Les Africains se méfient des leçons de mandarin données par la Chine

BLANTYRE, Malawi – Chancy Malata, âgé de 19 ans, a peu de mots gentils à dire au sujet de ses anciens patrons chinois.

Il travaillait pour une entreprise de construction à Blantyre, le centre commercial du Malawi, pour un salaire de 2,30 euros par jour ; son travail consistait, entre autres tâches, à mélanger du béton pour les chantiers.

« Ce n’est pas tant le travail et la rémunération qui me préoccupent, mais la langue et les conditions de travail », a-t-il confié à Epoch Times lors d’une interview donnée chez ses parents à Blantyre, où il habite.

Depuis que le Malawi a noué des relations diplomatiques avec la Chine, les sociétés chinoises ont entrepris de grands projets de construction dans le pays. Cependant, la langue a été un sujet de discorde entre les patrons chinois et les Malawiens qui constituent la majorité des ouvriers de la construction.

Alors que la plupart des Malawiens sont capables de comprendre l’anglais, très peu connaissent le chinois. Contrairement aux entrepreneurs indiens, dont certains ont même réussi à apprendre la langue locale – le chichewa – pour communiquer avec leurs employés, peu de Chinois communiquent en anglais.

Instituts Confucius

Par contre, il semble que ce soient les Chinois qui souhaitent que les habitants locaux apprennent leur langue alors que les autorités chinoises redoublent d’efforts pour créer leurs controversés Instituts Confucius (IC) dans ce pays d’Afrique du Sud-Est.

Lors de l’ouverture de l’IC à l’Université du Malawi en 2016, Shing Ting Wang, l’ambassadeur de Chine au Malawi, a déclaré que le statut de la Chine, en tant que deuxième économie mondiale, avait augmenté le nombre de personnes désirant apprendre le chinois et connaître mieux la culture chinoise, a rapporté le Nyasa Times.

Cependant, l’expansion internationale des IC a fait l’objet de critiques, principalement en raison de leurs liens avec le Parti communiste chinois.

Les IC, qui sont financés par le régime chinois, sont connus dans les milieux du renseignement comme un moyen utilisé par le régime dans le but de renforcer son influence dans les pays d’accueil ou à des fins d’espionnage. Plusieurs de ces instituts ont été fermés en Amérique du Nord et en Europe, tandis que les préoccupations relatives à leurs liens avec Pékin ne cessent d’augmenter.

Seulement en Afrique, plus de 50 instituts de ce type ont été créés. Ils enseignent le mandarin chinois et suscitent l’intérêt de ceux qui désirent décrocher un emploi dans des entreprises chinoises.

Un responsable de l’IC au Malawi – qui collabore avec les universités locales pour y donner des leçons – a refusé d’être interviewé, déclarant tout d’abord qu’il devrait en obtenir l’autorisation de l’ambassade de Chine. Par la suite, il a martelé : «Nous ne pouvons pas accepter cet entretien. »

En 2015, le gouvernement sud-africain a annoncé son intention d’intégrer le mandarin chinois dans son programme scolaire public. En 2018, l’Ouganda a également annoncé que le mandarin deviendrait une matière obligatoire au lycée.

« Cette nouvelle politique gouvernementale verra les langues africaines descendre encore plus bas dans l’ordre hiérarchique de l’éducation », ont écrit cinq professeurs en linguistique dans The Conversation au moment où l’Afrique du Sud a annoncé ses plans. Ils ont décrit les leçons de chinois comme une nouvelle « gifle » aux langues africaines.

Une nouvelle forme de colonialisme ?

La commentatrice politique Emily Kamanga a mis en garde que le Malawi devait faire preuve de prudence dans ses relations avec la Chine, soulignant que lorsque les gens se rendront compte du danger, il sera déjà peut-être trop tard.

« La façon dont la Chine fait les choses dans le pays peut être décrite comme une forme de colonisation. Lorsqu’ils arrivent, ils entrent en force », a-t-elle expliqué.

Contrairement aux pays occidentaux, qui financent des projets tout en laissant aux pays bénéficiaires le contrôle de ceux-ci, les Chinois s’installent en permanence, ce qui soulève des questions sur la nature de l’aide fournie, a précisé Mme Kamanga.

«Nous apprécions leur aide, mais ils devraient rentrer chez eux après l’achèvement des projets », a-t-elle poursuivi.

Emily Kamanga a également déploré l’augmentation du nombre de Chinois qui gèrent de petites entreprises dans le pays, citant l’exemple de la vente de vêtements d’occasion dans les zones rurales.

« Ils prennent les choses en main dans le pays », a-t-elle souligné. « Leurs entreprises sont moins chères et, avant que nous nous en rendions compte, ils pourront instaurer leur contrôle. »

Les élites du Malawi pourraient profiter de l’opportunité d’apprendre le mandarin – ce qui pourrait les mettre à l’avenir sur un pied d’égalité dans les affaires avec les Chinois. Cependant, pour des travailleurs comme Malata, cela ne sera pas facile à faire et continuera de créer des problèmes pour le travail sur les projets chinois.

 
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