Le regard de la médecine chinoise sur le diabète

Le glucose, notre principale source d’énergie, est produit par l’organisme à travers la digestion des produits alimentaires riches en glucides. Son taux sanguin, dit « glycémie », doit être finement régulé pour maintenir un bon approvisionnement des tissus et éviter le rétrécissement des artères et l’amaigrissement, la fatigue de la personne, qui caractérisent le diabète.

L’insuline, une hormone secrétée par le pancréas (une glande située entre l’estomac et l’intestin), est le grand régulateur du glucose : en cas de taux sanguin supérieur à 1 gramme par litre, elle déclenche un mécanisme de stockage du glucose excédentaire dans le foie ; ce glucose est ensuite remis dans la circulation sanguine quand le taux commence à baisser, grâce à l’intervention d’un autre hormone pancréatique, le glucagon, qui exerce un rôle exactement inverse à celui de l’insuline. Toutes les thérapies du diabètes en médecine occidentale visent donc à compenser le déficit en insuline dans les formes du diabète dit « insulinodépendant », ou à restaurer la capacité des cellules de l’organisme à absorber le glucose en réponse à la présence d’insuline (cas des diabètes dits « non-insulinodépendants ».) La médecine chinoise, elle, voit les choses différemment.

L’approche de la médecine chinoise

Avant tout, il existe deux concepts importants dans la médecine chinoise. Il s’agit de la théorie du Yin et du Yang et de la théorie du Triple Foyer, connue sous le nom de San Jiao en chinois. La théorie du yin et du yang stipule que toute chose est composée d’éléments opposés, mais interdépendants – le yin et le yang. Dans la nature, les exemples d’éléments mutuellement dépendants et pourtant opposés sont innombrables, tels que l’alternance des saisons, le jour et la nuit et même à l’échelle du microcosme – les charges positives et négatives des protons et des électrons… l’insuline et le glucagon.

Cette théorie est appliquée en médecine chinoise dans son approche de la structure du corps humain, aussi bien que dans la compréhension de l’étiologie des maladies et des traitements proposés. Par exemple, la partie supérieure du corps est considérée comme yang, la partie inférieure comme yin, les différents organes correspondent aussi à ces deux principes. La mauvaise santé est conçue comme due à un déséquilibre entre ces « souffles », par la domination d’un élément sur l’autre. Une bonne santé revient à obtenir l’harmonie de ces éléments.

La théorie de San Jiao ou du Triple Foyer est un système utilisé dans le diagnostic des maladies. Une maladie est classée selon son emplacement dans le foyer supérieur, moyen ou inférieur. Ceux-ci se réfèrent respectivement aux parties supérieures, moyennes et inférieures du corps. Chaque foyer correspond aussi à un ensemble d’organes. Ce système est principalement utilisé dans la pratique de la phytothérapie chinoise.

Comment la médecine Chinoise perçoit-elle le diabète?

En chinois, le diabète se nomme Xiao ke ou « syndrome de la soif inutile ». La cause de ce syndrome est comprise comme un manque de Yin (principe féminin, symbolisé par la lune, l’ombre…) dans l’organisme, combiné à une chaleur pathogène affectant les poumons, l’estomac et les reins. Lorsque le yin est déficient, la chaleur est produite, de la même manière, quand la chaleur est présente, il « consume » le yin.

Ainsi, les symptômes les plus communs du diabète sont une soif excessive, la faim et l’envie d’uriner, associée respectivement aux foyers supérieur (la bouche qui a soif), moyen (l’estomac qui a faim) et inférieur (la vessie qui doit se vider). Le diabète est identifié comme une dysharmonie globale liée à une carence en yin.

Dans la médecine chinoise, on considère que les personnes qui s’adonnent à l’alcool, aux aliments doux ou gras et ont un style de vie instable, malsain ou sédentaire ont tendance à développer le syndrome du Xiao ke. Des perturbations émotionnelles peuvent aussi favoriser le Xiao ke. Le manque en yin se manifeste par la léthargie, la faiblesse et un teint pâle. Les canaux d’énergie sont bouchés, causant une stagnation ou un épaississement du sang. Finalement, la « chaleur toxique » est produite. Ce qui consume les fluides des organes vitaux, provoque un dysfonctionnement et un désordre entre les poumons, l’estomac et les reins.

Comment la médecine chinoise soigne-t-elle le diabète?

La médecine chinoise ne mesure pas le taux de glucose dans le sang des malades comme le fait la médecine occidentale. Elle applique plutôt un traitement individualisé pour aborder et traiter les symptômes des patients individuellement.

Lorsqu’elle aborde le diabète, la médecine chinoise adopte une approche dite « holistique », englobante et fait des observations détaillées sur l’état actuel des patients. Elle le fait grâce à un diagnostic en quatre points: observer, écouter ou sentir, toucher et questionner. L’examen inclut l’analyse de la forme, de la couleur et du volume de la langue, la couleur et l’expression du visage, l’odeur de l’haleine et du corps et la force, le rythme et la qualité du pouls.

Les herbes chinoises peuvent aider à combler les manques en yin qui contribuent au diabète. En fonction des cas individuels, on prescrit des herbes qui stimuleront le yin dans les poumons, l’estomac, la rate ou les reins. On peut aussi recourir à l’acupuncture.

Tout comme la médecine occidentale, la médecine chinoise met l’accent sur une alimentation saine pour favoriser une bonne santé. Cependant, sa compréhension de l’impact des aliments sur l’organisme est différente : ce sont les propriétés énergétiques des aliments qui déterminent leur efficacité thérapeutique et non leur valeur nutritionnelle. Par exemple, on dit que l’épinard rafraîchit, il renforce les organes, étouffe la soif et active la miction. Les pousses de bambou et le bok choy ont aussi un effet rafraîchissant, le céleri tonifie les reins et enlève la chaleur, la courge cireuse est tout à fait efficace pour réguler la glycémie.

La phytothérapie constitue le coeur du traitement du diabète par la médecine traditionnelle chinoise. Les plantes les plus efficaces, non toxiques, qui ont une efficacité certaine d’après les livres anciens sont : la myrtille, le melon amer, l’oignon, l’ail, le fenugrec (bon quand on jeûne et pour abaisser le taux de sucre après les repas), le ginkgo biloba (qui améliore le flux sanguin au niveau des bras, des jambes, des doigts et des orteils) et enfin le ginseng.

 
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