À l’ère de Facebook, un petit documentaire dénonce une persécution de masse

Une discipline spirituelle pacifique devient populaire en Chine et s’attire sans le vouloir les foudres du Parti communiste chinois (PCC). Un ordre de répression est donné et des dizaines de millions de Chinois deviennent soudain victimes de lavages de cerveau, de tortures, d’enfermements dans des camps de travail et même de prélèvements forcés d’organes. Comme dans un « remake » de la Révolution culturelle, la propagande est omniprésente pour diaboliser cette pratique bouddhiste qui relie avec la culture chinoise traditionnelle.

Cette histoire de persécution, insuffisamment – et mal – relayée par les médias occidentaux, pourrait bien étonner et même toucher le citoyen lambda – si seulement il était possible de faire entrer près de vingt ans d’exactions brutales et de témoignages sincères de victimes dans un smartphone le temps d’un trajet ou d’une pause dans une file d’attente.

Pour deux cinéastes indépendants, la solution s’est révélée comme une évidence : un film documentaire de dix minutes.

Un film lauréat de nombreux prix

Intitulé La persécution du Falun Gong, ce film a déjà été présenté lors de plusieurs festivals et a reçu plusieurs prix.

Les deux cinéastes, Mathias Magnason de Suède et Paulio Shakespeare de Nouvelle-Zélande, se sont rencontrés à New York en 2010 et ont travaillé ensemble sur plusieurs projets avant de décider de coopérer sur ce film documentaire de dix minutes.

Mathias Magnason, réalisateur du film, a précisé dans une interview téléphonique que l’histoire du Falun Gong est « si peu exposée dans les médias alors qu’elle brise tellement de personnes, de familles et de vies » qu’il « ne pouvait pas ignorer ce sujet ».

« Il n’existait pas encore de court-métrage sur l’histoire du Falun Gong avant que nous ne commencions à travailler dessus – un documentaire que les gens pourraient regarder pendant leur pause café ou entre deux réunions », a-t-il ajouté. « De nos jours, la grande majorité des gens n’ont pas le temps de s’asseoir pour regarder un documentaire d’une heure. Donc, nous avons pensé à un film plus court. »

Mathias Magnason (à gauche) et Paulio Shakespeare. (Photo de Paulio Shakespeare)
Mathias Magnason (à gauche) et Paulio Shakespeare. (Photo de Paulio Shakespeare)

Le défi de produire un documentaire de dix minutes qui donne un aperçu de la persécution a inspiré Mathias Magnason et Paulio Shakespeare. Pour arriver à cet objectif, ils ont basé le documentaire sur des interviews de témoins oculaires et de survivants de la persécution, en y intégrant des images d’archives provenant de Chine.

« Nous avons cherché des gens qui avaient vécu la période de la propagation du Falun Gong en Chine entre 1992 et 1999, et durant la persécution qui a suivi », a expliqué Mathias Magnason. « Nous voulions que l’histoire soit racontée par ceux qui l’ont vécue et non pas seulement par des sinologues, des ethnologues, des historiens ou des spécialistes en droits humains. »

Une vingtaine d’interviews et des séquences, une histoire cohérente

Rassembler une vingtaine d’interviews et d’autres séquences dans une histoire cohérente n’a pas été une tâche facile pour les deux cinéastes qui travaillaient sur plusieurs films à la fois. « Dès qu’on trouvait un peu de temps pour travailler sur le film, il nous fallait plusieurs heures pour revoir le contenu avant de faire avancer l’histoire », s’est souvenu Paulio Shakespeare.

Filmer les interviews était un autre défi, car certains pratiquants de Falun Gong chinois installés en Amérique après avoir été persécutés en Chine, craignaient de parler devant la camera.

« Il y a eu de nombreux cas où des pratiquants de Falun Gong chinois vivant aux États-Unis ont été menacés et physiquement attaqués pour avoir rendu publique leur histoire personnelle », tandis que ceux qui avaient de la famille en Chine ne voulaient pas la mettre en danger, a confié Mathias Magnason. « En principe, cela peut encore arriver à chacun, tant que la persécution se poursuit en Chine. »

Toutefois, les réalisateurs ont réussi à interviewer près de vingt personnes – des pratiquants de Falun Gong chinois et occidentaux, des journalistes, des experts et des représentants du Centre d’information du Falun Dafa. Quatorze de ces interviews font partie du montage final.

Recueillir les témoignages a été à la fois une expérience touchante et une source d’inspiration. « À travers les interviews, nous avons découvert que les pratiquants de Falun Gong n’avaient qu’à signer un papier disant qu’ils « renoncent à la pratique » pour que cessent les tortures et les mauvais traitements. Ils seraient ainsi libérés de prison », a précisé Paulio Shakespeare. Dans de nombreux cas cependant, ceux qui ont plié en signant la déclaration de renoncement ont ensuite été forcés de participer aux tortures de leurs compagnons de pratique.

« Ces gens ont fait l’expérience de ce que j’appellerais des miracles de guérison et d’un changement spirituel profond, ils ne veulent pas aller à l’encontre de leur conscience et signer ce papier. »

L’interview avec le professeur d’histoire He Haiying a été particulièrement remarquable pour Mathias Magnason. Pour avoir pratiqué le Falun Gong, la mère, la sœur et le frère cadet de He Haiying ont été arrêtés et mis en prison ou dans un camp de travaux forcés.

« Ma famille a été déchirée et je me suis senti moi aussi déchiré à l’intérieur », déclare He Haiying dans le film.

Parfois, différents éléments coïncidaient pour créer des scènes pittoresques et apparemment fortuites.

Une énorme tempête de neige s’est abattue sur Manhattan alors que Paulio Shakespeare filmait Hu Zhiming, survivant d’un camp de travail. Des icebergs flottaient sur le fleuve Hudson dans la séquence avec Pan Qi, qui a été brutalement torturée dans le tristement célèbre camp de travail de Masanjia. Les icebergs ont contribué à rendre l’atmosphère du « froid glacial que nous voulions refléter » en racontant l’histoire de Qi Pan, a ajouté Paulio Shakespeare.

Paulio Shakespeare (à gauche) filme la pratiquante de Falun Gong Pan Qi à côté du fleuve Hudson pour le documentaire La persécution du Falun Gong. (Photo de Paulio Shakespeare)
Paulio Shakespeare (à gauche) filme la pratiquante de Falun Gong Pan Qi à côté du fleuve Hudson pour le documentaire La persécution du Falun Gong. (Photo de Paulio Shakespeare)

Lorsque le film La persécution du Falun Gong a été achevé en 2015, les réalisateurs ont organisé des projections privées. « Certaines personnes ont été tellement touchées qu’elles pleuraient », s’est souvenu Mathias Magnason.

Le film a remporté le Prix d’argent du festival du film documentaire Spotlight 2015, ainsi que le Prix d’excellence de réalisation de documentaires courts du Festival international 2015 des arts du cinéma à Los Angeles.

Selon Mathias Magnason, le film a été créé « afin de donner, à ceux qui n’ont pas l’habitude de regarder de longs documentaires, un court aperçu de l’une des histoires les plus catastrophiques de notre temps ». Il a conclu : « Il s’agit d’un des événements les plus importants de notre époque et pourtant il est toujours passé sous silence. »

Pour consulter le documentaire : https://youtu.be/KiP-5MfA1Mk

Version anglaise : For the Facebook Age, a Small Documentary About a Massive Persecution

 
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