La communauté médicale ferme les yeux sur le prélèvement forcé d’organes en Chine

Par Cathy He
28 octobre 2020 19:55 Mis à jour: 29 octobre 2020 06:22

Parmi les premiers patients du Dr Alexander Toledo, chirurgien transplantologue spécialiste de l’abdomen, au centre médical de l’UNC, figure une mère de trois enfants âgée de 41 ans, chez qui on a diagnostiqué un cancer du foie.

Le seul espoir de survie de cette femme était une greffe de foie. Mais ce n’était pas une option, car elle ne répondait pas aux critères de transplantation – une conclusion validée dans plusieurs autres centres médicaux. En attendant, des traitements non curatifs pouvaient prolonger sa vie de six à neuf mois.

Mais deux mois plus tard, la femme est revenue à la clinique avec un nouveau foie ; elle avait pris l’avion de Caroline du Nord pour la Chine afin d’obtenir une transplantation.

« Elle avait reçu une greffe de foie essentiellement sur demande, ce qui, bien sûr, a soulevé des questions quant à la provenance de l’organe », a rappelé le Dr Toledo lors d’une table ronde en ligne organisée par le Centre de bioéthique de l’UNC (Université de Caroline du Nord) le 26 octobre 2008.

Dans les procédures médicales normales, la source principale d’une transplantation de foie est un donneur décédé, ou dans certains cas un donneur vivant. Dans le cas de l’opération de la femme en Chine, « aucune information significative sur le donneur n’a été fournie à la famille au-delà du fait que le donneur était jeune et en bonne santé », a-t-il ajouté.

Cette information mystérieuse a incité le Dr Toledo à commencer à creuser l’affaire. Il a trouvé des preuves troublantes que le régime chinois prélevait des organes de prisonniers d’opinion pour les vendre sur le marché des transplantations.

À l’époque, la Chine n’avait pas de programme officiel de don d’organes et le régime chinois avait affirmé que les organes destinés à la transplantation provenaient de prisonniers exécutés. Mais les enquêtes ont révélé que les prisonniers de conscience – notamment des pratiquants de Falun Gong, pratique spirituelle persécutée en Chine – étaient exécutés pour leurs organes.

Le Falun Gong, une pratique de méditation avec des enseignements moraux centrés sur les principes d' »Authenticité, Bienveillance et Tolérance », est devenu populaire dans les années 1990, avec 70 à 100 millions de pratiquants à la fin de la décennie, selon les estimations du gouvernement de l’époque. Estimant que cela fragilisait l’emprise qu’il exerce sur la Chine, le Parti communiste chinois (PCC) a lancé en 1999 une vaste campagne de persécution et de diffamation mensongère. Le centre d’information Falun Dafa estime qu’au cours des deux dernières décennies, des millions de pratiquants ont été détenus dans des camps de travail, des prisons, des centres de détention et des centres de lavage de cerveau, où ils sont souvent torturés.

En 2019, un tribunal populaire indépendant, après une enquête d’un an, a conclu au-delà de tout doute raisonnable que le régime tuait depuis des années des prisonniers de conscience – principalement des pratiquants de Falun Gong – pour leurs organes. Cela s’est produit « à une échelle importante » et continue aujourd’hui, a déclaré le tribunal.

En 2015, le régime chinois a mis en place un programme de don d’organes et a affirmé qu’il avait cessé d’utiliser les organes des prisonniers exécutés.

Malgré les conclusions qui ont émergé depuis des années sur le prélèvement forcé d’organes en Chine, la communauté médicale et internationale « continue d’hésiter à intervenir contre cela », a déploré le Dr Toledo.

David Matas, un avocat canadien spécialisé dans les droits de l’homme internationaux qui a passé plus de dix ans à faire des recherches sur la question, a souligné lors de la table ronde que la communauté internationale des transplantations n’avait pas pris de mesures concrètes sur la question.

En conséquence, a-t-il dit, la communauté médicale est confrontée à « deux réalités : » d’abord, le massacre en Chine de prisonniers d’opinion pour leurs organes, et la « seconde étant le fait que trop nombreux sont ceux qui, dans la profession mondiale de la transplantation, sont déterminés à fermer les yeux sur cette première réalité ».

David Matas a ajouté que seule une « minuscule minorité des professionnels de la transplantation dans le monde est prête à faire quelque chose pour lutter contre les crimes de la transplantation en Chine ».

Il a ajouté que certains membres de la communauté mondiale des transplantations ont acheté « la propagande chinoise à l’aveuglette » en répétant inconsidérément les points de discussion du Parti qui cherchent à discréditer les preuves du prélèvement d’organes à grande échelle.

« Ils se sont fait l’écho de la ligne du Parti selon laquelle la recherche est invérifiable, bien qu’elle soit à la fois vérifiable et vérifiée au-delà de tout doute raisonnable », a-t-il précisé.

Par exemple, une conférence sur le trafic international d’organes et le tourisme de transplantation, organisée en 2017 par l’Académie pontificale des sciences du Vatican, a suscité une controverse lorsqu’elle a invité le Dr Huang Jiefu, alors à la tête de l’organisme de transplantation du régime chinois, à y assister. En réponse aux protestations contre l’invitation du Dr Huang Jiefu, qui avait toujours refusé d’admettre l’existence du prélèvement forcé d’organes par la Chine, le chancelier de l’Académie a déclaré à l’époque que la conférence était un « exercice académique et non une reprise d’affirmations politiques controversées ».

Par ailleurs, aucun chercheur sur les abus en matière de transplantation d’organes en Chine n’a été invité à la conférence.

En 2016, le Dr Francis L. Delmonico, alors président de la Société internationale de transplantation (TTS), a expliqué lors d’une audience du Congrès américain sur les abus en matière de transplantation d’organes en Chine que « je ne suis pas ici pour vérifier. Ce n’est pas mon travail. […] Je suis seulement ici pour dire que la communauté internationale a reconnu cette terrible pratique en Chine et qu’elle souhaite la changer ».

Le Dr Delmonico a poursuivi en exprimant son optimisme quant aux réformes du système chinois de transplantation sous la direction du Dr Huang Jiefu et de son protégé, Wang Haibo.

Me Matas a déclaré que les dirigeants de la Société internationale de transplantation ainsi que les agences nationales du don et de la transplantation doivent changer leur position sur cette question et s’élever contre les violations du régime chinois en matière de transplantation. En même temps, il a ajouté qu’ils devraient introduire des normes éthiques pour s’assurer que les professionnels médicaux étrangers ne soient pas complices de ces actes de cruauté.

Il a suggéré 12 normes, notamment que les médecins n’envoient pas les patients transplantés dans d’autres pays pour y être opérés à moins qu’ils ne puissent s’assurer au-delà de tout doute raisonnable que le donneur d’organe a consenti librement, et qu’en outre, les études impliquant des patients ayant reçu des organes de la part de prisonniers d’opinion ne puissent faire l’objet d’aucune présentation ou publication.

Une étude réalisée en 2019 a révélé que plus de 400 articles de recherche sur les transplantations d’organes en Chine, publiés dans des revues anglophones à comité de lecture entre 2000 et 2017, pourraient avoir porté sur des organes prélevés sur des prisonniers d’opinion non consentants. Ces études n’ont pas indiqué si les donneurs avaient donné leur consentement, omission qui déroge des normes éthiques.

Le TTS n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaires d’Epoch Times.

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