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Birmanie: les motivations derrière le coup d’Etat de l’armée

février 2, 2021 14:31, Last Updated: février 2, 2021 14:31
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Un pays qui pourrait retomber au ban des nations, des risques économiques accrus en pleine pandémie et la remise en cause d’un système largement favorable à l’armée: au lendemain du coup d’État en Birmanie, les experts s’interrogent sur les motivations des militaires.

« Le putsch a surpris », relève Sophie Boisseau du Rocher de l’Institut français des relations internationales. « Il y avait des frictions depuis longtemps entre le gouvernement civil et les militaires, mais on ne pensait pas qu’ils passeraient à l’acte aussi soudainement ».

Des soldats et des véhicules blindés déployés autour du parlement, la dirigeante Aung San Suu Kyi placée en résidence surveillée, une vague d’arrestations: les événements de lundi réveillent de très mauvais souvenirs chez les Birmans qui ont vécu, depuis l’indépendance du pays en 1948, sous le joug de la dictature militaire pendant près de 50 ans.

Motif invoqué : irrégularités lors des législatives de novembre

Les généraux ont motivé leur passage en force en invoquant des irrégularités lors des législatives de novembre, remportées massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, des accusations démenties par la commission électorale.

Leur putsch a déclenché un concert de condamnations internationales dont celle du président américain Joe Biden qui a fait planer la menace de sanctions.

Ces événements « nuisent considérablement à l’image du pays, déjà ternie par le drame des musulmans Rohingyas », souligne Sebastian Strangio, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Asie du Sud-Est. Plus de 750.000 ont fui en 2017 les exactions de l’armée pour se réfugier au Bangladesh, une crise qui vaut à la Birmanie d’être accusée de « génocide » devant la Cour internationale de Justice (CIJ), plus haute juridiction de l’ONU.

Fragile équilibre 

Le coup d’État détruit aussi le fragile équilibre entre le gouvernement civil et les militaires, qui était pourtant largement favorable à ces derniers.

L’armée s’est en effet octroyée une constitution sur mesure en 2008 qui lui permet de maintenir une grande emprise sur la politique birmane même quand elle n’est pas au pouvoir: elle contrôle trois ministères régaliens (Armée, Sécurité intérieure et Frontières) et 25% des sièges au Parlement. Elle est aussi, à travers de puissants conglomérats, au cœur de l’économie du pays.

« Les relations entre le gouvernement civil et les militaires s’étaient compliquées », souligne Hervé Lemahieu, expert auprès de l’institut Lowy en Australie, pour expliquer la crise actuelle.

« Ce régime hybride, pas tout à fait autocratique ni tout à fait démocratique, s’est effondré sous le poids de ses propres contradictions ».

Les sujets de discorde étaient nombreux. Aung San Suu Kyi ne pouvait prétendre à la fonction de présidente, d’après la constitution. Mais, son habileté à s’inventer un poste sur mesure (Conseillère d’État) pour diriger de facto le pays a fortement déplu aux généraux.

Les désaccords se sont aussi accumulés sur les pourparlers de paix avec les factions rebelles, la réforme constitutionnelle à laquelle l’armée était opposée et qui était une priorité de la nouvelle législature pour la LND.

Plus de 80% des sièges aux élections

La victoire massive (plus de 80% des sièges) de la Ligue nationale pour la démocratie aux élections de novembre « a encore exacerbé les tensions, convainquant le chef de l’armée, Min Aung Hlaing, que la constitution n’était plus un rempart suffisant » pour protéger les prérogatives des militaires, estime Sebastian Strangio.

Le général, qui concentre désormais l’essentiel des pouvoirs, est proche de la retraite et les experts estiment que ce coup permet aussi de répondre à ses ambitions politiques personnelles.

L’armée semble pour le moment peu soucieuse des condamnations internationales, d’autant que le puissant voisin chinois s’est bien gardé de critiquer qui que ce soit, demandant simplement aux parties de « résoudre les différends ».

« Je ne pense pas que le risque d’opprobre international préoccupe les hauts gradés », estime Renaud Egreteau, expert de la Birmanie à l’Université de Hong Kong.

Personnalité « quasi mythique qu’est Aung San Suu Kyi » dérange

Leur principale priorité est d’essayer de trouver une parade face à la personnalité « quasi mythique qu’est Aung San Suu Kyi », toujours adulée dans son pays.

Cette dernière a appelé à résister face aux militaires, des appels à la « désobéissance civile » ont été lancés sur les réseaux sociaux et des troubles pourraient éclater dans le pays.

« Y aura-t-il des manifestations d’autant que la population souffre déjà de la pandémie? Comment va réagir le puissant clergé bouddhiste? Autant de questions en suspens. Mais les militaires birmans n’ont jamais eu peur de prendre les armes », rappelle Sophie Boisseau du Rocher, une allusion à la répression sanglante de 1988 qui a fait quelque 3.000 morts.

 

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