A Vittel, la surexploitation de l’eau est-elle favorisée par un conflit d’intérêts ?

Depuis plusieurs années, l’inquiétude monte à Vittel. La nappe phréatique de la ville, largement surexploitée, est en voie d’épuisement. Les mesures prises ne semblent pourtant pas tenir compte de son principal exploitant, Nestlé Waters. Une enquête judiciaire est actuellement en cours, susceptible de révéler des faits assimilables à du conflit d’intérêt en faveur de Nestlé et aux dépens de la population locale.

Selon l’organisme European Water Movement, « en 1975, la société des Eaux de Vittel produisait 500 millions de bouteilles d’eau issue des grès vosgiens avec 4500 employés. Aujourd’hui, la multinationale produit plus de 2 milliards de bouteilles grâce à la surexploitation de l’eau des grès vosgiens et a fait passer ses effectifs sous le seuil de 1000; il est prévu de les réduire encore (cible entre 200 et 300). » Parallèlement à cela, le journal Mediapart, qui a mené une enquête sur les faits, précise que la commune de Vittel va devoir, elle, « importer de l’eau potable des centres voisins, renchérissant son coût ».

C’est donc environ 47% des prélèvements d’eau qui partent directement dans les bouteilles de Nestlé ou encore de l’industriel fromager L’Ermitage, deuxième gros industriel de la région. Face à ce chiffre, les activités domestiques n’occupent que 22% des prélèvements.

Selon le BRGM, Bureau de recherches géologiques et minières, la diminution drastique de la nappe phréatique des GTI (grès du trias inférieur), considérée comme « le plus grand réservoir d’eau souterraine » non seulement du département des Vosges mais de l’ensemble de la région Lorraine, se produirait à la fois « en raison d’un contexte hydrogéologique particulier, et d’une forte concentration de prélèvements« .

Suite à ces conclusions, une Commission locale de l’eau (CLE) fut mise en place afin d’élaborer une stratégie pour mettre un terme à la surexploitation de la nappe des GTI.

Les mesures préconisées par cette CLE furent d’imposer des économies d’eau par les ménages, et non par les industriels.

Seulement, la présidente de la CLE de 2015 à 2016, Claudie Pruvost, conseillère départementale et seconde adjointe de la ville de Vittel, est aussi l’épouse de Bernard Pruvost, directeur recherche et développement chez Nestlé International.

Il s’avère que celui-ci est également président et fondateur de l’association la Vigie de l’Eau, chargée de façon dérogatoire par le conseil départemental et la préfecture de porter le schéma d’aménagement de gestion de l’eau du sud-ouest vosgien. Cette association aurait aussi influencée les préconisations de la CLE mettant en cause les ménages et les collectivités, sans jamais impliquer Nestlé ou L’Ermitage…

Alors, durant son mandat, Mme Pruvost aurait-elle agi en faveur de l’entreprise de son mari ?

La question est alors posée, d’abord par l’ organisation Vosges Nature Environnement. Mais, c’est l’association Anticor, spécialisée dans la lutte anti-corruption, qui a finalement signalé les faits au parquet d’Epinal fin 2016. Selon Mediapart, « l’enquête touche à son terme », aurait ainsi annoncé le vice-procureur d’Épinal, Vincent Légaut.

 

 
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