La Chine vote en faveur des sanctions contre la Corée du Nord : mais à quel point les appliquera-t-elle ?

Le 5 août dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a imposé à l’unanimité de nouvelles sanctions à la Corée du Nord. Le fait que la Chine – allié historique et principal partenaire commercial de la Corée du Nord – applique strictement ces sanctions, est devenu une préoccupation majeure au sein de la communauté internationale.

Les sanctions ont été adoptées en réponse à deux tests de missiles balistiques intercontinentaux effectués par la Corée du Nord en juillet.

La résolution impose une interdiction totale des exportations nord-coréennes de charbon, de fer, de minerai de fer, de plomb, de minerai de plomb et de fruits de mer. Elle interdit également aux pays d’accepter davantage de travailleurs nord-coréens. De nouvelles coentreprises ou de nouveaux investissements dans les coentreprises avec la Corée du Nord déjà existantes, sont également interdits.

L’impact des sanctions devrait réduire d’un tiers le volume d’exportations nord-coréennes qui s’élève actuellement à environ 3 milliards de dollars.

La Chine, qui dans le passé a voté contre les résolutions de l’ONU sanctionnant la Corée du Nord, a voté cette fois en faveur de la résolution rédigée par les États-Unis.

S’immiscer dans les failles des résolutions de l’ONU

Toutefois, la question clé est de savoir si la Chine appliquera strictement ces sanctions, car elle trouvait auparavant des moyens pour les contourner.

Tang Jingyuan, analyste sur la Chine de la chaîne de télévision indépendante New Tang Dynasty Television (NTDTV), souligne que, dans le passé, le Parti communiste chinois (PCC) a profité des lacunes des résolutions de l’ONU pour ne pas se conformer aux mesures adoptées.

« Par exemple, dans le passé, la résolution de l’ONU prévoyait que si les revenus des exportations de minerai de fer nord-coréen étaient utilisées pour des raisons humanitaires et non pour le financement du programme nucléaire, ces exportations ne violaient pas la résolution. En avril dernier, les importations chinoises de minerai de fer nord-coréen ont quadruplé. Le PCC a soutenu que ces importations avaient été effectuées dans le cadre de la clause d’exception humanitaire. Mais le problème est que le PCC n’a aucun moyen de surveiller l’utilisation des fonds en Corée du Nord. Aujourd’hui, en interdisant totalement les importations provenant de la Corée du Nord, le Conseil de sécurité de l’ONU supprime cette lacune », précise Tang Jingyuan.

Toutefois, une autre lacune qui reste toujours en place est la contrebande de longue date effectuée sous la couverture du « commerce normal » entre la Chine et la Corée du Nord.

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Selon les données officielles de la Corée du Sud, l’an dernier, les exportations globales de la Corée du Nord ont augmenté de 4,6% pour atteindre le niveau de 2,82 milliards de dollars, dont 2,64 milliards représentaient les exportations vers la Chine.

« Renforcer l’inspection douanière et frontalière »

Lorsque les États-Unis ont remis en question l’application par la Chine des sanctions économiques, le PCC a soutenu que la majorité du commerce entre la Chine et la Corée du Nord se composait d’articles ne faisant pas partie de la liste des produits interdits par les Nations Unies. Il s’agissait de marchandises du commerce ordinaire, comme des textiles et des céréales.

Pourtant, la communauté internationale en a douté.

« L’année dernière, les médias sud-coréens ont rapporté que la Hong Xiang Corporation de Chine utilisait des cageots de pommes comme camouflage. De l’équipement militaire – des batteries pour des chars et d’autres pièces en métal – a été caché sous ces cageots et livré en Corée du Nord », a expliqué Tang Jingyuan. « Alors, combien de ces marchandises non-interdites chinoises servent-elles de couverture pour les produits interdits ? C’est vraiment difficile à dire. »

« Si Pékin veut effectivement résoudre ce problème, le moyen le plus direct sera de renforcer l’inspection douanière et frontalière, tout en augmentant les amendes pour la contrebande imposées sur les entreprises et les individus », a-t-il poursuivi. « L’efficacité de l’application des sanctions par la Chine dépendra de la volonté de Pékin de contenir vraiment Kim Jong-un. ».

Lundi dernier, en réponse de l’approbation de la résolution de l’ONU, la Corée du Nord a menacé de se venger « mille fois » des États-Unis. Le même jour, comme par hasard, Pékin a effectué un exercice militaire dans la mer de Bohai et a tiré des dizaines de missiles dans la direction de la côte ouest de la péninsule coréenne.

Les experts considèrent cette démarche du PCC comme un avertissement à Washington de ne pas entamer des actions militaires contre la Corée du Nord et, en même temps, comme un message dissuasif envoyé à la Corée du Nord.

Depuis que la Corée du Nord a effectué son premier test nucléaire en 2006, le Conseil de sécurité de l’ONU a imposé six séries de sanctions dans l’espoir d’arrêter le financement du programme nucléaire de la Corée du Nord, mais leur impact n’a pas été significatif. Il reste à voir si la septième série sera efficace…

Version anglaise : China Votes in Favor of Sanctions on North Korea–But How Much Will China Enforce?

 
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