À Ostende, l’apprentissage de la cohabitation avec les phoques

Par Epoch Times avec AFP
11 mai 2023 10:50 Mis à jour: 11 mai 2023 14:49

« Quand les phoques viennent sur la plage, c’est pour se reposer… ». À Ostende, face à la mer du Nord, Inge de Bruycker, fondatrice de l’association North Seal Team, arpente la plage avec une obsession : surveiller le comportement des promeneurs, peu habitués à la présence de ces mammifères marins.

Depuis la pandémie de Covid-19, il n’est pas rare de tomber nez à nez avec des phoques sur la côte belge. Rassurés par le calme et la faible présence humaine pendant le premier confinement, en 2020, ils ont en effet pris leurs habitudes sur les plages du plat pays.

Une dizaine de personnes maintenues à distance par des cordes observent, émerveillées, deux d’entre eux se prélasser sur la plage. Ici, les chiens doivent être tenus en laisse, rappellent des bénévoles en veste orange fluo, qui surveillent les promeneurs. « On se relaie toute la journée de sept heures du matin à dix, onze heure le soir », raconte Inge de Bruycker, n’hésitant pas à s’interrompre pour aller réprimander des passants trop bruyants. La pandémie passée, le retour des promeneurs a montré que la cohabitation n’était pas toujours une évidence. « Des phoques ont mordu par des chiens, des chiens ont mordu des phoques… on ne veut pas que cela arrive à des gens, surtout pas à des enfants », résume Inge de Bruycker.

Établir des zones réservées aux phoques avec des règles

Créée peu après le premier confinement, North Seal Team a négocié avec la commune pour établir des zones réservées aux phoques et a établi des règles : trente mètres de distance minimum avec les animaux. Et une règle d’or : interdiction de leur donner à manger ou à boire. « Au début de leur vie, les chiots – le nom donné aux bébés phoques – doivent rester quelques jours sur la plage jusqu’à ce qu’ils aient faim. Si on leur donne à manger, ils n’iront pas dans la mer et n’apprendront pas à chasser », explique Kelle Moreau, biologiste marin et porte-parole de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique.

(KURT DESPLENTER/AFP via Getty Images)

Depuis la pandémie, « les phoques se sont habitués à venir se reposer sur ces plages et les gens sont généralement heureux lorsqu’ils les voient, ils veulent les caresser, prendre des selfies… », raconte l’expert. Certains, pensant – à tort – que les animaux sont échoués, tentent même de les remettre à l’eau. « Mais ce sont des animaux sauvages ! », rappelle-t-il. S’ils sont difficiles à répertorier, Kelle Moreau estime que la population des phoques près des côtes belges – appartenant à deux espèces : les phoques gris et les phoques communs – oscille désormais entre 100 et 200 individus.

Un centre d’accueil des phoques blessés

À une vingtaine de kilomètres d’Ostende, le Sea Life Center de Blankenberge accueille les phoques blessés. Depuis la création de la North Seal Team, le centre reçoit de plus en plus d’appels de bénévoles de l’association et de promeneurs avertis, qui communiquent via des groupes WhatsApp. « Ils nous envoient des images des animaux et on décide si on intervient ou non », explique Steve Vermote, directeur général de l’organisation. Si la plupart sont relâchés au bout de deux mois, certains, comme Lily, une femelle aveugle, sont accueillis pour une durée indéterminée par le centre.

En 2022, Sea Life a soigné douze phoques gris et trois phoques communs. Le centre a également accueilli plusieurs individus présentant des cicatrices autour du cou, probablement causées par un filet de pêche maillant ou trémail. Ce filet, peu apparent et statique, a été à l’origine d’un pic de mortalité chez les phoques et les marsouins. « En 2021, ce type de capture accidentelle s’est avéré être à l’origine de la mort de plusieurs dizaines de phoques échoués », rapporte l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique dans un rapport publié jeudi. Ce constat a entraîné un changement de la législation belge, qui interdit désormais cette technique pour la pêche récréative.

En 2022, 54 phoques décédés ont été rejetés sur la plage, selon le rapport de l’Institut. C’est deux fois moins qu’en 2021. La preuve, selon Kelle Moreau, que le changement de législation a fonctionné. Et que la cohabitation entre les humains et ces mammifères marins peut s’améliorer.

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