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Au Pakistan, la nourriture est disponible, mais la malnutrition fauche les enfants

mars 24, 2019 7:25, Last Updated: mars 24, 2019 7:30
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Le Pakistan, à l’économie largement agricole, exporte chaque année des millions de tonnes de céréales. A Mithi, petite ville du Sud désertique, comme ailleurs dans le pays, des dizaines de patients souffrant de malnutrition franchissent pourtant chaque jour les portes de l’hôpital.

Une mère, paniquée, se rue dans le service pédiatrique de cet établissement. Dans ses bras, son minuscule bébé de sept mois, les yeux vides et le visage émacié, ne pèse que 2,5 kilos. Soit près de trois fois moins que le poids requis à cet âge. Rapidement pris en charge, le nourrisson rejoint neuf autres bébés. Tous sont sous perfusion. Ils geignent dans des incubateurs, des canules dans le nez.

L’une des mères, Nazeeran, 25 ans, se désole, impuissante. « Son poids chute alors que nous avons consulté de nombreux médecins pour qu’ils la traitent malgré notre pauvreté », explique-t-elle à l’AFP, tout en tenant la main de sa petite fille aux yeux écarquillés. Sur les 150 à 250 patients visitant quotidiennement l’hôpital civil de Mithi, environ un sur cinq souffre de malnutrition, estime le Dr Dilip Kumar, chef du service pédiatrique.

Les conséquences sont dramatiques en termes de mortalité infantile. 

Avec 74,9 enfants sur 1.000 décédant avant leurs 5 ans, le Pakistan, pourtant quarantième économie au monde, se classe au niveau des pays africains les moins avancés, selon la Banque mondiale. Par opposition, ce ratio est de 39,4/1.000 en Inde et de 4,1/1.000 dans l’Union européenne.

L’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires place de son côté le Pakistan au 106e rang sur 119 pays comptabilisés dans son indice de la faim dans le monde. Un cinquième des plus de 200 millions de Pakistanais sont mal nourris, note ce centre de recherche, qui qualifie la situation du pays de « grave, presque alarmante ».

Le Pakistan n’est pourtant pas en manque de denrées. Il devait exporter 500.000 tonnes de blé et 7,4 millions de tonnes de riz entre mai 2018 et avril 2019, d’après le département de l’agriculture américain.  Le Pakistan fait aussi face à un excédent de pommes de terre, selon le quotidien Dawn.

Mais ce n’est pas parce que la nourriture est disponible au niveau national que les gens y ont accès localement, expliquent plusieurs experts. Dans la région de Tharparkar, dont Mithi est la capitale, il n’y a ainsi ni disponibilité des denrées, ni accessibilité, explique Ambreen Fatima, une économiste de l’université de Karachi.

Des enfants n’avaient jamais vu une pomme

Se pose aussi la question du coût des aliments: « Le plus gros défi est de rendre abordables » les produits alimentaires au Pakistan, commente Kaiser Bengali, un économiste spécialisé dans la pauvreté et la famine. Dans l’une des enquêtes qu’il a réalisées à Karachi, la capitale financière du pays, Kaiser Bengali raconte avoir « rencontré des enfants qui n’avaient jamais vu une pomme » ou « une famille qui n’avait jamais mangé d’œufs de toute sa vie ».

D’après le Département du Plan pakistanais, une entité publique, 40% de la population vit dans un état de « pauvreté multidimensionnelle », ce qui signifie qu’outre l’argent, ces personnes manquent de services de base, comme la santé, l’eau potable ou l’électricité, qui font qu’elles ont parfois du mal à se nourrir.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « de mauvaises infrastructures, particulièrement dans les zones rurales reculées du Pakistan, limitent aussi l’accès à la nourriture ». Tout comme l’eau de mauvaise qualité, le manque d’hygiène, d’éducation et de services de santé « contribuent à une plus grande insécurité alimentaire et à la malnutrition », insiste la FAO.

Alors que les politiciens pakistanais expliquent l’importante mortalité infantile du district de Tharparkar par la sécheresse régnant dans cette zone désertique, les véritables raisons sont en fait complexes. La malnutrition est ainsi générée par « de fréquentes grossesses, des mariages (trop) jeunes, une carence en fer des mères, (un manque) d’allaitement, une immunisation basse et un sevrage précoce », énumère le Dr Kumar, le pédiatre en chef de l’hôpital de Mithi.

Seuls 38% des bébés sont nourris exclusivement au sein au Pakistan pendant leurs six premiers mois, du fait de traditions locales, de mères trop occupées ou du puissant marketing de l’industrie du lait. Nombre de mamans sont également encouragées à nourrir leurs nouveaux-nés de thé ou d’herbes, ce qui occasionne des retards de croissance. L’utilisation du lait en poudre, mélangé à une eau impure, peut se révéler tout aussi désastreuse.

Que le Pakistan exporte des millions de tonnes de céréales a ainsi peu à voir avec la haute mortalité infantile sévissant dans le pays. Et comme l’observe l’économiste Kaiser Bengali, un jeune enfant n’est de toute façon « pas nourri avec du blé ou de la nourriture solide. »

D.C avec AFP

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