La technologie américaine utilisée pour la surveillance de masse en Chine, d’après les législateurs américains

L'utilisation sur les populations minoritaires sert de projet pilote pour la mise en œuvre à l'échelle nationale et à l'exportation à l'étranger

Alors que le régime chinois étend et améliore la technologie de ses campagnes contre la dissidence interne, des allégations sont apparues selon lesquelles le savoir-faire occidental aidait indirectement la répression de l’État communiste.

Le 9 mai, le sénateur Marco Rubio (R-FL) et le représentant Chris Smith (R-NJ), qui président également la Commission exécutive du Congrès sur la Chine, ont envoyé une lettre au département du Commerce des États-Unis exprimant leurs inquiétudes au sujet des entreprises américaines qui vendaient des technologies de surveillance et de contrôle de la criminalité à des entreprises chinoises.

Selon le rapport de la Commission sur cette lettre, les autorités chinoises « continuent de violer les protections internationales en matière de procédure régulière, de vie privée, d’association, de pratique religieuse et d’interdiction internationale contre la torture et la détention arbitraire ».

Citant l’exemple du Xinjiang, Marco Rubio et Chris Smith ont décrit une grande augmentation des activités de surveillance des musulmans ouïghours et d’autres minorités ethniques qui vivent dans la province frontalière du nord-ouest de la Chine. Entre-temps, les législateurs ont également cité une étude récente d’Adrian Zenz, un chercheur allemand qui estime que 500 000 à 1 million d’Ouïghours ont été détenus pour « rééducation » dans un vaste système de camps nouvellement construits.

La police patrouille alors que les musulmans ouïghours quittent la mosquée Id Kah après la prière du matin de l’Aïd al-Fitr, dans la vieille ville de Kashgar, dans la région chinoise du Xinjiang, le 26 juin 2017. (Johannes Eisele/AFP/Getty Images)

Au cours des dernières décennies, alors que la Chine a tissé des liens économiques étendus avec le monde extérieur, le Parti communiste chinois (PCC) a eu accès à hauteur de billions d’euros de technologie et d’autres droits de propriété intellectuelle qui ont considérablement renforcé les capacités de la police chinoise.

La lettre de MM. Rubio et Smith identifie Thermo-Fisher Scientific, une société américaine basée au Massachusetts, comme ayant vendu des « séquenceurs d’ADN avancés sous la marque de la société de biotechnologie Applied Biosystems (ABI) Genetic Analyzer (aujourd’hui Life Technologies) au ministère chinois de la Sécurité publique et à ses bureaux de sécurité publique à travers la Chine ».

La lettre exhorte le ministère du Commerce à mettre en œuvre de plus grandes mesures pour prévenir la distribution de technologies pouvant être utilisées par le régime chinois dans ses violations généralisées des droits de l’homme.

Les relations économiques entre les États-Unis et la Chine sont tendues. Alors que l’administration Trump s’apprête à prélever d’importants droits de douane à l’importation sur Pékin pour remédier à des déséquilibres commerciaux de longue date, le gouvernement américain a largement pris le PCC à partie au sujet de son utilisation abusive de technologies de pointe. Le mois dernier, le ministère du Commerce a annoncé une interdiction de sept ans sur ZTE, une importante société chinoise de technologie qui était à l’avant-garde d’un ambitieux réseau 5G, pour avoir expédié des produits fabriqués aux États-Unis vers l’Iran et la Corée du Nord malgré l’imposition de sanctions.

Dictature numérique

Le Xinjiang, où la majorité de la population pratique la religion islamique et appartient à divers groupes ethniques d’Asie centrale plutôt qu’à la forte majorité nationale chinoise Han (1,2 milliard), est une source de troubles religieux et ethniques depuis que le Parti communiste chinois a pris le pouvoir en 1949.

