La persécution d’une pratique spirituelle paisible touche l’ancien dirigeant chinois

NEW YORK – Il y a 17 ans que le Parti communiste chinois (PCC) a pris la décision fatale d’éliminer le Falun Gong, l’une des plus grandes communautés spirituelles en Chine.

Les pratiquants de Falun Gong, une discipline traditionnelle populaire de qigong comprenant des enseignements moreaux et des exercices, se sont résolument opposé à la persécution, souvent en le payant très cher de leur personne.

Une récente interview avec la femme d’un camarade de classe de l’ancien dirigeant chinois Hu Jintao, montre toute la complexité des effets de la persécution sur la vie des Chinois ordinaires, une campagne qui a fait plier même le dirigeant chinois.

Hu Jintao, en dépit d’être Secrétaire général du PCC, n’a pas réussi à protéger de la persécution son ancien camarade de classe – une persécution qui avait été ordonnée quelques années avant son arrivée au pouvoir par son prédécesseur Jiang Zemin. La décision d’éliminer le Falun Gong, prise en 1999 par Jiang, était à la fois très personnelle et controversée.

En parlant en mandarin avec des intonations cantonaises du sud du Guangdong, Luo Muluan a raconté ce qu’elle et son défunt mari Zhang Mengye avaient vécu : des rencontres avec Hu Jintao et son épouse Liu Yongqing pendant des réunions d’anciens étudiants, des rencontres tendues avec leurs anciens camarades de classe envoyés pour leur parler après le début de la persécution, et leur évasion finale en Thaïlande, avant qu’elle n’arrive toute seule aux États-Unis.

Luo Muluan lors d’un rassemblement des pratiquants de Falun Gong à New York, le 24 avril 2014. (Larry Dye / Epoch Times)
Luo Muluan lors d’un rassemblement des pratiquants de Falun Gong à New York, le 24 avril 2014. (Larry Dye / Epoch Times)

Aujourd’hui, Luo, une typique « tatie » chinoise avec les cheveux frisés et grandes lunettes de soleil, habite à Brooklyn et participe souvent dans des activités volontaires dans le quartier chinois de l’arrondissement. Elle encourage ses compatriotes à renoncer au parti politique qui les a expulsés, elle et son mari, de leur patrie.

« Vous êtes enfin arrivés »

En avril 1995, Zhang Mengye et Luo Muluan ont été chaleureusement accueillis par les camarades de classe de Zhang aux portes de l’Université Tsinghua de Pékin, également appelée « MIT (ITM-Institut de Technologie de Massachussetts) de Chine ».

« Vous êtes enfin arrivés ; nous pouvons enfin vous rencontrer », se rappelle Luo des paroles des camarades de classe de son mari. C’était la première fois depuis trois décennies qu’ils le rencontraient.

Luo Muluan et Zhang Mengye en Chine. (photo de Luo Muluan)
Luo Muluan et Zhang Mengye en Chine. (photo de Luo Muluan)

Depuis sa scolarité, Zhang souffrait de problèmes chroniques du foie. Après avoir obtenu son diplôme, il restait maigre, frêle et à un moment donné il a été même au seuil de la mort. À cause de sa mauvaise santé, Zhang ne pouvait pas quitter sa province natale du Guangdong dans le sud de la Chine pour participer à Pékin aux rencontres d’anciens étudiants.

Au début des années 1990, Zhang a commencé à pratiquer le qigong – des exercices énergétiques traditionnels chinois que l’on fait pour la santé et le bien-être – en tant que traitement alternatif de ses maux. En 1994, il a assisté à une série de conférences de Li Hongzhi, fondateur du Falun Gong. Zhang a été attiré par les exercices paisibles de Falun Gong et ses enseignements basés sur les principes d’authenticité, bienveillance et tolérance.

Après huit mois de pratique, Zhang se sentait suffisamment en forme pour faire un long voyage vers le nord à l’Université de Tsinghua. Hu Jintao, alors chef du Secrétariat du PCC, et son épouse Liu Yongqing, étaient également présents à la rencontre de 1995 des anciens étudiants. Quand tout le monde s’est rassemblé sur le campus, Liu Muluan a encouragé son mari à prononcer un discours.

