EUROPE

Comprendre et prévenir les fausses couches grâce à une prise de sang

mai 17, 2023 11:50, Last Updated: mai 17, 2023 12:40
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Mieux comprendre les fausses couches et, dans certains cas, aider à les prévenir : une équipe dirigée par une gynécologue danoise vient de montrer qu’une simple prise de sang permettait de mieux expliquer pourquoi une grossesse échoue.

Ne pas voir une grossesse aller à son terme touche une femme sur dix au cours de sa vie, souvent davantage dans les pays où les procréations sont de plus en plus tardives. Basés près de Copenhague, Henriette Svarre Nielsen et son équipe viennent de publier dans la revue scientifique The Lancet des travaux permettant d’établir si une fausse couche est due, ou non, à une anomalie chromosomique.

Un test qui peut être fait en tout début de grossesse

Contrairement à ce qui était admis auparavant, le test peut être utilisé au tout début d’une grossesse, dès la cinquième semaine. « Si la grossesse est interrompue, nous pouvons effectuer une prise de sang sur la mère pour connaître les caractéristiques génétiques du fœtus », explique à l’AFP Mme Svarre Nielsen. Jusqu’à présent, un test similaire n’était proposé au Danemark qu’après trois fausses couches consécutives, si la grossesse atteignait dix semaines de gestation ou plus. « On est en 2023, on doit être au-delà du simple nombre en tant que critère déterminant un examen », affirme la pétulante quinquagénaire. Désormais, à Hvidovre, toutes les femmes qui viennent de faire une fausse couche et sont venues aux urgences se voient proposer le test. Plus de 75% acceptent.

Une base de données fiable et unique 

« Pour moi, c’était évident de participer. Ça aide à comprendre », dit l’une d’elles, sous couvert d’anonymat car elle n’en a pas parlé avec tous ses proches. Isolé puis séquencé après la prise de sang, l’ADN de l’embryon ou du fœtus est analysé pour déterminer s’il est porteur d’une anomalie chromosomique importante et donc non-viable, la réponse étant positive dans 50 à 60% des cas. Les médecins « verront si (les nombres de) certains chromosomes sont plus problématiques que d’autres. Ils pourront ainsi déterminer le risque à l’avenir », explique la laborantine Lene Werge.

En l’absence d’anomalie chromosomique, l’enquête minutieuse des médecins commence. « On peut commencer à poser des questions : est-ce que c’est ça, ça ou ça ? », s’enthousiasme Mme Svarre Nielsen. Déséquilibres hormonaux, maladies endocriniennes, problèmes de coagulation ou encore mode de vie peuvent expliquer une interruption précoce de grossesse. Aux médecins de déterminer les risques et de proposer un traitement.

Lancé en 2020, le projet, intitulé COPL, est toujours en cours et doit permettre de constituer une base de données unique, en rassemblant des pathologies différentes grâce à la cohorte de femmes la plus vaste jamais rassemblée. « Nous allons disposer d’une base de données fiable pour répondre correctement aux questions relatives aux fausses couches, à la reproduction, mais aussi à la santé des femmes en général », note l’universitaire.

Un sens à la peine et au chagrin

Médecin depuis plus de 20 ans, elle veut faire évoluer les pratiques des soignants. « Les fausses couches sont quelque chose de très commun, elles correspondent à 25% de toutes les grossesses. Même si elles sont aussi fréquentes, pendant de très nombreuses années, on s’est contenté de vider l’utérus après la perte de grossesse » sans s’intéresser aux mécanismes qui la causaient ou l’impact sur la santé mentale des couples, déplore-t-elle.

Avant d’avoir ses deux enfants, Rikke Hemmingsen a fait trois fausses couches. Aujourd’hui, elle se passionne pour le projet qui lui « donne l’espoir que moins de femmes aient à vivre ce que nous avons vécu ». « Cela donne une signification à toute la peine et à toute la tristesse que représente chaque perte de grossesse », dit-elle.

Un tabou qui rend plus difficile l’accès aux traitements adéquats

Drames souvent intimes, les fausses couches sont rarement évoquées en public et quand elles le sont, les réactions sont parfois malhabiles. « Le fait que tout le monde dise « c’est normal » ne rend pas la chose plus normale ou moins triste pour la personne à qui cela arrive. Mais apparemment, cela nous incite à ne pas en parler », regrette la jeune femme. Ce tabou peut rendre plus difficile l’accès aux traitements adéquats.

« Nous devons commencer à en parler plus ouvertement. Sinon, comment dire aux gens qu’il y a des spécialistes dans ce pays qui peuvent vous aider ? », estime cette journaliste âgée de 39 ans. Selon Mme Svarre Nielsen, à terme, les résultats de l’étude pourraient permettre d’empêcher 5% des 30 millions de fausses couches annuelles dans le monde.

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