Le PCC, qui promeut l’athéisme et le marxisme, a traité l’islam chinois avec les mêmes préjugés idéologiques qu’il utilise pour persécuter d’autres religions. Pendant la révolution culturelle, les musulmans ont souvent été attaqués et humiliés, par exemple en étant contraints de consommer du porc. Au cours des décennies suivantes, les attaques terroristes et autres actes de défi contre le régime chinois par des radicaux musulmans et des séparatistes ethniques ont invité les forces de sécurité du PCC à prendre des mesures de répression écrasantes.

Selon le rapport d’Adrian Zenz, le régime chinois a imposé un niveau de contrôle sans précédent sur la population du Xinjiang, en utilisant des techniques de lavage de cerveau conçues à l’origine pour « transformer » les pratiquants de Falun Gong – la pratique spirituelle interdite par le PCC depuis 1999 et qu’il a tenté d’éradiquer au cours des deux décennies qui ont suivi.

Entre-temps, la province occidentale du Xinjiang a servi de terrain d’essai pour des formes sophistiquées de surveillance et de contrôle de masse, rendues possibles par les derniers développements de la technologie numérique.

Les logiciels avancés de reconnaissance faciale permettent aux autorités de sécurité publique de suivre les mouvements de presque toute personne à l’aide d’un vaste système de caméras de sécurité, tandis que leurs téléphones portables font l’objet de balayages fréquents. La police recueille également le sang et la salive des résidents du Xinjiang pour les stocker dans les bases de données génétiques de l’État, ainsi que les empreintes digitales et les échantillons de voix.

Des méthodes policières lancées dans le Xinjiang ont été mises en œuvre ailleurs en Chine, où l’impitoyable « Système du crédit social » a récemment imposé des restrictions de transport à certaines personnes ayant de faibles scores en les empêchant d’acheter des billets d’avion et de train.

Les grandes entreprises de technologie chinoises soutenues par l’État jouent un rôle majeur dans le développement d’outils numériques au service des forces de l’ordre.

L’entreprise technologique chinoise Huawei a récemment installé un laboratoire de développement à Urumqi, la capitale provinciale du Xinjiang, en coopération avec les autorités de sécurité publique pour assurer « la stabilité sociale et la sécurité à long terme », selon le Globe and Mail du 14 mai.

Un homme utilise un téléphone portable à côté du stand de l’entreprise chinoise de télécommunications Huawei au Mobile World Congress à Barcelone, Espagne, le 22 février 2016. (Lluis Gene/AFP/Getty Images)

« Le fait que des entreprises comme Huawei sont capables de développer de tels systèmes dans des régions comme le Xinjiang en tandem avec les services de sécurité, et donc avec très peu de restrictions sur la vie privée – ils acquièrent un avantage problématique par rapport aux entreprises occidentales comparables », a déclaré Adrian Zenz, expert sur le Xinjiang à la European School of Culture and Theology de Korntal, en Allemagne, lors d’une interview avec le Globe and Mail.

« De plus, le fait que ces systèmes peuvent servir à de multiples fins en même temps – à la fois pour améliorer l’efficacité et la gouvernance des villes et permettre une surveillance intrusive – rend la surveillance à la fois plus accessible et peut-être aussi plus acceptable dans d’autres pays », a expliqué M. Zenz.

Citant les travailleurs des droits de l’homme, The Globe and Mail a fait remarquer que Huawei, étant une grande entreprise multinationale contrôlée par les autorités chinoises, pourrait aider à faciliter l’expansion des méthodes du PCC au-delà des frontières de Chine.

« Les technologies de surveillance mises au point et déployées aujourd’hui au Xinjiang seront bientôt vendues et promues dans le monde entier », a déclaré William Nee, chercheur à Amnesty International, dans une interview accordée au Globe and Mail. « Il est maintenant absolument vital que la communauté internationale prenne position et affronte les violations des droits de l’homme dans le Xinjiang comme une question d’importance stratégique. »

« Huawei, par exemple, a fait la promotion d’un concept de « ville intelligente » qu’elle a commercialisé dans le monde entier « , ajoute M. Nee au Globe and Mail, le qualifiant d’outil « pour faciliter la planification urbaine et la gestion de services vitaux comme le transport et la sécurité ».

Leo Timm

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