L’idéologie tordue des leaders suprêmes de la Corée du Nord

La Corée du Nord fait régulièrement les manchettes en menaçant ses voisins plus prospères de ses armes nucléaires et missiles balistiques.

Contrairement à l’Union soviétique, qui s’est effondrée et disloquée en une quinzaine d’États non communistes, ainsi que la Chine, dont les dirigeants sont toujours fidèles aux normes et à l’idéologie du Parti communiste, mais autorisent à ses citoyens les contacts avec l’étranger, la Corée du Nord, quant à elle, est restée un état totalitaire isolé.

Certains soutiennent que la Corée du Nord n’est pas tout à fait communiste puisque le pays a supprimé de sa constitution toute référence au communisme et à Karl Marx dans les années 2000. De plus, ce pays a introduit un système basé sur le nationaliste extrême et les successions dynastiques. Le marxisme y a été remplacé par l’idéologie officielle de « Juche », un terme dérivé du chinois qui est généralement traduit par « autosuffisance ».

Mais en termes de leadership, d’organisation de la société et d’économie planifiée strictement contrôlée, la Corée du Nord ressemble et même dépasse les régimes communistes autoritaires typiques du temps de la guerre froide. De plus, l’État doit ses fondements idéologiques et sa propre existence au communisme et aux puissances communistes.

Dans les années 1940, l’Union soviétique avait envoyé des spécialistes pour aider Kim Il Sung à consolider son pouvoir et à établir un régime communiste en Corée du Nord. Ils avaient également formé et envoyé des milliers d’agents pour faire échouer les actions des États-Unis visant à établir une démocratie en Corée du Sud. Pour accroître son pouvoir, Kim avait utilisé la même formule que presque tous les dictateurs communistes en herbe : supprimer les « contre-révolutionnaires » par plusieurs vagues de purges.

Quelque 800 000 Nord-Coréens ont fui vers le Sud, et l’État a qualifié de « contre-révolutionnaires » les membres des familles de ces fugitifs.

Nous avons exécuté tous les cadres des églises protestante et catholique, et tous les autres éléments des religions vicieuses ont été envoyés dans des camps de concentration.
– Kim Il Sung, dictateur communiste nord-coréen

Le culte de la personnalité

Dans un style imitant presque parfaitement celui du dictateur soviétique Josef Stalin, Kim Il Sung a installé son propre culte de la personnalité, et a « purgé » le Parti des travailleurs de Corée de tous dissidents et « ennemis de classe » en les envoyant dans l’infâme Kwanliso, un réseau nord-coréen de goulags.

Malgré le fait que, par manque de données, il soit très difficile d’analyser la situation en Corée du Nord, les experts estiment qu’entre 710 000 à 3,5 millions de personnes ont été tuées entre 1948 et 1987 seulement et qu’actuellement quelque 150 000 à 200 000 Nord-Coréens, dont 50 000 à 70 000 chrétiens, sont emprisonnés dans des camps de travaux forcés. Des centaines de milliers d’habitants ont été forcés à fuir le pays, la plupart sont allés en Chine.

Kim Il Sung visait en particulier les chrétiens coréens. « Nous avons exécuté tous les cadres de l’église catholique et protestante, et tous les autres éléments des religions vicieuses ont été envoyés dans des camps de concentration », a-t-il annoncé en 1962. Leurs croyances ne correspondaient pas à la campagne de propagande du régime proclamant Kim comme étant un dieu vivant. En fait, l’idéologie officielle de Juche impose une forme étrange de nationalisme ethnique, proclamant la famille Kim comme sauveurs de la « race coréenne ».

Au début du règne de Kim, des plans suivant l’exemple soviétique ont été mis en place, ainsi que la saisie des biens privés et d’industries nationales. En 1950, Kim était obsédé par l’idée de l’unification des deux Corées avant de recevoir une assistance importante de la part de conseillers soviétiques, qui l’ont aidé à élaborer des plans d’invasion du Sud et fourni du matériel militaire. Plus tard, pendant la guerre de Corée, le chef du Parti communiste chinois Mao Zedong a déployé 300 000 soldats chinois en Corée du Nord.

Une anomalie

Les soldats nord-coréens défilent sous le portrait du fondateur nord-coréen Kim Il-Sung lors des célébrations de son centième anniversaire, le 15 avril 2012. (Pedro Ugarte / AFP / Getty Images)

Officiellement, le pays se proclame comme n’étant pas communiste, mais il se comporte pourtant comme tel. Ce pays est une anomalie et, selon certains experts, il pourrait être plus exactement qualifié de monarchie d’inspiration communiste. Le Parti des travailleurs communiste est le parti fondateur et dirigeant de la Corée du Nord, et sur son symbole on voit le marteau et la faucille communistes à côté du pinceau coréen. Cependant, depuis 2012, le Parti proclame le Juche « la seule idée directrice du Parti », car cela permet à la famille Kim de s’éterniser au pouvoir.

