Les raisons cachées derrière le postmodernisme, selon un psychologue et professeur d’université, auteur d’un best-seller mondial

Des principes du marxisme se sont répandus à travers le courant intellectuel du postmodernisme

Jordan Peterson, Psychologue et professeur à l’université de Toronto était encore inconnu il y a peu. Il a publié un livre et rédigé plusieurs articles universitaires sur des sujets psychologiques populaires mais sa réputation s’était limitée au sein de son milieu.

C’est en janvier 2018 avec la publication de son deuxième livre 12 Rules for Life que sa vie a changé. Son livre a grimpé rapidement au sommet de la liste des best-sellers d’Amazon. Quelque 40 millions de personnes ont assisté à ses conférences sur YouTube. Il compte environ 500 000 abonnés sur Twitter, et environ 9 000 de ses fans lui fournissent un salaire mensuel de 60 000$ via le site de la foule Patreon (environ 6,5$ par personne en moyenne).

«C’est touchant de voir enfin la lumière au bout du tunnel et de regarder les 41 années de souffrances que j’ai traversées», écrit l’un de ses partisans sur YouTube, après avoir écouté Peterson. « Vos conférences sont une source d’inspiration pure pour moi », écrit une autre personne.

Quand je lui demande ce qui l’inquiète le plus dans notre société, il répond immédiatement: «Notre société dégringole sur une pente glissante, sans retour. Et personne ne fait rien pour l’empêcher», dit-il.

« Il y a, en Occident, des groupes d’intérêt qui ont un ordre du jour postmoderniste et qui veulent voir la civilisation occidentale tomber en ruines. Ce n’est pas ma propre fantaisie ou une théorie du complot. Ils veulent le pouvoir, et ils ne cesseront pas jusqu’à ce qu’ils l’aient entre les mains. La plupart des journalistes ont peur d’en parler et s’autocensurent. Les politiciens font également attention à cela, mais nous devons nous tenir devant eux et les arrêter avant qu’ils ne continuent à semer la destruction dans notre société.»

En effet, la popularité de Peterson repose sur sa capacité à expliquer avec une logique précise ces questions complexes qui se trouvent au cœur du conflit entre la droite conservatrice et la gauche libérale: les relations hommes-femmes, le féminisme, les minorités ethniques, la mondialisation et les changements technologiques, les influences postmodernes et les questions sur le sens de la vie.

Il y a plus que ça. Son deuxième et dernier livre, 12 Rules for Life (en Français « 12 principes pour la vie »), écrit en langage simple et accessible à tous, traite de 12 règles basées sur des idées anciennes issues de traditions lointaines. La Règle numéro 3, par exemple : «Se faire des amis avec les gens qui veulent le meilleur pour vous», ressemble à une règle basique fondé sur le bon sens, mais Peterson fonde ses règles sur des idées plus profondes comme celles de Confucius ou d’Aristote. En fait, ce n’est pas du tout, « un point de vue » propre à Peterson, mais un «principe de vie».

Les «principes de vie» ou «règles» sont très présents dans sa philosophie qui va à l’encontre des principes du «postmodernisme». Dans notre société libérale, personne n’aime les règles ni ne veut qu’on lui dise quoi faire et comment vivre, mais «sans règles» ou principes de vie, Peterson souligne dans son livre: « Nous devenons rapidement esclaves de nos passions – et il n’y a rien de libérateur en cela. Les désirs personnels et les compréhensions que nous avons développés », explique-t-il, « visent bas, à des basses qualités, et nous font exprimer des instincts bestiaux et non civilisés. »

« La vie est une souffrance, toutes les cultures anciennes, depuis Bouddha, les Grecs, Confucius et Jésus, l’ont compris ».

La philosophie de Peterson va à l’encontre de la ligne actuelle qui nous encourage à poursuivre le bonheur comme objectif de vie. « La vie est une souffrance », dit-il, « toutes les cultures anciennes, depuis Bouddha, les Grecs, Confucius et Jésus, l’ont compris ». La souffrance, la nôtre ou celle de nos proches, est un événement triste, mais ce n’est pas un événement spécial, explique-t-il. Et nous ne souffrons pas seulement parce que «nos politiciens sont stupides», «que le système est corrompu» ou parce que nous sommes victimes de quelque chose ou de quelqu’un. Mais, parce que nous sommes nés des êtres humains, et les êtres humains ont une bonne dose de souffrance dans leur vie, c’est garanti. Si vous ou quelqu’un que vous aimez ne souffrez pas maintenant, vous souffrirez dans les années à venir, à moins qu’il ne soit exceptionnellement chanceux: élever des enfants, c’est souffrir, travailler c’est souffrir, vieillir aussi c’est souffrir, sans parler de la maladie et de la mort.

