La Chine face à un choix : la sécurité de la nouvelle Route de la Soie, ou la répression des Ouïghours

Récemment, le groupe terroriste État islamique (EI) s’est pour la première fois ouvertement opposé à la Chine. Dans une vidéo diffusée sur l’Internet, l’EI promet à l’Empire du Milieu des « fleuves de sang » et  défend la cause des séparatistes ouïghours, sévèrement réprimées dans le cadre de la politique du Parti communiste chinois (PCC). Cela remet en question la sécurité du gigantesque projet « Une région, une route » également connu sous le nom de la nouvelle Route de la Soie.

Les djihadistes de l’EI ont pour la première fois adressé leurs menaces à la Chine. Dans une vidéo diffusée sur Internet, l’image du dirigeant chinois Xi Jinping se transforme en une mer de flammes, tandis que des « fleuves de sang » sont promis à la Chine. La vidéo des djihadistes est diffusée en arabe, elle n’est pas destinée à la propagande, mais à menacer les autorités chinoises. Les islamistes annoncent qu’ils viendront chercher « ceux qui ne comprennent pas » et qu’ils sont prêts à « s’expliquer dans la langue des armes ».

Jusqu’à présent, les djihadistes postaient leurs vidéos dans la langue ouïghoure et appelaient la minorité musulmane de Chine à s’opposer aux autorités chinoises. Selon les informations chinoises, les rangs de combattants d’EI comptent plusieurs centaines de bénévoles provenant de Chine, dont un grand nombre d’Ouïghours.

Les autorités chinoises n’ont pas commenté le message des djihadistes. (YOUNIS AL-BAYATI / AFP / Getty Images)

Répression des Ouïghours
En 1949, après la prise du pouvoir dans le pays par le Parti communiste, les Ouïghours ont été soumis à de très sévères répressions. Même aujourd’hui, des décennies après la fin du règne de Mao Zedong, la situation reste tendue dans la région.

Depuis bien longtemps, les musulmanns de la Région autonome ouïghoure du Xinjiang tentent de suivre le mode de vie islamique. Pour s’y opposer, le PCC impose aux Ouïghours les règlements de vie laïque : il est interdit de célébrer publiquement les fêtes religieuses, d’enseigner en langue ouïghoure à l’école, etc. Les médias officiels chinois continuent à critiquer les coutumes des Ouïghours, telles que le port de la barbe pour les hommes et du foulard traditionnel pour les femmes. Les autorités essayent d’amener les gens à consommer du porc, à boire de l’alcool et à fumer du tabac, ce qui est contraire à la culture musulmane.

En 2016, dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang et dans les territoires habités par les Tibétains, le Parti a continué sa suppression acharnée de la liberté de religion, menée sous la bannière de la « lutte contre le séparatisme » et « contre le terrorisme». Afin de limiter leurs  déplacements, les Ouïghours ont été contraints, dans de nombreuses régions, à remettre à la police les laissez-passer qui leur permettaient de circuler à l’intérieur du pays, constate le rapport annuel sur la violation des droits de l’homme d’Amnesty International.

Le rapport de l’organisation « Uyghur Human Rights Project »  (UHRP), publié le 20 mai 2015, déclare que le PCC a l’intention d’éliminer l’identité ouïghoure en assimilant les Ouïghours à une « vaste identité chinoise à l’échelle de l’État ».

« L’extrémisme des Ouïghours est le principal argument des autorités chinoises », écrit le site ukrainien politeka.net, précisant que les médias officiels chinois parlent de nombreux « terroristes » voulant se rendre en Syrie et en Irak pour combattre du côté de l’État islamique.

Le Xinjiang est la plus grande région de la Chine, qui abrite 47 des 55 minorités ethniques de ce pays. Parmi eux, environ 10 millions sont des Ouïghours, qui représentent près de la moitié de la population du Xinjiang. Bien que le Parti communiste parle de l’égalité ethnique et raciale, dans la pratique, les Chinois d’ethnie Han et les Ouïgours ne sont pas traités de façon égale, ce qui provoque la résistance de la part des derniers.

Sécurité de  « La nouvelle Route de la Soie »
Le problème du « terrorisme ouïgour » dépasse la Région autonome ouïghoure du Xinjiang et risque d’interférer avec les intérêts géopolitiques du régime chinois, souligne Michael Clarke dans son article publié dans le magazine The National Interest. La politique répressive de Pékin envers les Ouïghours y a joué un rôle important, conduisant à la résistance de leur part et à l’apparition d’actes terroristes contre les autorités chinoises à l’intérieur du pays et à l’étranger.

Le gigantesque projet « Une région, une route », connu également comme la nouvelle Route de la Soie, est effectué dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). La Chine cherche à transformer l’Asie dans une entité géante interconnectée incluant 60 pays, et de devenir elle-même le cœur de l’Asie. Le projet prévoit la construction d’un immense réseau ferroviaire sur 39 itinéraires qui relirait 16 villes chinoises à 15 villes européennes.

La mise en œuvre du projet de la nouvelle Route de la Soie pourrait être compromise en raison de l’incapacité à assurer sa sécurité sur le territoire de plusieurs États. Aujourd’hui, l’Asie centrale et l’ensemble de pays du Moyen-Orient abritent un réseau de groupes terroristes qui risquent de mettre en doute la réalisation du projet chinois. Compte tenu de l’instabilité dans la région d’Asie centrale, des problèmes en Afghanistan, de la menace du déplacement des activités des djihadistes de l’EI vers l’Asie centrale et le Caucase, le régime chinois ne sera pas en mesure de faire face au terrorisme tout seul.

« Il sera logique que l’OCS, en tant que participant du projet, arrivera à la conclusion sur la nécessité de créer un certain format pour neutraliser les menaces à la sécurité dans l’espace de cette organisation », suggère dans un article Anatoly Klimenko, expert russe sur la Chine et l’Asie.

« La montée du terrorisme ouïghour est susceptible de mettre Pékin devant la question des priorités dans sa politique en Asie centrale, en Afghanistan et au-delà de cette région : est-ce la sécurité dans le Xinjiang ou les objectifs géostratégiques du projet ‘ Une région, une route’ ? », peut-on lire sur le site d’information officiel russe regnum.ru, reprenant les paroles de Michael Clarke.

Version russe : Китай перед выбором: безопасность нового Шёлкового пути или подавление уйгуров

 
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