Terrorisée depuis la libération de son ex-conjoint, elle lance un appel à l’aide : « Je suis désespérée par la justice »

Le 14 mai, une jeune femme de 31 ans a lancé un appel à l’aide sur Twitter. En détention provisoire depuis avril 2018 pour avoir tenté de l’assassiner, le père de sa fille a été libéré le 14 février dernier, le jour de la Saint-Valentin.

La victime présumée accuse son ancien compagnon de l’avoir battue puis étranglée sous les yeux de sa fille de deux ans, dans leur appartement des Hauts-de-Seine, il y a un peu plus d’un an, alors qu’il était sous l’emprise de l’alcool. Contactée par les voisins du couple, la police avait pu intervenir à temps.

Le dimanche 21 avril 2019, près d’un an après les faits qu’elle reproche à son ex-conjoint dont le procès doit encore avoir lieu et pour lequel aucune date n’a pour l’instant été fixée, Laura trouve son ancien compagnon qui l’attend devant la porte du lieu où elle réside. Une rencontre qui la plonge dans la terreur .

« Je suis traquée comme une bête sauvage. J’ai peur pour ma vie, et aussi pour celle de ma fille. Je ne sais pas si je vais mourir demain. Il y a 15 jours, j’ai croisé cet homme devant le domicile de mes parents. Au commissariat, on m’a juste proposé de faire une main courante », explique la jeune femme sur Twitter.

Las de ne pas être prise au sérieux, estimant que la justice lui « tourne le dos », Laura a décidé de plaider sa cause sur les réseaux sociaux. Affirmant avoir déjà « utilisé tous les recours en [sa] possession », sans succès, elle estime en effet que Twitter est désormais «devenu [son] seul recours pour être entendue ».

« La justice sourde me livre en pâture à cet homme »

La victime présumée explique avoir contacté le député (LR) de la première circonscription du Lot Aurélien Pradier pour lui exposer la situation. Celui-ci lui aurait alors « promis de transmettre [son] cas via une lettre à Nicole Belloubet et Marlène Schiappa ».

« Depuis, je n’ai reçu aucune réponse », souligne Laura qui espère désormais que la médiatisation de l’affaire fera réagir les autorités.

« Je veux juste être entendue. Protégez moi ! Protégez ma fille jusqu’au procès. Un contrôle judiciaire n’est pas suffisant ! Je suis une victime, je ne veux pas rallonger la longue liste des féminicides 2019. La justice sourde me livre en pâture à cet homme. Aidez moi ! », poursuit la jeune femme.

« Aucune mesure n’a été prise : bracelet électronique/interdiction de territoire. Pourquoi un homme violent, accusé de tentative de meurtre peut-il être remis en liberté avant son procès au détriment des victimes ? », s’interroge Laura.

« Je vis dans la terreur. Comment cet homme peut-il saisir le juge aux affaires familiales pour oser demander une autorité conjointe et la garde de ma fille? Comment un juge peut-il oser dire qu’un homme violent est un bon père et m’obliger à lui présenter ma fille ? », se demande celle qui ne veut « pas renouer contact avec ce bourreau ».

« Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui saisissent le procureur »

Contactée par franceinfo, l’avocate de la jeune femme considère qu’« un contrôle judiciaire, cela ne veut rien dire ». « Il s’agit simplement de signer des documents pour signifier que l’on est toujours sur le territoire français », ajoute Maître Nathalie Tomasini.

Et l’avocate de recommander un placement sous bracelet électronique. « On saurait exactement quelle est sa domiciliation, grâce à un téléphone, une ligne répertoriée, et […] s’il sortait d’un certain périmètre, tous les commissariats seraient informés », explique Me Tomasini.

De son côté, le parquet de Nanterre a assuré aux journalistes de franceinfo que le contrôle judiciaire auquel est soumis l’ex-conjoint de la jeune femme est « strict » et « adapté », avant de faire remarquer qu’il pourrait très bien être révoqué si cela s’avérait justifié.

Le parquet nanterrien précise que la mise en détention provisoire représente une mesure « qui doit rester exceptionnelle » et que le port du bracelet électronique ne constitue pas une alternative systématique. « Nous ne sommes pas dans une espèce d’attentisme, d’attente du pire. Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui saisissent le procureur », se défend le ministère public.

 
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