L’équipe d’Univision News est brièvement détenue au Venezuela après avoir irrité Maduro

Le dictateur illégitime vénézuélien Nicolás Maduro a brusquement interrompu une interview avec Univision News après qu’un journaliste lui a montré des images de jeunes vénézuéliens en train de manger dans un camion poubelle, ce qu’il « ne pouvait tout simplement pas supporter ».

Le présentateur d’Univision, Jorge Ramos, a expliqué en détail la brève période de détention qu’il a vécue dans des séquences vidéo affichées sur le site Web du réseau le 26 février. Il a dit que le personnel de Maduro l’avait emmené, ainsi que la productrice Maria Guzman, dans une salle sécurisée et leur avait demandé leurs téléphones portables – que M. Ramos refusait de leur donner.

« Ils ont donc éteint la lumière dans la pièce et un groupe d’agents est arrivé », a dit Jorge Ramos. « Ils se sont emparés de mon sac à dos, mon téléphone portable, ainsi que celui de Maria et ils nous ont forcés à leur donner les mots de passe des téléphones portables. On ne savait pas ce qui allait nous arriver. »

J. Ramos a ensuite relaté le moment où N. Maduro a interrompu l’entretien et a arrêté son équipe à l’intérieur du Palais présidentiel du Venezuela. Il a ajouté que son matériel photographique et ses images avaient été confisqués et n’avaient jamais été rendus.

Le dictateur vénézuélien illégitime Nicolas Maduro s’exprime lors d’une marche pro-gouvernementale à Caracas, le 23 février 2019. (Yuri Cortez/AFP/Getty Images)

« Il a essayé de fermer mon iPad où je lui ai montré la vidéo, puis il a dit que l’interview était terminée », s’est-il souvenu. « Je pense qu’on n’aura plus jamais cet entretien. Ils ne veulent pas que le monde voie ce que nous faisons. »

J. Ramos était à la tête d’une équipe de six journalistes d’Univision, une chaîne de télévision américaine de langue espagnole diffusée en clair. À la suite d’une publication d’Univision, l’incident a suscité l’intérêt de la communauté internationale, le 25 février. Juste avant que son téléphone ne soit confisqué, J. Ramos a pu alerter ses patrons, qui ont informé le département d’État américain de la situation.

La secrétaire d’État adjointe Kimberly Breier a ordonné la libération immédiate de l’équipe médiatique, ajoutant que « le monde est en train de regarder ». Quelques heures plus tard, le jour même, J. Ramos et son équipe ont été libérés.

Une vidéo affichée le lendemain, le 26 février, montre l’équipe d’Univision quittant l’hôtel à Caracas en route vers l’aéroport en compagnie du personnel des ambassades des États-Unis et du Mexique.

« Ils nous emmènent dans des véhicules blindés afin d’assurer notre sécurité », a déclaré sur Twitter Pedro Ultreras, correspondant d’Univision National News.

J. Ramos a dit aux journalistes que N. Maduro les avait déportés du pays sans motif, à part les informer qu’ils sont « expulsés ».

Univision a également publié  la vidéo qui a provoqué la réaction brutale de M. Maduro. Cette vidéo d’environ deux minutes montre un groupe de jeunes et d’adultes vénézuéliens fouillant l’arrière d’un camion à ordures et mangeant les restes de déchets – signe de l’ampleur de la pénurie alimentaire au Venezuela.

Près de 90 % de la population vénézuélienne vit en dessous du seuil de la pauvreté et plus de la moitié des familles sont incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires de base, selon Mercy Corps, une organisation humanitaire. L’ONU estime qu’à la fin de 2019, 5,3 millions de réfugiés et de migrants auront fui le régime socialiste du Venezuela.

« Voici les images (…) qui ont poussé M. Maduro à mettre fin à l’interview, à ordonner la détention de l’équipe Univision et confisquer leur travail. Voici ce que Maduro ne veut pas que le monde voie », a déclaré Univision.

Régime autoritaire

Le régime de Maduro a un historique d’arrestations et de violences contre la presse libre, découlant d’une loi de 2010 qui prévoit des sanctions en cas de contenu « remettant en question l’autorité légitimement constituée ».

L’an dernier, le Venezuela avait été classé 143e sur 180 pays de l’Indice mondial de la liberté de la presse [World Press Freedom Index], qui compare les niveaux de liberté dont jouissent les journalistes [dans les différents pays]. Ce classement est utilisé par les diplomates et des instances internationales telles que les Nations unies et la Banque mondiale.

Il n’est pas rare que les journalistes étrangers soient expulsés du Venezuela, soient victimes d’arrestations et de violences commises par la police et les services de renseignement vénézuéliens à leur encontre et qui ont atteint un niveau record en 2017, selon le site.

Un rapport annuel publié par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) révèle qu’en 2018, le Venezuela a incarcéré le plus grand nombre de journalistes dans les Amériques, dont trois étaient en prison en date du 1er décembre.

Freedom House, une autre organisation défendant l’indépendance de la couverture médiatique et la liberté de la presse, a classé le Venezuela au 81e rang sur 100 pays – le 100e étant le moins libre. Leur classement 2017, qui est le plus récent à ce jour, qualifie la liberté de la presse au Venezuela de « non libre ».

Selon le site, certains journalistes ont fait l’objet de « poursuites pour des motifs politiques et de fausses accusations », telle que celles de David Natera Febres, condamné pour diffamation criminelle en mars 2016, et de Braulio Jatar Alonso, arrêté en septembre 2018 et accusé de blanchiment de capitaux.

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