Peterson n’essaie pas d’effrayer ses lecteurs, mais leur offre plutôt des principes de vie qui les aideront à surmonter la souffrance. Et ses fans n’ont pas peur, juste le contraire – ça les rassure. Ils veulent se libérer de l’illusion fournie par leurs « coachs » qui s’abstiennent de parler de souffrance, comme si cela pouvait les protéger.

Comme le concept de la dualité chez Jung dont Peterson s’est inspiré, la philosophie de ce dernier repose sur la tension entre les «règles» – qui créent l’ordre, la civilisation et la capacité de coopérer – et le «chaos», obtenu quand quelque chose d’inattendu se produit et crée le désordre: vous vous trouvez sans travail, vous êtes trahi par votre partenaire ou gêné lors d’une mauvaise blague.

Son livre précédent Maps of Meaning (que l’on pourrait traduire en Français par « Patterns de signification ») montre comment cette dualité est enracinée dans toutes les différentes cultures à travers l’histoire et leurs mythes. Pour vivre bien, selon Peterson, nous devons suivre la ligne entre le chaos et l’ordre – qu’il compare aux différences entre le yin et le yang dans le symbole du Tai Chi.

Créer une guerre des opprimés dans la société
Peterson a pu publier des articles sur presque tous les aspects de la psychologie, de la créativité et de la psychopharmacologie, à la psychologie politique et idéologique comme celle de la guerre froide et des dictatures européennes au XXe siècle. Ces dernières années, il a commencé à étudier la culture du «politiquement correct», du «féminisme radical» et du «relativisme moral» promues par les groupes postmodernistes. Il est venu à la conclusion que ceux-ci posaient un danger et un grave chaos à notre société.

« Le postmodernisme est devenu populaire dans les années 1970, après que le marxisme classique a perdu de sa popularité et que personne ou presque ne l’a plus soutenu publiquement. Là où le communisme est passé il a causé la mort de millions de personnes, en Russie et en Chine. Même les intellectuels français, pour la plupart marxistes, ont dû admettre à la fin des années 1960 que le communisme était une mauvaise affaire. Que ce soit en Russie avec Staline, en Chine avec Mao ou ailleurs, quel que soit le chef politique qui l’appliquait, le communisme s’est avéré une catastrophe absolue.

À la fin des années 1960, vous ne pouviez pas être marxiste et être considéré comme humain, alors les marxistes se sont redéfinis sous le nom de postmodernisme, mais au lieu de se concentrer sur la classe ouvrière qui a combattu la classe bourgeoise contre les «oppresseurs», ils identifiaient et étiquetaient d’innombrables groupes de la société comme « opprimés » et identifiaient d’innombrables facteurs comme « oppresseurs », et partaient en guerre contre eux. Ce n’était plus une guerre économique mais une guerre pour le pouvoir. »

ET (Epoch Times) : Lutter pour les opprimés paraît un objectif noble ?

« C’est vrai, mais c’est aussi très dangereux, parce que ce n’est pas leur but réel, le but réel est de gagner du pouvoir, je parle tout le temps avec des gens de ce genre et leur motivation est de gagner en puissance, il n’y a ni dialogue, ni logique, ni consensus avec eux. Il y a seulement une quête du pouvoir. »

ET : Expliquez ce que vous voulez dire – comment affectent-ils notre société?

« Ils ont décidé, par exemple, que l’identité raciale ou sexuelle de certains groupes de la population est une question primordiale et un thème central, de sorte qu’un « concept politique des identités » a émergé. Le philosophe Jacques Derrida en est l’un des principaux acteurs. Il dénonçait la tradition judéo-chrétienne et la morale qui va avec. La prémisse qui a guidé sa réflexion était que la société occidentale est dominée par l’homme blanc hétérosexuel. »

ET : C’est tout à fait vrai.

« Derrida était un homme sage, et beaucoup de choses qu’il disait étaient correctes, mais cette supposition est une simplification radicale de l’histoire, et il est allé trop loin, critiquant l’idée de l’individu et affirmant que l’individu n’est pas le centre de la société, Aujourd’hui, les professeurs postmodernes qui ont pris le contrôle de nos universités s’opposent à l’idée de l’individu, ils ne se soucient pas de qui vous êtes, ils se soucient seulement de votre identité de groupe, de votre identité sexuelle ou raciale.

