastie al Saud depuis le milieu du 18e siècle, échangeant la légitimité islamique contre le contrôle des mosquées et universités.

L’alliance américano-saoudienne a commencé en 1945 quand le roi Abdul-Aziz al Saud a rencontré le président américain Franklin Roosevelt sur le navire USS Quincy, sur le canal de Suez. Les Saoudiens ont alors garanti l’accès au pétrole, et les Américains, la sécurité de l’Arabie saoudite vis-à-vis de ses ennemis.

Dans les années 1950, la CIA s’est alliée aux Frères musulmans, alors soutenus par l’Arabie saoudite, pour affaiblir le courant nationaliste arabe. Dans les années 1980, les deux pays sont devenus des soutiens majeurs à la lutte des moudjahidines pour mettre fin à l’occupation soviétique en Afghanistan.

Des livres d’enseignement du Djihad ont été distribués aux écoliers afghans dans les camps de réfugiés du Pakistan, encourageant à la violence contre les infidèles et contre l’Union soviétique, au nom de l’Islam.

Pendant son récent déplacement aux États-Unis, le prince héritier Mohammed Ben Salman, appelé « MBS », a dit que les alliés occidentaux de l’Arabie saoudite lui avaient demandé d’investir dans les mosquées à la période de la Guerre froide (1947-1991) pour empêcher l’enracinement de l’Union soviétique dans les pays musulmans. Ce sont ainsi des milliards de pétrodollars qui ont aidé à diffuser le wahhabisme mondialement.

MBS souhaite aujourd’hui diversifier l’économie saoudienne en transformant le « pétro-État » en une économie ouverte pouvant recevoir des investissements étrangers. Après avoir consolidé son influence dans le royaume, il souhaite que sa Vision 2030 transforme le royaume en un centre international pour le commerce et la finance.

Le président Trump et Jared Kushner, son beau-fils et conseiller pour le Moyen-Orient, soutiennent le régime saoudien, auquel Donald Trump a demandé lors d’un sommet en mai dernier de cesser de financer le terrorisme islamique. Dans ce que le journaliste du New York Times Nicholas Kristof appelle une « alliance non sacrée », Washington a annoncé qu’il vendrait aux Saoudiens près de 110 milliards US$ d’armes. Le mois dernier déjà, une vente de 670 millions US$ d’armes ; de nombreux autres accords commerciaux se sont conclus lors du dernier forum entre l’Arabie saoudite et les États-Unis en mars dernier.

La politique étrangère américaine actuelle implique de travailler avec les Saoudiens pour mettre en place des actions contre le terrorisme et rompre avec le passé d’extrémisme religieux. MBS, de façon compréhensible, veut réhabiliter l’image de l’Arabie saoudite dans les esprits américains. Lors du sommet de l’Initiative pour les investissements futurs à Riyad en octobre dernier, MBS a insisté : « Ce que nous voulons est (…) un Islam modéré (…) ouvert à toutes les religions (…) et aux peuples. »

Son père, le roi Salman, a décrété la création d’une nouvelle autorité pour examiner l’utilisation faite des « hadith » — les souvenirs des paroles du prophète Mahomet. Certains imams ont interprété les hadiths pour justifier la violence. Les islamistes sunnites, y compris les Frères musulmans — interdite comme organisation terroriste depuis 2014 — ont été le plus large groupe d’activistes. La nouvelle autorité vérifiera les hadiths pour empêcher qu’ils ne soient utilisés comme justification du terrorisme.

La Ligue mondiale musulmane affirme qu’elle va « éradiquer la pensée extrémiste » — ce qui contraste avec ses interprétations passées de l’Islam. Le gouvernement saoudien, qui vérifie et approuve les clergés de ses 70 000 mosquées, a limogé les extrémistes. En décembre, des responsables saoudiens ont parlé à une délégation du Washington Institute de leurs actions contre le terrorisme.

Deux organes gouvernementaux s’occupent maintenant des questions liées à l’extrémisme et font la promotion d’une interprétation modérée de l’Islam : ETIDAL, le Centre international pour combattre les idéologies extrémistes, et le Centre de lutte idéologique.

Les Saoudiens pourraient aussi renforcer le contrôle des enseignants et des personnalités religieuses voyageant à l’étranger, ainsi que contrôler le contenu des documents religieux envoyés à l’étranger — et par ceci freiner l’exportation d’idéologies extrémistes et accélérer la purge des écoles saoudiennes.

L’Arabie saoudite demeure une monarchie absolue. Ses outils d’influence ont pour but de maintenir son poids face à l’Iran et de combattre la mauvaise presse liée à son implication dans la guerre contre les rebelles houthi au Yémen. Cependant, à son crédit, on doit reconnaître que le royaume s’attaque maintenant à l’extrémisme, et assistera cette année au premier groupe stratégique de consultation États-Unis/Arabie saoudite.

MBS a, sans l’ombre d’un doute, pris des mesures positives, en particulier au travers de sa déclaration sur son intention de faire pratiquer en Arabie saoudite un Islam moins fanatique et plus tolérant, en particulier dans sa relation avec les chrétiens et les juifs. Thomas Friedman, journaliste de New York Times spécialisé dans les affaires internationales indique que, si les réformes de MBS atteignent leur objectif, elles « ne changeront pas seulement l’Arabie saoudite mais la teneur de l’Islam dans le monde entier ».

 

David Kilgour, avocat de profession, a été Secrétaire d’État du Premier ministre canadien Jean Chrétien. Il est l’auteur de plusieurs livres et co-auteur avec David Matas de Bloody Harvest : The Killing of Falun Gong for Their Organs.

 

 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

 
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