Une histoire russe des échecs des vols habités

L’échec du lancement d’une fusée Soyouz qui devait amener jeudi l’astronaute américain Nick Hague et le cosmonaute russe Alexeï Ovtchinine -revenus indemnes sur Terre est le premier de l’histoire récente de la Russie. Deux accidents similaires avaient touché des fusées Soyouz à l’époque soviétique, en 1975 et 1983: les cosmonautes avaient été particulièrement secoués mais s’en étaient miraculeusement là aussi sortis indemnes.

Le 27 septembre 1983, une fusée Soyouz T-10 doit transporter les cosmonautes soviétiques Vladimir Titov et Guennadi Strekalov à bord de la station spatiale Saliout. Lors des dernières secondes du compte à rebours, la fusée s’embrase sur son pas de tir. Les contrôleurs activent l’annulation manuelle du vol, provoquant l’expulsion dans les airs de la capsule dans laquelle les cosmonautes se trouvaient. La « tour de sauvetage », le dispositif conçu pour évacuer les cosmonautes, fonctionne et leur permet d’atterrir en sécurité à quelques kilomètres de la fusée. Les deux hommes sont soumis à une pression de 15 à 17g, mais ne souffrent d’aucune blessure due à leur vol, qui ne dura que quelques minutes.

Le 5 avril 1975, les cosmonautes Vassili Lazarev et Oleg Makarov devaient partir pour une mission de deux mois à bord de la station spatiale Saliout. Ils venaient de décoller de la république soviétique du Kazakhstan quand le troisième étage de leur fusée échoue à se séparer de leur capsule. La mission est rapidement annulée et l’équipage atterrit dans les montagnes de l’Altaï, près de la frontière chinoise. Leur épreuve est terrible: ils subissent une pression de plus de 20g, qui peut s’avérer mortelle pour l’homme, à leur retour dans l’atmosphère.

La pression est si forte que leurs cœurs arrêtent brièvement de battre et qu’ils souffrent de perte de la vision. Ils arrivent malgré tout vivants sur Terre, au terme d’un atterrissage brutal et d’un vol de 21 minutes et 27 secondes. Craignant d’être capturés par des troupes chinoises, à une époque où les relations entre l’URSS et la Chine maoïste sont exécrables, ils sont découverts par des habitants russes. Vassili Lazarev souffre de blessures internes et ne volera plus jamais, mais Oleg Makarov partira encore à deux reprises dans l’espace.

D.C avec AFP

 
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