« Voici un exemple que vous pouvez voir dans la politique, dans le journalisme ou dans l’économie. Prenez, par exemple, une grande entreprise d’avocats. Ils analysent la structure hiérarchique de l’entreprise, et diviseront les personnes qui composent l’organisation en catégories d’identités: hommes, femmes et transsexuels… Mais ils ne s’arrêtent pas là. Ils divisent ou décomposent les gens en catégories de race, d’ethnie et de sexualité jusqu’à six ou sept catégories minimum. Ils prennent ensuite les personnes au bas de l’organisation et s’interrogent si l’organisation est composée de 50 % d’hommes et de 50 % de femmes. Si la réponse est non, ils diront que c’est dû à l’oppression du système, aux préjugés, à l’intolérance et au racisme envers les femmes, et ils diront aussi que les dirigeants de l’organisation sont des racistes.

« Ce phénomène est présent dans chaque aspect de la société. Si vous organisez un événement et que vous invitez des conférenciers, vous voulez qu’il y ait 50% de femmes présentes. Si c’est une chaîne de télévision qui produit des programmes de divertissement, vous êtes obligé d’avoir un nombre égal d’hommes et de femmes. Ou si vous produisez un magazine vous êtes obligé d’avoir un nombre identique d’hommes et de femmes qui y apparaissent.

« Il y a aujourd’hui des gens qui s’occupent vraiment de cela en tant que profession, et dans la prochaine étape ils présenteront à la société un programme qui assure que la structure hiérarchique est composée d’une proportion égale d’hommes et de femmes. »

ET : Mais pourquoi monter les femmes contre les hommes ?

« C’est une bonne question. L’essentiel est que c’est à eux de décider, donc ils influencent la société. Il y a une autre étape dans ce processus – ils créent une formation pour l’entreprise pour faire face à des soit disant préjugés inconscients contre divers groupes de la population, bien qu’il n’y ait aucune preuve scientifique, au contraire, certaines études suggèrent que ce type de formation augmente les préjugés, peut-être parce que les gens n’aiment pas être appelés intolérants et ennemis des femmes et qu’on essaye de les changer. »

ET : Et la raison de tout cela est de promouvoir l’égalité et la justice.

« C’est ce qu’ils disent. Mais ils ne parlent pas d ‘«égalité des chances» pour tout le monde, mais d’«égalitarisme». Il y a une différence entre ces deux concepts et ils les confondent. Ils divisent la population en groupes, selon leur compréhension, et prétendent qu’un certain groupe est opprimé, biaisé selon leur propre critère, etc. C’est le jeu auquel ils jouent et il avance incroyablement vite dans notre société.

«L’alternative à leur approche « d’égalitarisme » est de permettre à toutes les personnes, entreprises et organisations de se comporter comme sur un marché libre, où il existe de réelles différences entre les personnes, l’intelligence, le caractère et les intérêts … l’idée que nous sommes tous égaux à la naissance est une idée qui est dépassée depuis les années 1960. Parmi tous ceux qui se considéraient comme scientifiques, personne n’a même osé en parler, mais les postmodernistes se fichent des faits scientifiques, ils prennent seulement ce qui les arrangent ».

ET : Mettons les choses en perspective. Il y a beaucoup de gens qui croient en l’idée d’égalité et qui n’ont pas appris les doctrines postmodernes. Leur tentative d’obtenir le pouvoir est différente de celle des communistes qui ont sapé et miné l’Occident en créant des conflits entre les différentes parties de la population. Ils n’utilisent pas les mêmes principes.

« Ce ne sont pas les mêmes principes. Il y a des choses semblables entre les hommes, mais il y a beaucoup de choses différentes. Mais pour eux : tout est pareil. Les gens qui prônent le postmodernisme n’ont même pas d’idée précise de ce qu’est le postmodernisme ou le néo-marxisme. Contrairement à la situation qui existait avant la révolution bolchevique de Lénine il y a 100 ans, les postmodernistes ne disent pas être opposés à la culture occidentale, comme Lénine l’a fait. Et pourtant, le résultat qu’ils obtiennent est similaire. Ils contrôlent maintenant presque toutes les sciences humaines dans les universités et la science. Ils détruisent la civilisation occidentale.

« Avec le postmodernisme, les enfants n’apprennent plus à lire, à essayer de comprendre par eux-mêmes et à voir ce qu’un livre peut leur enseigner dans la vie. »

« C’est exactement ce qui se passe, par exemple, dans le système d’éducation. Les facultés d’éducation des États-Unis et du Canada sont complètement corrompues. J’ai récemment lu un document de la « Teachers Federation » en Ontario, un document produit par des grands enseignants. Il vise les enfants de la maternelle au collège et traite presque exclusivement de «justice sociale». Comment apprendre aux enfants à lire des livres ? Ils n’apprennent pas à lire, à essayer de comprendre par eux-mêmes et à voir ce que le livre peut leur enseigner pour leur vie. Ça, c’est le vieux système. Dans le nouveau système, l’enfant analyse le livre en termes de classes et de pouvoirs. Qui représente la classe supérieure ? Ça pourrait être l’auteur du livre, le personnage principal, les enfants lisent le texte comme si tout ce qui était écrit était le reflet de la structure du pouvoir qui existe dans la société contemporaine.