Zhang est monté sur scène et a raconté comment sa santé s’était énormément améliorée depuis qu’il avait commencé à pratiquer le Falun Gong. Luo se souvient que lorsque son mari a fini le discours, l’épouse de Hu Jintao a été la première à applaudir avec enthousiasme. Plus tard, elle a insisté pour que Zhang et son épouse posent avec Hu Jintao et elle-même pour une photo personnelle lors de la séance de prise de photos de groupe au Grand palais du Peuple. (Luo Muluan avait gardé ces photos, mais n’a pas pu les amener quand ils ont fui la Chine.)

L'ancien dirigeant chinois Hu Jintao avec son épouse Liu Yongqing à Paris, le 4 novembre 2010. (Charles Platiau / AFP / Getty Images)
L’ancien dirigeant chinois Hu Jintao avec son épouse Liu Yongqing à Paris, le 4 novembre 2010. (Charles Platiau / AFP / Getty Images)

Au cours des années suivantes, l’expérience de Zhang est devenue très banale en Chine. À travers tout le pays, de nombreuses personnes ont constaté des améliorations de santé physique et psychique remarquables grâce au Falun Gong, pratiqué librement et gratuitement. En 1999, une enquête officielle estimait à environ 70 millions le nombre de Chinois de tous âges et professions qui pratiquaient cette discipline, alors que les sources du Falun Gong estimaient souvent ce chiffre à 100 millions.

Le 24 avril 1999, Zhang Mengye et Hu Jintao se sont rencontrés pour la dernière fois à une autre réunion de l’Université de Tsinghua. Lorsque les Zhangs sont rentrés chez eux au Guangdong, ils ont reçu un appel téléphonique d’un camarade de classe de Pékin.

« Avez-vous participé à la manifestation du Falun Gong à Zhongnanhai le 25 avril ?», a-t-il demandé.

« Si nous l’avions su, nous aurions certainement participé », a répondu Zhang.

Le militantisme et le rejet

Le 25 avril 1999, environ 10 000 pratiquants de Falun Gong se sont rassemblés à Pékin pour demander au gouvernement central de libérer les pratiquants qui avaient été battus et arrêtés à Tianjin quelques jours auparavant.

Zhu Rongji, alors premier ministre chinois, a rencontré les représentants des pratiquants et a promis de maintenir l’attitude neutre du Parti envers le qigong. Les pratiquants se sont tranquillement dispersés après avoir ramassé les déchets et les mégots jetés par terre par les policiers.

Mais dans la soirée du même jour, l’ancien chef du Parti Jiang Zemin a adressé une lettre à la direction du Parti, demandant « comment les membres du parti communiste armés du marxisme, du matérialisme et de l’athéisme, ne peuvent-ils pas vaincre cette chose du Falun Gong ? ». Le 20 juillet 1999, Jiang a ordonné la répression du Falun Gong.

Zhang Mengye savait que la campagne de persécution était quelque chose de grave. « Zhang a été diplômé de Tsinghua ; ces gens sont plus sensibles à ce genre de choses », a expliqué Luo Muluan. Alors il a essayé d’éclaircir ce qu’il percevait comme une incompréhension du régime chinois de la pratique qui lui avait permis de retrouver la santé.

Zhang Mengye (à droite) fait les exercices debout du Falun Gong à Bangkok, en 2006. (photo de Luo Muluan)
Zhang Mengye (à droite) fait les exercices debout du Falun Gong à Bangkok, en 2006. (photo de Luo Muluan)

En juillet et octobre 1999, Zhang et Luo ont essayé d’aller à Pékin pour protester contre la persécution. Les deux fois, ils ont été arrêtés par les forces de sécurité et renvoyés au Guangdong. Plus tard, Zhang a encouragé les pratiquants de Falun Gong du Guangdong de demander justice aux autorités provinciales, et a essayé en vain de soumettre des lettres à Hu Jintao, vice-président chinois de l’époque.

Les forces de sécurité du Guangdong étaient au courant que Zhang et Hu étaient des anciens camarades de classe à l’Université de Tsinghua.

Pendant sa première tentative de se rendre à Pékin en juillet 1999, Zhang et ses compagnons ont été arrêtés par Hao Xiaoming, le chef d’une section locale du « Bureau 610 », une organisation du genre Gestapo créée par Jiang Zemin pour superviser la persécution.

