La technologie est-elle condamnée à finir en tyrannie ?

Alors que la Chine s'attaque de plein fouet à la mise au point d'armes pour l'IA, l'Occident doit prendre position

Peut-on revenir aux principes fondamentaux de Google dans lesquels s’inscrivait l’idée qu’« il est possible de gagner de l’argent sans vendre son âme au diable » ?

Par PETER ZHANG

En mai 2014, Stephen Hawking et plusieurs autres scientifiques ont averti le monde entier : « Lorsque nous réussirons à créer l’intelligence artificielle (IA), ce sera le plus grand événement de l’histoire de l’humanité. Malheureusement, cela risquera aussi d’être le dernier, à moins que nous n’apprenions à éviter les risques. »

« À court terme, les armées mondiales envisagent des systèmes d’armes autonomes capables de choisir et d’éliminer des cibles ; l’ONU et Human Rights Watch ont préconisé un traité interdisant de telles armes. »

Développer la haute technologie

Alors que la presse internationale est très animée ces jours-ci par le premier présentateur de nouvelles IA au monde, un hôte informatisé à l’apparence d’un homme à la voix masculine, de l’agence de presse Xinhua, média officiel d’État de la Chine, peu sont au courant d’un programme troublant de développement d’armes à IA à l’Institut de technologie de Pékin (BIT), une des installations le plus avancées de recherche en armement en Chine.

https://www.youtube.com/watch?v=h_OetRQl2s0
Premier présentateur IA chinois / Capture d’écran sur vidéo de YouTube

Selon un récent rapport du South China Morning Post, l’Institut de technologie de Pékin a choisi 31 des étudiants les plus brillants de moins de 18 ans parmi un bassin de plus de 5 000 candidats pour son « programme expérimental de quatre ans relié aux systèmes d’armes intelligents ».

Ces jeunes talents ont également été filtrés pour leur patriotisme inébranlable et leur fidélité à l’État afin d’être inscrits dans ce domaine de haute technologie. De nos jours, le Parti communiste chinois (PCC) n’hésite pas à affirmer son intention de dominer le monde à la fois économiquement et militairement, et la technologie, volée principalement à l’Occident, est le moyen nécessaire pour atteindre ses objectifs.

Depuis 2014, la Chine accueille chaque année la Conférence mondiale de l’Internet, mais la conférence de cette année n’a pas eu l’impact international escompté puisqu’un seul dirigeant américain, du fabricant de puces Qualcomm, a pris la peine de venir pour se prononcer, alors que l’an dernier, la liste des orateurs était très chargée avec des PDG tels que Tim Cook d’Apple et Sundar Pichai de Google.

La guerre commerciale en cours entre les États-Unis et la Chine a jeté une ombre sombre sur la conférence de cette année alors que les entreprises technologiques occidentales en Chine cherchent maintenant à se retirer en toute sécurité et à implanter de nouveaux sites de production en dehors de Chine.

Au cours des trois dernières décennies, les entreprises occidentales espéraient gagner une part de marché rentable en Chine, mais cela ne pouvait se faire qu’au coût élevé de transferts de technologie sous la pression des autorités locales.

Ces transferts forcés de technologie ont effectivement réduit l’avantage concurrentiel des entreprises occidentales au fil du temps. Selon un rapport publié en 2017 par le Bureau du représentant américain au commerce extérieur, le vol par la Chine de propriété intellectuelle d’origine américaine coûte quelque 600 milliards de dollars (environ 530 milliards d’euros) par an.

Pour réaliser le plan stratégique Made in China 2025, – qui propose d’orienter la Chine vers l’autosuffisance dans 10 secteurs technologiques d’ici 2025 – la Chine a lancé une série de foires commerciales annuelles, telles que la Conférence mondiale de l’Internet à Wuzhen et Importations-Exportations internationales-Chine à Shanghai (qui auront lieu en novembre 2018), pour s’attirer les investissements de grandes entreprises mondiales. Mais cette année, les entreprises occidentales se méfient des aventures commerciales en Chine.

