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À la recherche des sons perdus de Notre-Dame

septembre 25, 2019 13:30, Last Updated: avril 2, 2021 13:51
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« L’orgue doit retrouver son petit cocon acoustique » : Mylène Pardoen, archéologue des paysages sonores, a été dépêchée au chevet de Notre-Dame de Paris pour restituer l’ « étrange sonorité » de la cathédrale en partie incendiée.

Au même titre que la lumière filtrée par les vitraux ou l’odeur très particulière des cierges, les sons d’une cathédrale font partie de son ADN. L’acoustique d’un tel lieu dépend de son architecture, des matériaux utilisés, du mobilier choisi… mais aussi du tissu urbain environnant.

« Chaque église, chaque cathédrale possède son acoustique unique, son petit ressenti particulier », explique à l’AFP Mylène Pardoen, ingénieure de recherche à l’Institut des Sciences de l’Homme (ISH) de Lyon.

Un élément en bois, par exemple, ne sonnera pas comme un en pierre.

À Notre-Dame, ce cocktail unique est parti en fumée le 15 avril quand l’incendie a laissé la cathédrale avec trois trous importants dans sa voûte.

Actuellement de nombreux sons

« Maintenant, il y a plus de son ! », regrette Mylène Pardoen, juste les bruits extérieurs qui passent par les trous, le raffut des robots qui épaulent les ouvriers ou des aspirateurs…

De sa première visite dans la cathédrale incendiée, en juillet, la spécialiste retient également l’odeur « du bois brûlé, du plomb fondu » et la forte luminosité due aux trous dans la toiture et l’absence des vitraux.

La scientifique du CNRS, passionnée d’histoire, coordonne le groupe acoustique du « chantier CNRS Notre-Dame », missionné pour cinq ans. Le rôle de ces experts: identifier les meilleures stratégies de restauration pour que la cathédrale retrouve son acoustique initiale.

Pour cela, Mylène Pardoen et son collègue Brian Katz, acousticien, disposent d’un relevé acoustique de 2013, leur point de départ.

L’ingénieure va également « remonter dans le temps ». Avec l’aide de spécialistes et d’historiens, elle va recréer l’intérieur et l’extérieur de la cathédrale et en déduire « les ambiances sonores de Notre-Dame pour une époque donnée ». 

Un travail minutieux, car l’emplacement et la taille des chapelles a pu changer, les allées être déplacées, des corniches et du mobilier modifiés. Même le tissu urbain est aujourd’hui complètement différent, le parvis par exemple était bien plus petit. « Tout cela a une incidence directe sur ce que l’on peut entendre. »

Retrouver les sons, leurs saveurs d’avant le drame

Ensuite à l’aide d’un modèle virtuel, les deux spécialistes pourront prédire comment reboucher les trous, orienter notamment le choix des carrières où seront prélevées les pierres destinées à la voûte.

« Quand nous saurons qui a remporté les différents appels d’offre, nous irons voir les artisans sélectionnés. Et nous ferons également des relevés à chaque travaux validés, que ce soit sur la voûte ou sur autre chose, pour réadapter le modèle et dire ça peut aller où ça ne peut pas aller », décrit-elle.

Les experts du son feront aussi des « préconisations », même si le choix final ne sera pas de leur ressort : « Le scientifique n’a pas la main sur le politique ». 

Mylène Pardoen pense pouvoir commencer à faire des relevés dans la cathédrale fin octobre, début novembre.

D’ici là, il lui faudra trouver les financements, notamment pour le matériel qui ne pourra pas ressortir de la cathédrale car il sera « pollué ». « Il n’y a pas de porosité entre ce qui a été donné et nos travaux », précise-t-elle, il n’est donc pas question de bénéficier des nombreux dons faits après l’incendie.

Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle fera son possible pour que les sons retrouvent leurs saveurs d’avant le drame. Notamment pour les chœurs et l’orgue : « L’instrument a été construit presque sur mesure, pour une acoustique donnée », dit-elle. « Il est question de patrimoine musical. »

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