Selon Luo Muluan, Ho a dit à son mari : « Mon vieux Zhang, vous essayez d’aller à Pékin pour rencontrer Hu Jintao ? C’est inutile ; Hu Jintao ne peut pas vous aider. »

Le tirage au sort

Avoir des connexions avec des hauts responsables du Parti pouvait être une bonne ou une mauvaise chose pour les pratiquants de Falun Gong.

Wang Youqun, assistant de Wei Jianxing, l’ancien patron de l’organe de la discipline interne du PCC, a été l’un des premiers cadres du Parti à être démis de ses fonctions et exclu du Parti à cause de la pratique du Falun Gong. Toutefois, pendant plusieurs années, Wang a échappé aux pires aspects de la persécution et a été autorisé à garder son appartement appartenant à l’État.

L’ancien fonctionnaire chinois Wang Youqian médite à Bryant Park de New York, le 6 mai 2016. (Samira Bouaou / Epoch Times)
L’ancien fonctionnaire chinois Wang Youqian médite à Bryant Park de New York, le 6 mai 2016. (Samira Bouaou / Epoch Times)

Wang attribue les privilèges dont il jouissait aux bonnes grâces de son ancien patron Wei, qui était également membre du tout puissant Comité permanent du Politburo. Selon Xin Ziling, un responsable de la défense à la retraite qui a préservé des liens avec des fonctionnaires modérés au sommet du pouvoir en Chine, à l’exception de Jiang Zemin, tous les membres du Comité permanent composé de sept hommes ont été opposés à la persécution du Falun Gong.

Mais Hu Jintao n’a pas été capable de protéger son ancien camarade de classe (Zhang Mengye) de la persécution.

Zhang Mengye a été parmi les premiers pratiquants dans le Guangdong à être appréhendé après que Jiang Zemin ait visité la province et ait critiqué les autorités locales pour leurs « faibles » résultats dans la persécutions. Malgré son âge de 60 ans, Zhang a été gardé pendant plus de 750 jours dans un camp de travaux forcés, selon Minghui.org, un site d’information recueillant et publiant des informations de première main sur la persécution. Zhang a quitté le camp émacié, il ne pesait que 35 kilos.

En mai 2002, trois mois après sa libération, Zhang Mengye a été de nouveau arrêté. Pendant sept mois, il a été brutalement torturé dans un centre de lavage de cerveau. Lors d’une des tortures, les gardiens avaient fermement ligoté Zhang avec des cordes et ont à plusieurs reprises trempé sa tête dans une cuvette de WC qui débordait.

Deux mois avant le début du calvaire de Zhang, Hu Jintao a été officiellement proclamé dirigeant du régime chinois. Luo Muluan pense que Jiang Zemin avait cherché à punir Zhang après l’inauguration de Hu Jintao afin de rendre les choses claires – Hu pouvait être chef du Parti, mais il ne devait même pas penser à interférer avec la campagne de persécution de Jiang.

Les contacts avec les camarades de classe

Hu Jintao pouvait ne pas être en mesure d’aider Zhang Mengye, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé, a confié Luo Muluan.

« Hu Jintao savait à quel point la persécution était cruelle, mais il n’avait pas le pouvoir ou les moyens pour l’arrêter », a-t-elle précisé. « Alors il a envoyé les anciens camarades de classe de l’Université de Tsinghua pour persuader Zhang de se plier et de ne pas se faire remarquer. » Le fait que Zhang a été visité par ses camarades de classe a fait penser à Zhang et Luo qu’ils leur avaient été envoyés avec la bénédiction de Hu Jintao, étant donné que l’atmosphère idéologique frénétique de l’époque prévoyait que toute personne identifiée comme pratiquant de Falun Gong devait être isolée et réprimée.

« Sinon, comment oseraient-ils venir ? », a-t-elle ajouté.

Un camarade de classe de Pékin leur a rendu visite au Guangdong en 2002. Il a rappelé à Zhang que l’ancien dirigeant du Parti Deng Xiaoping avait été trois fois destitué et puis rétabli dans ses fonctions. Le camarade de classe a gentiment laissé entendre que Zhang devait coopérer avec les autorités et arrêter de leur demander justice pour le Falun Gong.

