Guy de la Fortelle : « Ils sont en train de faire un appauvrissement général ! »
18 avril 2022 ESPRIT DE LIBERTÉ

Guy de la Fortelle est le directeur de Pando Éditions, une maison d’édition indépendante spécialisée dans l’économie et la finance.

Il est également rédacteur du service d’information économique et financière L’Investisseur sans costume, qui vise à fournir aux particuliers une analyse de qualité institutionnelle à travers des articles et des vidéos consacrés à l’investissement.

Nous l’avons rencontré pour évoquer les conséquences économiques et financières des sanctions prises par l’Union européenne (UE) contre la Russie dans le cadre de la guerre avec l’Ukraine, mais aussi les enjeux de la mise en place des Monnaies numériques de banque centrale (MNBC), et notamment de l’Euro numérique, ainsi que les affaires dites du « BlackRock Gate » et du « Rothschild Gate » qui ont émaillé la campagne d’Emmanuel Macron pendant l’élection présidentielle.

Pour Guy de la Fortelle, les sanctions prises par l’Union européenne (UE) à l’encontre de la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine risquent de mettre à mal l’économie des pays membres, dont beaucoup dépendent de Moscou en matière d’énergie.

« Si demain Poutine coupait le gaz on ne tiendrait pas deux ans, on tiendrait peut-être deux semaines, plutôt deux jours… Le rapport de force économique et financier nous est totalement défavorable. »

Selon Guy de la Fortelle, les sanctions occidentales prises dans l’optique d’affaiblir l’économie russe n’ont d’ailleurs pas porté leurs fruits, Moscou s’étant préparé à cette éventualité depuis longtemps et pouvant également compter sur le soutien économique de la Chine.

« Poutine s’est préparé à cette guerre. La Russie dispose de plus de deux ans de réserves de change sur les réserves qu’on ne lui a pas gelées, elle a de quoi tenir un bon moment malgré les sanctions. »

« L’Union européenne se tire une balle dans le pied. Nous n’avons absolument aucun intérêt à cette guerre. L’Europe a tout à perdre, rien à gagner. L’Ukraine est la grande sacrifiée de cette confrontation, et derrière l’Ukraine c’est nous. »

Le président russe Vladimir Poutine préside une réunion sur les questions économiques à Moscou, le 17 février 2022. Crédit : Alexey Nikolsky/Sputnik/AFP via Getty Images.

D’après l’analyste, les sanctions prises par l’UE risquent de porter un coup sévère à la croissance des 27 étant donné la forte corrélation entre le Produit intérieur brut (PIB) et la consommation d’énergie.

« Quand la Commission européenne dit qu’il faut baisser notre consommation d’énergie de 17%, c’est un appauvrissement. Aujourd’hui, les populations sont contre cet appauvrissement, et elles ont raison de l’être car cet appauvrissement est concomitant à un enrichissement absolument massif et insupportable de quelques-uns. »

Outre l’inflation énergétique liée aux sanctions prises contre la Russie, la zone euro est également confrontée à un risque monétaire de par la politique suivie par la Banque centrale européenne depuis plusieurs années, qui consiste notamment à racheter massivement les dettes souveraines des États membres, mais aussi les dettes d’entreprises privées.

Un enjeu dont les conséquences risquent d’être bien plus importantes selon Guy de la Fortelle.

« Le système bancaire européen tout entier est en faillite, il est zombie et il est simplement maintenu en espèce de coma artificiel. […] Vous êtes sur un système qui fonctionne sur la dette. Ce système est plus qu’épuisé. »

« Nous sommes en crise terminale car le problème d’endettement s’est déplacé petit à petit des entreprises vers les banques centrales. Aujourd’hui, la bombe a migré vers le cœur du système. »

Au cours de notre entretien, Guy de la Fortelle est aussi revenu sur le dispositif de l’identité numérique sur lequel travaille la Commission européenne, ainsi que sur l’Euro numérique, une monnaie digitale qui serait émise par la Banque centrale européenne et qui fait actuellement l’objet d’un projet pilote.

Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée du Numérique et de la Concurrence, et Thierry Breton, commissaire européen pour le Marché intérieur, présentent le projet d’identité numérique européenne pendant une conférence de presse à Bruxelles, le 3 juin 2021. Crédit : STEPHANIE LECOCQ/POOL/AFP via Getty Images.

Pour Guy de la Fortelle, en étant associé au mécanisme de l’identité numérique, cet Euro numérique pourrait potentiellement fonctionner comme une monnaie programmable et permettre la mise en place d’une forme de crédit social.

« Celui qui va écrire le code informatique qui va définir votre nouvelle monnaie digitale va définir ce que vous avez le droit de payer, ce que vous n’avez pas le droit de payer, ce que vous avez le droit d’acheter, ce que vous n’avez pas droit d’acheter. »

« C’est une soviétisation dans le sens où vous avez un système qui est à bout de souffle et qui devient policier plutôt que de se réformer. »

Et l’analyste financier de souligner : « Il faut bien voir que le contrôle social est la seule manière que le système ne s’effondre pas. »

« Il ne faut pas oublier que l’URSS est condamnée en 1923, à peu près. Pourtant, ça tient jusqu’en 1991. Pourquoi ? Parce que vous avez un État policier qui s’est mis en place. Ici, c’est pareil, le système est foutu mais peut tenir si un État policier se met en place. »

« Si nous arrivons à un système totalement policier, nous verrons ce qui se passait en URSS, les gens mettront en place des économies parallèles, des vies parallèles. C’est ça qu’il faut préparer aujourd’hui. »

Lors de notre entretien avec Guy de la Fortelle, nous avons aussi évoqué les liens entre le fonds d’investissement BlackRock et Emmanuel Macron.

Poids lourd de la finance mondiale avec près de 10 000 milliards d’actifs sous gestion directe et environ 20 000 milliards via la plateforme électronique Aladdin, BlackRock dispose d’un pouvoir et d’une influence considérables dans de nombreux domaines.

Géant mondial de la gestion d’actifs, le fonds d’investissement BlackRock a son siège à New York, aux États-Unis. Crédit : Andrew Burton/Getty Images.

« Ils sont actionnaires de référence de Pfizer comme de Merck, comme de tous les grands groupes pharmaceutiques américains », souligne Guy de la Fortelle.

Selon lui, BlackRock dispose également de moyens de pression colossaux vis-à-vis de l’État français.

« Depuis 2017, BlackRock se met à surpondérer la dette française dans ses achats d’actifs. Mais il peut revendre ces actifs. Dans le système actuel, BlackRock est capable de mettre à genoux n’importe quel président de la République en revendant les dettes qu’il a rachetées. BlackRock a donné un plat de lentilles à Emmanuel Macron, mais si demain Emmanuel Macron ou un autre n’est pas conforme, il revend les dettes françaises. Quand on dit que les marchés attaquent la signature de la France ou des entreprises, les marchés aujourd’hui c’est BlackRock. »

« BlackRock a obtenu une telle puissance par sa taille, par son poids, que lorsque l’on dit les marchés, vous pouvez dire BlackRock. C’est aussi simple que ça. Il n’est pas tout seul, il faut rajouter des fonds comme Vanguard ou State Street, il faut rajouter tout un environnement, ces gens-là chassent en meute. Mais BlackRock est le chien de tête. »

Larry Fink (au centre), PDG de BlackRock, participe à une réunion sur le changement climatique avec Emmanuel Macron et Yves Perrier (à gauche), directeur général du fonds de gestion d’actifs Amundi, organisée au palais de l’Élysée le 10 juillet 2019.

« Vous avez quelqu’un qui est en mesure de dicter ce qu’il veut à un président de la République française. Le président peut éventuellement dire non, il peut choisir la confrontation même si elle est douloureuse. Mais depuis cinq ans, Emmanuel Macron a choisi de prendre le plat de lentilles offert par BlackRock et de vendre les intérêts stratégiques de la France. »

« En ouvrant le coffre-fort des retraites, ce qu’il est en train de faire, en laissant partir des fleurons nationaux aux États-Unis, Emmanuel Macron sert la politique de BlackRock. »