Réseau local

Au cours des trois dernières années, la Conférence mondiale de l’Internet a suscité à plusieurs reprises de vives critiques de la part des internautes chinois qui se sont plaints que l’Internet chinois est, en réalité, un intranet ou un simple réseau local, en raison du fameux blocage d’internet par la Grande Muraille de l’Internet chinois qui filtre et censure des centaines de « termes sensibles », dont pratiquement tous les réseaux sociaux et médias étrangers.

Certains internautes chinois ont déploré la soi-disant Conférence mondiale de l’Internet, étant donné que leur cybermonde actuel se limite à 9 600 000 kilomètres carrés, soit la taille territoriale de la Chine. Aujourd’hui, grâce à la technologie de reconnaissance faciale et au soi-disant « système de crédit social » – un programme de surveillance complet qui évalue et pénalise les citoyens chinois en fonction de leur conduite, renforçant ainsi leur fidélité envers le régime – les citoyens chinois sont étroitement surveillés par Big Brother.

En réalité, plus de 800 millions d’internautes en Chine vivent dans un cybermonde alternatif dans lequel le PCC contrôle toutes les informations, à l’exception des citoyens qui sont techniquement doués, ou qui ont recours aux VPN payants pour contourner le pare-feu.

Les deux outils de contournement américains gratuits, Free Gate et Ultra Surf, sont fortement censurés en Chine, mais tous deux parviennent toujours à aider des centaines de milliers d’utilisateurs à accéder quotidiennement à des sites étrangers.

Favoriser la tyrannie

Pourquoi Pékin met-il tellement d’emphase sur la censure d’Internet ? Ai Weiwei, artiste dissident, en a donné la meilleure explication: « La censure, vous dit : ‘C’est moi qui ai le dernier mot. Quoi que tu dises, c’est à moi de décider.’ Mais l’Internet est comme un arbre qui pousse. Les gens auront toujours le dernier mot, même si la personne a une voix très faible et très calme. Un tel pouvoir s’effondrera à cause d’un murmure.’ »

Ai Weiwei, artiste dissident

L’idée que la technologie aidera à libéraliser les sociétés fermées peut ne pas sembler possible dans tous les cas de nos jours, en particulier en Chine. Dans l’article « Pourquoi la technologie favorise la tyrannie », publié dans The Atlantic, Yuval Noah Harari raconte en détail comment la technologie ne se lie pas nécessairement d’amitié avec les sociétés libérales et, au contraire, favorise les tyrannies lorsque la technologie de pointe s’éloigne des masses pour se rapprocher de l’élite.

Bien que certains des arguments sous-jacents de Yuval Noah Harari fassent l’objet d’un débat, il a soulevé des questions cruciales sur la façon dont la technologie et l’IA peuvent renforcer les dictatures, ainsi que sur le danger du transfert de l’autorité aux machines.

Selon Y. N. Harari, le maillon faible des régimes autoritaires du XXe siècle – le désir de concentrer toute l’information et le pouvoir en un seul endroit – pourrait devenir leur avantage décisif au XXIe siècle, grâce aux nouvelles technologies comme l’IA.

M. Harari semble avoir raison de dire que la technologie a renforcé le contrôle autoritaire dans les sociétés fermées de nos jours. Pour des dizaines de millions de personnes de la génération Z, également connue sous le nom de la « Génération de la Grande Muraille » en Chine, ils grandissent en s’habituant à une réalité cybernétique différente de celle des autres habitants de la planète.

Le plus célèbre roman de George Orwell, publié en 1949 intitulé 1984, est « complètement et totalement » réalisé en Chine, a récemment expliqué Ma Jian, romancier exilé.

Le reportage de la chaîne australienne ABC, intitulé : « Je ne connais pas Facebook ou Twitter : la génération Z de la Grande Muraille de Chine totalement séparée de l’Occident » présente une réalité effrayante : les jeunes internautes chinois atteignent l’âge adulte avec un ensemble de visions du monde qui diffèrent sensiblement de celles du reste du monde. Le Grand Pare-Feu a apparemment créé deux mondes parallèles différents sur cette planète.

La génération Z / Capture d’écran youtube

Les entreprises de l’Ouest s’y lancent et empirent la situation

Pour aggraver la situation, certaines entreprises de technologie occidentales se sont montrées prêtes à contribuer à aiguiser les outils de répression du PCC, sans tenir compte de l’opposition interne.