Zhang Mengye parle à la chaîne de télévision New Tang Dynasty Television à Bangkok, en 2006. (photo de Luo Muluan)
Zhang Mengye parle à la chaîne de télévision New Tang Dynasty Television à Bangkok, en 2006. (photo de Luo Muluan)

« Pourquoi dois-tu résister obstinément ? », a-t-il demandé à Zhang. «  Le moment viendra » à l’avenir quand Zhang pourrait être « réhabilité », comme Deng.

« C’est impossible », lui a répondu Zhang avec un sourire. « Ce que nous faisons n’est pas la politique, c’est le travail sur soi ! J’ai retrouvé ma santé ; qu’est-ce qu’il y a de mauvais là dedans ? Retourne chez toi et dis-le à Hu Jintao. »

Plus tard, lorsque Zhang était détenu dans un centre de lavage de cerveau, un autre camarade de classe de Pékin a appelé Luo Muluan et lui a conseillé : « Si Zhang est encore vivant, vous devez le voir en personne ; s’il est mort, vous devez voir son cadavre. » Pour Luo, ce message signifiait clairement que les camarades de classe de son mari étaient bien au courant de la violence de la campagne anti-Falun Gong.

À la mi-2003, Zhang et Luo ont rendu visite à un camarade de classe qui était un haut fonctionnaire local dans le Guangdong. Zhang lui a parlé des tortures qu’il avait subies et lui a demandé s’il pouvait, lors de l’un des ses fréquents voyages à Pékin, remettre à Hu Jintao une lettre décrivant ce qui se passait dans les centres de lavage de cerveau.

Mais le camarade de classe a refusé en conseillant à Zhang de ne pas être trop naïf. « S’il ne gère pas bien les choses, le vieux Hu sera … », le camarade de classe s’est interrompu au milieu de la phrase et a fait avec son doigt un geste au cou qui signifiait être décapité.

La persécution est personnelle

En fin de compte, les agents de sécurité et du Bureau 610 ont mis Zhang Mengye et Luo Muluan sous une étroite surveillance. Les époux étaient suivis dès qu’ils quittaient leur domicile. Lors de l’interview, Luo s’est souvenue avec un sourire qu’elle avait demandé de l’aide à un agent qui la suivait lorsqu’elle faisait des achats à l’épicerie.

Demander justice pour le Falun Gong à Hu Jintao ou au régime en général devenait de moins en moins possible pour le couple. En novembre 2005, ils ont fait des plans d’évasion, ont réussi à échapper à leurs surveillants et fuir en Thaïlande.

Luo Muluan et Zhang Mengye à Bangkok, en 2006. (photo de Luo Muluan)
Luo Muluan et Zhang Mengye à Bangkok, en 2006. (photo de Luo Muluan)

En Thaïlande, Zhang a écrit plusieurs lettres ouvertes à Hu Jintao et a encouragé d’autres pratiquants de Falun Gong, échappés de Chine, à installer un site permanent de protestation devant l’ambassade chinoise. En août 2006, dans une interview donnée à l’édition chinoise d’Epoch Times, Zhang a partagé ses souvenirs sur Hu Jintao de l’époque, quand ils étaient étudiants.

En Septembre 2006, Zhang a été renversé par une voiture qui avait surgi d’un cul-de-sac, le long d’une petite route. Il était censé être envoyé dans un hôpital public mais, au lieu de cela, l’ambulance l’a amené dans un hôpital privé.

Bien que les blessures de Zhang ne représentaient pas de danger pour sa vie, le médecin a insisté sur une opération. Trois jours plus tard, Zhang est décédé. Luo soupçonne que le long bras de Jiang Zemin a atteint Zhang en Thaïlande, bien que d’autres membres de la communauté du Falun Gong préfèrent appliquer le principe du rasoir d’Occam.

Les souvenirs de Zhang Mengye restent toujours une source d’inspiration pour sa veuve. « Je me suis dit que je devais poursuivre le travail de mon vieux Zhang », a confié Luo. « Mais je ne pense pas que j’en ai fait assez. »

Version anglaise : How the Persecution of a Peaceful Spiritual Practice Touched a Former Chinese Leader

 
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