« En Ontario, nous avons déjà des «tribunaux de justice sociale». Les enseignants ontariens ont décidé que le but du système d’éducation est d’endoctriner les enfants dès la maternelle pour qu’ils grandissent dans l’esprit du postmodernisme. Bientôt ça arrivera dans d’autres pays occidentaux, chez vous aussi. »

Le relativisme moral

Un autre problème posé par Peterson est la question du relativisme moral. Beaucoup de personnes de la génération Y (nés entre les années 1980 et 2000) étudient à l’université que la moralité est toujours relative – il n’ y a pas de vrai ou de faux absolus. La morale et les règles qui y sont associées sont une question d’opinion personnelle, généralement en relation avec l’origine ethnique et la culture dans laquelle une personne grandit.

Peterson affirme que les «postmodernistes» répandent cette perception à travers les universités. Ils enseignent que lorsqu’un groupe de la population prétend être plus moral qu’un autre, ce n’est rien de plus qu’une tentative de prendre le pouvoir sur d’autres groupes. Et puisque la moralité est relative, la solution est de faire preuve d’un manque d’esprit critique et de ne jamais penser ou dire quand les gens agissent mal.

ET : Différentes personnes ont des croyances différentes, elles viennent de cultures et d’horizons différents et ont des valeurs différentes. La tolérance de l’un envers l’autre, plutôt que de se juger, ressemble à une solution pacifique.

« Le problème de ce relativisme et ne plus dire ce qui est stupide, c’est que tout devient acceptable, même votre comportement immoral et barbare – ou même le mien.

« Ce n’est pas de la justice sociale, c’est un refus de prendre la responsabilité devant un comportement immoral, donc les gens sont autorisés à faire ce qu’ils veulent. Ils n’ont plus à penser aux conséquences de leurs actes. C’est une recette sûre pour le chaos.

« S’il y a deux candidats pour le poste de PDG – un homme et une femme – et que vous choisissez de nommer un homme, ils viendront dire: vous êtes contre les femmes. Ils pensent qu’il est nécessaire d’impliquer plus de femmes dans la gestion, comme si toutes les femmes pensaient la même chose qu’eux. C’est exactement ce que pensaient les racistes en Amérique: ‘tous les Noirs pensent la même chose’. Ils soutiendront également que, parce que le conseil d’administration de l’entreprise n’a pas un pourcentage de femmes assez élevé, l’entreprise ne bénéficiera pas d’opinions diversifiées. Si nous suivons cette ligne de pensée, tant que vous n’amenez pas au conseil d’administration, des Iraniens, des Noirs, des homosexuels et tout autre groupe pouvant être classé dans une identité particulière, vous n’aurez pas d’opinions plurielles. Techniquement c’est impossible, et scientifiquement c’est faux – vous n’aurez pas plus une variété d’opinion dans une telle situation.

« Il est important que vous compreniez – ce que prétend le postmodernisme n’a rien à voir avec ce qu’il essaie vraiment d’accomplir. Le postmodernisme ne veut pas vraiment l’égalité, la fraternité ou l’empathie. Cette idéologie néo-marxiste utilise un langage de la justice sociale seulement en surface. Le vrai but est de gagner de l’influence. Il n’y a rien d’autre que le pouvoir pour eux.

« Il n’y a aucune raison logique, au 21e siècle de promouvoir le marxisme, sous le couvert de post-modernisme, et dire qu’il s’agit de justice sociale »

« Il n’y a aucune raison logique, au 21e siècle de promouvoir le marxisme, sous le couvert de post-modernisme, et dire qu’il s’agit de justice sociale et que c’est la solution à nos problèmes. Désolé, mais cela n’a tout simplement pas de sens. Plus de 100 millions de victimes sous les régimes communistes marxistes l’ont prouvé. Ceux qui prétendent le contraire devraient examiner leurs connaissances historiques ou leur moralité. C’est une affaire sérieuse, ça détruit la société et apporte le chaos. »

Si vous voulez regarder la vidéo en Français, un outil de traduction automatique est présent dans les paramètres puis sous titres de la vidéo. Le contenu de son interview est repris dans la suite de l’article.

Interview réalisée par Joshua Philipp, Epoch Times

 
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