Nadine Trintignant demande au chanteur Bertrand Cantat d’arrêter sa tournée

Le chanteur Bertrand Cantat, 15 ans après  avoir donné la mort sous ses coups à Marie Trintignant, a annoncé qu’il renonce à se produire dans les festivals d’été face à une contestation grandissante.

Libéré en 2007 de la prison de Muret près de Toulouse, Bertrand Cantat avait purgé plus de la moitié de sa peine après avoir été condamné à huit ans de prison par la justice pour les coups mortels portés en 2003 à sa compagne d’alors, Marie Trintignant.

« J’ai payé la dette à laquelle la justice m’a condamné. J’ai purgé ma peine. Je n’ai pas bénéficié de privilèges. Je souhaite aujourd’hui, au même titre que n’importe quel citoyen, le droit à la réinsertion. Le droit d’exercer mon métier », écrit le chanteur.

La mère de Marie Trintignant indignée

Dans un entretien qui devait être diffusé lundi soir dans l’émission Stupéfiant, la mère de Marie Trintignant, Nadine Trintignant, exprime son indignation de voir  Bertrand Cantat pouvoir se produire sur scène : « Comment se fait-il, qu’un homme où on sait qu’il a tué… Ça n’est pas un mystère. Comment ose-t-il ? Je trouve honteux, indécent, incompréhensible, qu’il aille sur scène ». 

La réalisatrice Nadine Trintignant, mère de Marie Trintignant, a déclaré mardi à l’Agence France Presse (AFP) que « ce n’est pas suffisant que Bertrand Cantat renonce aux festivals cet été », l’appelant à « s’arrêter complètement ».

« S’il s’arrêtait complètement, ça me conviendrait complètement. Je le trouve indécent, innommable… », a ajouté la réalisatrice, regrettant que Bertrand Cantat « n’ait pas eu une condamnation normale, c’est-à-dire vingt ans ».

Un symbole de violence conjugale malgré lui

Lundi, Bertrand Cantat a annoncé renoncer à se produire dans les festivals d’été face à une contestation grandissante, qui avait déjà abouti à sa déprogrammation au festival Les Escales de Saint-Nazaire dans la Loire-Atlantique et l’Ardèche Aluna Festival en juillet.

Au fil de sa tournée des voix se sont élevées pour contester sa présence dans plusieurs festivals. Deux d’entre-eux ont alors décidé de le déprogrammer : « Les Escales » à Saint-Nazaire dont le maire du Partie Socialiste (PS), David Samzun, avait exprimé sa « désapprobation » dans une lettre aux organisateurs, et l’Ardèche Luna Festival en raison de « manifestations et désistements de certains festivaliers et mécènes ».

Une pétition tourne sur internet

Une pétition réunissant plus de 70.000 signatures réclamait par ailleurs la déprogrammation de l’artiste dans la Manche au festival les Papillons de nuit. Le conseil départemental de ce département a retiré sa subvention à l’événement.

En revanche, sa tournée entamée le 1er mars à La Rochelle est maintenue jusqu’à son terme prévu les 29 et 30 mai à l’Olympia à Paris.

Le droit de chanter

Mardi, l’Observatoire de la liberté de création a estimé dans un communiqué que « Bertrand Cantat a le droit de chanter », toute en jugeant « légitime » le débat sur son retour artistique.

Un communiqué indique que : « Cantat a le droit de chanter, chacun est libre d’aller le voir, ou pas. Dans un État de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu’un d’autre en dehors de la justice ».

La ministre de la Culture pointée du doigt

L’Observatoire de la liberté de création pointe par ailleurs le rôle de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui avait estimé la semaine passée sur France Inter que si elle n’a « pas à intervenir sur la programmation » des festivals, « ça n’empêche pas les programmateurs d’agir en responsabilité« .

L’organisme sur ces arguments lui a répondu : « La ministre de la Culture manque aux devoirs relevant de son titre et de son domaine d’intervention en prenant des positions qui ne sont pas à la hauteur des exigences légales à propos de la tournée de Bertrand Cantat, et en gardant un silence inquiétant sur la plupart des affaires récentes d’atteinte aux libertés de création et de diffusion des œuvres« .

Retour en 2013, contesté en 2018

Quand au chanteur, il avait effectué un premier retour dans la musique en 2013 en sortant un album avec le groupe Détroit. Lors de cette tournée, il n’avait pas eu à faire face à tant de contestations.

Dans la mouvance des paroles des femmes qui se libèrent, Bertrand Cantat est certainement moins à l’aise qu’il y a cinq ans en arrière.

D.S avec AFP

 
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