CANADA

Comment le gouvernement a obtenu les données des cellulaires des Canadiens ?

janvier 15, 2022 21:35, Last Updated: janvier 15, 2022 21:35
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En plus des données de l’opérateur Telus, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) fait appel aux entreprises recueillant les données via des applications sur les smartphones. Ceci, comme l’a appris Epoch Times, afin d’obtenir des données anonymes sur les déplacements des Canadiens.

En décembre, il a été révélé que l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) surveillait la mobilité des Canadiens. Il s’agit (entre autres) d’orienter les politiques et déclarations publiques anti-Covid d’une part, d’évaluer l’efficacité des mesures de confinement d’autre part. L’agence a déclaré qu’elle ne suivait pas et ne suivra jamais les Canadiens individuellement, elle examine les tendances de manière globale et anonyme.

Epoch Times a découvert que les données de l’ASPC proviennent de Telus, d’un côté, qui a lancé l’initiative « Données pour un bon programme », et du Centre de recherches sur les communications du Canada (CRC), de l’autre.

Le CRC a indiqué à Epoch Times qu’il se procure les données sur les téléphones cellulaires auprès de fournisseurs d’informations provenant du crowdsourcing et recueillies par le biais d’applications, afin de rassembler les enregistrements anonymes des mouvements des Canadiens.

Le CRC obtient ses données de Tutela, une entreprise qui mesure la performance et la couverture des réseaux mobiles. Tutela a plusieurs sièges, un premier à Victoria, en Colombie-Britannique, un autre à Boston, dans le Massachusetts. La compagnie est liée à l’entreprise américaine Comlinkdata. Les deux sociétés ont la même adresse à Boston.

Sur son site Web, Tutela indique qu’elle recueille les données de 300 millions de smartphones dans le monde. Son logiciel est intégré à plus de 3 000 applications.

On ne sait pas exactement quelles applications utilisent le logiciel de Tutela, mais il peut s’agir de tous types d’applications, des jeux à la météo. Cela signifie que certaines des applications installées sur les téléphones des Canadiens transmettent des données à Tutela, qui les revend ensuite à divers acheteurs, comme des entreprises de télécommunications et au moins un organisme gouvernemental.

Tutela affirme que les données sont enregistrées avec le consentement des utilisateurs et qu’elle ne recueille aucune « matricule persistante d’appareil ni renseignement personnel permettant de d’identifier directement les personnes ». Une section de son site Web propose des options permettant aux utilisateurs de refuser la collecte de leurs données, par exemple en désinstallant complètement les applications ou en empêchant les applications utilisant le logiciel de Tutela d’accéder aux données de localisation.

Epoch Times a contacté Tutela à plusieurs reprises pour une demande de commentaires, mais n’a pas eu de réponse.

Selon le CRC, les données obtenues auprès de Telus ou d’autres fournisseurs commerciaux comme Tutela contiennent des informations sur un « sous-ensemble anonyme, variable et aléatoire de smartphones. Tous les identifiants personnels sont supprimés avant que le CRC ne reçoive les données, il n’est donc pas possible d’identifier des individus spécifiques. »

« Ces données sont utiles pour tirer des conclusions globales sur les statistiques au niveau de la population en ce qui concerne l’expérience et la mobilité des smartphones, elles ne sont pas utiles pour suivre des utilisateurs de smartphones particuliers », a déclaré un porte-parole du CRC dans un courriel.

L’organisme affirme que le type de données reçues est semblable à celui que les applications sur l’info trafic collectent pour localiser des bouchons, et que les données sont utilisées de manière similaire.

Le CRC ne reçoit donc jamais les données directement, ni aucun organisme gouvernemental. Ce qui est partagé avec l’ASPC, ce sont des évaluations globales sur la mobilité des Canadiens.

Le CRC affirme que son mandat consiste à analyser le rendement des services sans fil ainsi que le spectre de l’offre et de la demande au Canada. Voilà pourquoi il fait appel à des ensembles de données auprès de fournisseurs comme Tutela.

Au-delà des politiques de lutte contre les pandémies

En décembre dernier, l’ASPC a publié une demande de proposition (DP) afin de s’assurer les services d’un entrepreneur qui obtiendrait des données sur les téléphones cellulaires directement à partir des tours de téléphonie cellulaire, au lieu de s’en remettre à un opérateur comme Telus, au CRC ou à des fournisseurs commerciaux qui n’ont peut-être pas une aussi grande portée. L’objectif est de recueillir des données sur la mobilité à partir du plus grand nombre possible d’appareils au Canada, et non uniquement celles d’un sous-ensemble lié à un réseau spécifique ou dépendant de l’utilisation de certaines applications.

L’ASPC cherche à obtenir des données anonymes sur la mobilité afin de faciliter les politiques actuelles en matière de pandémie, mais elle souhaite également étendre le programme à d’autres questions de santé publique.

Après avoir suivi l’affaire, le Parti conservateur a demandé une réunion d’urgence du Comité d’éthique de la Chambre des communes le 13 janvier pour examiner le programme de l’ASPC.

Lors d’une conférence de presse tenue le 10 janvier, le député conservateur John Brassard, critique en matière d’éthique et de gouvernement responsable, s’est demandé pourquoi l’ASPC analysait les déplacements des Canadiens « en secret ». De fait, le programme n’a été dévoilé qu’à la mi-décembre, lorsque l’agence a fait sa demande visant à optimiser sa surveillance.

« Il ne faut surtout pas oublier que les demandes de propositions de l’ASPC ont émergées sans qu’il y ait eu un seul indice sur le fait que c’était sur le point d’arriver, sans possibilité pour le Parlement de déterminer à quoi servent ces informations », a-t-il déclaré.

M. Brassard a également déclaré que la demande de propositions a été affichée « par un heureux hasard » le lendemain de l’ajournement du Parlement pour les vacances et qu’elle doit être validée avant la reprise des travaux parlementaires le 31 janvier, ce qui « laisse le champ libre » à l’Agence.


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