Le Parti ordonne à ses cadres de vivre dans les familles des habitants du Xinjiang

Imaginez que des fonctionnaires du gouvernement soient envoyés vivre avec vous et chez vous afin de pouvoir vous surveiller et vous poser des questions sur votre vie et vos opinions politiques. Bien que cela semble provenir du roman de George Orwell 1984, c’est aujourd’hui la réalité pour les familles vivant dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine.

Vers la fin de l’année dernière, les autorités du Xinjiang ont mobilisé plus d’un million de cadres pour vivre une semaine dans les familles à majorité musulmanes et habitant principalement dans des régions rurales de cette province, a rapporté Human Rights Watch (HRW).

« Ces cadres documentent méticuleusement leurs activités, y compris en soumettant des rapports de leurs séjours qui sont accompagnés de photos », explique cette ONG des droits de l’homme dans un communiqué de presse.

« Certaines de ces photos et vidéos se trouvent sur les comptes Wechat et Weibo des agences impliquées dans ce projet. Elles montrent les fonctionnaires vivant dans les familles des minorités ethniques, y compris les aspects les plus intimes de la vie quotidienne, tels que les fonctionnaires et les membres des familles dormant ensemble, partageant les repas, nourrissant et donnant des cours aux enfants », précise HRW.

« Aucune de ces vidéos ou photos n’a été postée par les familles visitées, rien n’indique que les familles étaient d’accord pour qu’elles soient publiées en ligne. »

Au début de cette année, les autorités du Xianjiang ont prolongé ce programme de « séjour à domicile » – aujourd’hui les fonctionnaires passent au moins cinq jours tous les deux mois dans les familles des habitants de la région. Il n’y a aucune preuve suggérant que les familles peuvent refuser de tels « visiteurs », souligne HRW.

Dans le cadre de leur séjour dans des familles, les fonctionnaires effectuent un endoctrinement politique et expliquent la ligne poursuivie par le Parti communiste chinois dans le Xinjiang. En même temps, les membres des familles sont obligés de parler de leur vie et de leurs opinions politiques aux fonctionnaires.

HRW explique que ces « visites » font partie de la campagne gouvernementale « Frapper fort » qui devient de plus en plus envahissante dans la région qui abrite 11 millions d’Ouïghours et d’autres minorités musulmanes turques.

Les informations concernant les « séjours à domicile » s’ajoutent au renforcement des mesures répressives dans la région, incluant la détention indéfinie de dizaines de milliers de personnes dans des « centres d’éducation politique » et le prélèvement massif des données génétiques et de la biométrie de la voix aux personnes âgées de 12 à 65 ans.

Le besoin de « sauvegarder la stabilité sociale » et de « combattre le terrorisme » sont les raisons officielles de telles mesures. Ces dernières années, les médias d’État ont signalé des attaques sporadiques à la bombe et au couteau dans la province et ailleurs en Chine.

Alors qu’il y a eu quelques rapports d’implication des Ouïgours dans des groupes radicaux à l’étranger, tel l’État islamique, les critiques disent que le régime chinois exagère la menace provenant des Ouïghours.

Les dernières décennies ont vu une immigration massive dans la province des représentants de l’ethnie Han, majoritaire en Chine. Les Han représentent actuellement près de 40 % de la population de la province, soit 19 millions de personnes.

James Burke – Vision Times

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