Quand Sundar Pichai, le PDG de Google, a déclaré à la presse : « La technologie ne résout pas les problèmes de l’humanité », semblait-il laisser entendre que son Google pouvait réellement créer des problèmes pour l’humanité, à la lumière de son entente controversée de collaborer à la dictature chinoise dans « le projet Dragonfly (libellule) », un Google censuré qui vise à aider le PCC à surveiller les utilisateurs d’Internet.

« Ne soyez pas malveillants » était depuis longtemps la devise de Google depuis 2000, mais ce code de conduite a été discrètement supprimé avant que la société mère de Google, Alphabet, n’adopte une nouvelle devise « Fais le bien » ou « Faire ce qu’il faut » en 2015, apparemment dans un effort pour se défaire de la référence qu’ils jugeaient comme négative. On pourrait se demander : « Google essaie-t-il un peu trop de vendre son âme pour entrer sur le marché chinois ? »

Sundar Pichai, le PDG de Google (Wikipedia)

Selon le rapport du Sydney Morning Herald, « Passer des études à des systèmes d’intelligence en essaim : comment le PCC entraîne ses cadres en Australie », certaines universités australiennes, comme celles de Norvège, de Grande-Bretagne et d’Allemagne, ont servi de centres d’innovation aux chercheurs de l’Armée populaire de libération du peuple chinois (PLA) pour maîtriser la technologie IA à des fins militaires et de combat.

Les sources ouvertes des universités occidentales semblent bien servir l’APL dans ses efforts pour améliorer son équipement militaire et intensifier sa préparation à la guerre. Lors d’une audience au Sénat américain en février, le directeur du FBI, Christopher Wray, a averti que des « professeurs, scientifiques, étudiants » chinois participaient tous à la collecte de renseignements.

En 2015, l’administration Obama a signé un accord de cybersécurité sino-américain avec Pékin, mais trois ans plus tard, la Chine avait violé presque tous les éléments de l’accord et ne cessait d’espionner les institutions et entreprises américaines.

En dépit des nombreuses preuves fournies par les services de renseignement américains, Washington n’a pas encore riposté contre ces actes de piratage aussi répandus de la part de Chine. Les détracteurs soulignent qu’en dépit de la nature exhaustive de l’accord, ce pacte est pratiquement inapplicable. Il n’existe pas de méthodes claires d’inspection ou de vérification. Même s’il s’agissait d’un accord bien articulé, peu de gens retiendraient leur souffle pour voir si Pékin tient parole, compte tenu de ses piètres antécédents.

« Abats le mur »

Henry David Thoreau nous a mis en garde il y a longtemps : « Les hommes sont devenus les outils de leurs outils. » Aujourd’hui, nous devrions être particulièrement alarmés lorsque les outils technologiques sont entre les mains de n’importe quel régime autoritaire – la nouvelle technologie, plus que jamais, servirait à asservir l’humanité dans son ensemble et à créer une société orwellienne pour tous à la fin. [NDT : L’adjectif « orwellien » est fréquemment utilisé en référence à l’univers totalitaire imaginé par l’écrivain George Orwell, nom de plume d’Eric Arthur Blair.]

De nombreux observateurs chinois comparent souvent la Grande Muraille de Chine avec le Mur de Berlin à l’époque de la guerre froide. Après tout, tous deux visent à garder les gens sous un contrôle draconien à l’intérieur des murs tout en les empêchant d’atteindre le monde extérieur.

Le 9 novembre 2009, à l’occasion du 10e anniversaire de la chute du mur de Berlin, le président allemand Horst Köhler a pris la parole : « Le Mur était un édifice de peur. Le 9 novembre 2009, c’est devenu un lieu de joie. »

Aujourd’hui, l’humanité attend avec impatience qu’un autre dirigeant mondial, avec la même détermination et la même clairvoyance que le président Reagan, dise haut et fort de la Grande Muraille de Chine : « M. Xi, abattez ce mur! »

Peter Zhang concentre ses recherches sur l’économie politique en Chine et en Asie de l’Est. Il est diplômé de l’Université d’études internationales de Pékin, de la Fletcher School of Law and Diplomacy et devient Mason Fellow de la Harvard Kennedy School.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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