Andrei Lankov, auteur et professeur à l’université de Kookmin qui écrit également pour le site américain NK News, affirme que le Parti des travailleurs au pouvoir en Corée du Nord fonctionne sur un modèle marxiste-léniniste: « La Corée du Nord pourrait être le seul endroit sur terre où les principes fondamentaux, développés par Joseph Staline dans les années 1930, sont toujours et constamment appliqués. En apparence, la ’ vérité universelle du marxisme-léninisme ’ a été remplacée par la vérité de Juche, et plusieurs éléments du système ont été modifiés. Néanmoins, cela reste toujours une reproduction très proche de l’ancien modèle commun, un fossile vivant en quelque sorte. »

Il semblerait que la promotion du communisme et du marxisme-léninisme a commencé à disparaître après la mort de Kim Il Sung en 1994. En 2009, les références au « communisme » ont été retirées de la constitution de la Corée du Nord de même que les images de Marx et de Lénine ont été enlevées des lieux publics. Auparavant, les images de Kim Il Sung et de son fils Kim Jong étaient souvent placées à côté de leurs portraits, tandis que les deux Kim ont publié un grand nombre d’œuvres sur la théorie marxiste.

Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, l’idéologie de Juche est devenue la principale doctrine, car « la dynastie Kim représente beaucoup plus qu’un simple régime autoritaire. Elle se considère comme la source ultime de pouvoir, de vertu, de sagesse spirituelle et de vérité pour ses citoyens », souligne le DailyNK.

Les Nord-Coréens visitent la colline de Mansu à Pyongyang où sont érigées les statues du défunt leader suprême Kim Il-sung et de son fils et successeur au pouvoir Kim Jong-il lors du premier anniversaire de la mort de Kim Jong-Il, le 17 décembre 2012. (KNS / AFP / Getty Images)

Une autre différence par rapport aux États typiquement marxistes est le système de Songbun – une sorte de système de castes adopté par le Parti des travailleurs communistes à la fin des années 1950. La société de la Corée du Nord a alors subit une purge massive qui a amenée à la création de cinq classes sociales.

Ce système, entré en pleine puissance vers 1967, « divise la population en groupes selon les activités et le statut de leur ancêtre paternel (et eux-mêmes, selon leur âge) pendant la période coloniale japonaise et la guerre de Corée », explique le NK News. En théorie, les classes disparaissent avec le développement des sociétés communistes, mais, à la place, des hiérarchies de classes se sont développées en Union soviétique et en Chine. Le Parti communiste chinois, par exemple, a une hiérarchie extrêmement complexe, où les hauts cadres du Parti jouissent des plus grands privilèges.

Le Département d’orientation du Parti communiste contrôlait le système Songbun, et de nombreux experts estiment que ce département était le véritable centre du pouvoir dans les années 1960, lorsque les autorités nord-coréennes ont commencé à classer chaque citoyen en ami ou ennemi.

Toutefois, la Corée du Nord conserve encore des caractéristiques typiques des États communistes, comme l’imagerie et l’obsession de l’idéologie. Les portraits de propagande de la famille Kim peintes dans un style communiste du « réalisme socialiste » sont omniprésents, ainsi que des drapeaux  et des décors d’intérieur rouge sang. Kim Jong Un, petit-fils de Kim Il Sung et actuel leader suprême , porte des costumes style Mao, tandis que le Parti lui a récemment accordé le titre de « Président », le même que portait Mao Zedong. Il est également président du Comité central du Parti des travailleurs de Corée et de la Commission militaire centrale, qui sont communistes d’origine.

L’appareil de répression de la Corée du Nord est à 100% stalinien.

Le régime a ordonné à chaque journal, livre et magazine de promouvoir la famille Kim, tandis qu’il est interdit aux Nord-Coréens d’écouter des radiodiffusions ou lire des publications étrangères.

La Corée du Nord a également son propre goulag qui compte aujourd’hui de 150 000 à 200 000 prisonniers. Les travaux forcés, la famine, les avortements forcés, les exécutions, la torture, les passages à tabac et autres atrocités y sont monnaie courante. Les enfants nés dans les camps y demeurent toute leur vie, car ils appartiennent à la plus basse des castes du Songbun. C’est encore pire que cela ne la été en Union soviétique.

En 2014, les Nations Unies ont mené une enquête sur le régime de Kim Jong Un pour crimes contre l’humanité et éventuellement génocide – également des traits distinctifs du régime communiste.

« À l’heure même où je vous parle, il y a toujours des bébés qui naissent dans les camps, des exécutions publiques qui se passent dans les camps, comme celles de ma mère et de mon frère, ainsi que des décès suite au passage à tabac et au manque de nourriture », a déclaré en 2014 Shin Dong-Hyuk, survivant des camps nord-coréens, après la publication par l’organisation des droits de l’homme Human Liberty d’un rapport sur un possible génocide en Corée du Nord.

On estime que le communisme a tué au moins 100 millions de personnes, bien que ses crimes ne soient pas recensés et que cette idéologie persiste toujours. Epoch Times tâche d’exposer l’histoire et les croyances de cette doctrine, qui a servi de base à la tyrannie et à la destruction des peuples depuis son émergence. On peut trouver la série complète de ces articles dans la rubrique « Histoire cachée du communisme ».

Version anglaise : Examining North Korea’s Communist Foundations

 

 
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