Un responsable de l’EU souligne que l’Europe a un meilleur projet que la « nouvelle route de la soie »

Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne, a critiqué l’ambitieuse initiative chinoise « Belt and Road Initiative – BRI » (initiative ceinture et route), souvent qualifiée de « nouvelle route de la soie », affirmant que le projet est risqué du point de vue de l’endettement et de l’environnement. Il a présenté la stratégie de connectivité de l’Europe comme une meilleure alternative à la BRI. M. Sefcovic a fait ces remarques lors du récent Forum de la BRI tenu à Pékin.

La BRI est un titanesque programme d’investissement chinois qui prévoit la création d’une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie et en Europe, doublée d’une « route » maritime, permettant à la Chine de se relier aux marchés d’Asie, d’Afrique et d’Europe, voire au-delà. Il inclut la construction de routes, ports, lignes de chemin de fer, parcs industriels et réseaux d’énergie et de télécommunications couvrant plus de 70 pays et deux tiers de la population mondiale.

La politique de l’Union européenne en matière d’infrastructure

« Pour nous, la connectivité est un peu plus large que le concept de l’initiative Belt and Road… Nous nous concentrons sur le financement durable, évitons les pièges de la dette et faisons toujours preuve de notre diligence. Nous faisons également très attention aux évaluations environnementales et à l’impact [des projets] sur la population. C’est cela qui rend l’approche européenne en matière d’infrastructure très attrayante », a souligné M. Sefcovic dans sa déclaration citée par South China Morning Post.

L’année dernière, l’Union européenne avait présenté son propre plan pour améliorer la connectivité entre l’Europe et l’Asie – deux régions dont le commerce bilatéral annuel s’élève à environ 1 500 milliards d’euros. Ces deux régions représentent 60 % du PIB mondial. Compte tenu de ces chiffres, il est compréhensible que l’UE soit intéressée d’améliorer les infrastructures assurant sa connectivité avec l’Asie. Selon les prévisions, au cours des deux ou trois prochaines décennies, le PIB de l’Asie pourrait considérablement augmenter, tiré par la croissance en Inde, en Chine et en Asie du Sud-Est.

La mise en place actuelle d’infrastructures adéquates permettra d’assurer une plus grande fluidité des échanges commerciaux entre les deux régions. Les investissements pour les projets proviendront des institutions financières internationales et des banques de développement. Le plan d’investissement pour l’Europe de la Commission européenne, également connu sous le nom de « plan Juncker », devrait générer 500 milliards d’euros d’investissements. Un montant supplémentaire de 44 milliards d’euros proviendra du plan d’investissement extérieur de l’UE.

L’UE puisera dans son plan Juncker pour financer des projets d’infrastructure. (Image : pixabay/CC0 1.0)

« La nouvelle stratégie repose sur quatre points forts de l’UE : son marché intérieur en tant que base d’une connectivité durable, son expérience en matière de création de réseaux transfrontaliers, sa capacité à établir des partenariats – aux niveaux bilatéral, régional et international, et un cadre financier global pour mobiliser les investissements », expliquent les sources de l’EU.

Lors du Forun de la BRI, Maros Sefcovic a rencontré le premier ministre chinois Li Keqiang et lui a fait savoir que les pays de l’UE ne seraient contents de s’engager dans échanges commerciaux avec la Chine que si Pékin aborde les diverses questions soulevées par les entreprises européennes. Plusieurs représentants des pays de l’UE avaient menacé de se retirer du sommet UE-Chine tenu le mois dernier en raison du fait que le gouvernement chinois n’avait pas mis en œuvre les réformes du marché promises.

L’aspect militaire de la BRI

Alors que Pékin est en train de promouvoir la BRI comme un projet de développement pour le « bénéfice du monde », la Chine pourrait très bien envisager de l’utiliser comme base pour son expansion et son influence militaires dans le monde. Cet avertissement a été lancé par John Richardson, chef des opérations navales des États-Unis, lors d’une récente audience au Congrès américain.

« L’Initiative Belt and Road de la Chine combine les éléments diplomatiques, économiques, militaires et sociaux de sa puissance nationale afin d’essayer de créer sa propre force navale décisive à l’échelle mondiale… Le modus operandi de la Chine exploite la vulnérabilité financière des pays. Un contrat pour la construction de ports commerciaux, la promesse de moderniser les installations nationales et d’investir dans des projets d’infrastructures nationales… Lentement, à mesure que la ceinture se resserre, ces ports commerciaux passent à un double usage en devenant aussi des bases militaires qui parsèment les voies de navigation stratégiques. Ensuite, la ceinture est serrée alors que la Chine utilise l’endettement pour obtenir le contrôle et l’accès », a-t-il déclaré, cité par Economic Times.

John Richardson a mis en garde que la BRI compromettrait la souveraineté du pays participant par le biais des « accords défavorables ». Il a désigné le Pakistan, Sri Lanka et Djibouti comme victimes de la BRI et a expliqué que la Chine était de connivence avec la Russie pour remplacer le système actuel de libre-échange par un marché insulaire.

Vision Times

 
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