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« Où sont les hommes véritables ? » Ce manuel de bonnes manières de 1881 peut faire de vous un gentleman

février 6, 2022 23:45, Last Updated: février 7, 2022 13:06
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Ce qui suit est un extrait de « Our Deportment, or the manners, conduct, and dress of refined society » (Notre comportement, ou les manières, la conduite et l’habillement d’une société raffinée, ndt.), un recueil de bonnes manière rédigé par John H. Young A.M. et publié en 1881. Nous le republions dans l’espoir de promouvoir une conduite éduquée parmi les hommes (jeunes et moins jeunes) à une époque où elle tend à s’effacer.



Nos manières.

Tous évitent une personne malpolie, même si elle est bien intentionnée. Les bonnes manières sont perçues comme le reflet de la moralité. Une personne impolie est souvent considérée comme étant une mauvaise personne. On juge souvent le caractère de quelqu’un à sa manière de dire ou de faire les choses. Son regard, le ton de sa voix et sa gestuelle peuvent révéler ses pensées et ses sentiments, plus encore que ses paroles et ses actes, car ils sont involontaires. La manière dont on nous accorde une faveur ou une attention, nous touche souvent plus que l’acte lui‑même, car ce dernier peut avoir été motivé par la vanité, l’orgueil, ou quelque autre motif égoïste. La bienveillance ou la froideur avec laquelle la personne s’adresse à vous, vous prend la main, est moins susceptible de vous tromper. La manière de faire une chose, disait‑on autrefois à juste titre, insuffle vie et caractère à toute action. Rendre un service à contrecœur ou le refuser avec courtoisie peut éveiller les sentiments les plus nobles et leur contraire.

UN VRAI GENTLEMAN

La politesse est le reflet de la bienveillance dans les petites choses. Un homme bien élevé doit tenir compte des droits et des sentiments d’autrui, que ce soit dans les choses les plus triviales. Il reconnaît et respecte le caractère unique de chaque personne, tout comme il souhaite que les autres respectent le sien. En société, il est calme, avenant, discret, ne prend pas de grands airs et ne laisse pas entendre, ni par ses paroles ni par ses manières, qu’il se considère meilleur, plus sage ou plus riche que quiconque. Il ne se vante jamais ni ne cherche jamais à obtenir des compliments en minimisant ses réalisations. Par‑dessus tout, il se distingue par sa perspicacité et sa sympathie, son intuition et l’attention qu’il porte à de petites choses apparemment insignifiantes, mais qui sont susceptibles de faire plaisir ou de la peine aux autres. Lorsqu’il donne son avis, il s’abstient d’être dogmatique. Il écoute patiemment et respectueusement les autres. S’il ne partage pas leurs opinions, il reconnaît les limites de son raisonnement et explique sa pensée de manière à susciter le respect de tous ceux qui l’écoutent. La franchise et la cordialité marquent tous ses rapports avec ses semblables. Quelle que soit la classe sociale, l’homme le plus humble se sent immédiatement à l’aise en sa présence.

UNE VRAIE DAME

Calvert déclare : « La féminité est une émanation du cœur sublimée par la culture ». Deux conditions sont donc requises pour incarner ce raffinement : les qualités personnelles et une bonne éducation. L’auteur poursuit : « À son paroxysme, la féminité s’ancre dans une spiritualité et se manifeste par une grâce poétique. De la dame s’exhale un magnétisme subtil. Inconsciemment, elle s’entoure d’une aura de force imperturbable qui, à ceux qui y pénètrent, donne confiance et quiétude. Sous son influence, les timides prennent de l’assurance, les impudents sont maîtrisés, les inconsidérés sont réprimandés, les grossiers deviennent polis, et les raffinés se perfectionnent. Tous sont aspirés, à leur insu, par la dignité souple, la douceur dominante, la féminité absolue de son regard, de sa parole et de son comportement. C’est une influence purement spirituelle. Toute influence, réelle et durable, est spirituelle. Il s’agit du règne de la lumière sur l’obscurité, de la droiture sur la brutalité. Les seuls véritables gains sont les gains spirituels il s’agit d’assujettir le grossier avec l’intangible, le corps avec l’âme, l’animal avec l’humain. Les actes les plus raffinés et les plus caractéristiques d’une dame relèvent d’une ascension spirituelle, d’un dépassement de soi. Dans son être et son comportement, la patience, la générosité, la bonté sont les grâces qui donnent forme aux vertus authentiques. »

Comment savoir si vous êtes en compagnie de gens bien élevés ? Si vous vous trouvez en compagnie de personnes avec qui vous ne vous sentez pas à l’aise, c’est que vous n’êtes pas en compagnie de vraies dames ou de vrais messieurs, mais dans une situation de faux‑semblants. Les gens bien élevés ne se sentent à l’aise qu’en compagnie de gens bien élevés.

L’IMPORTANCE DES PETITES CHOSES

Certaines personnes ont l’habitude de déprécier les petites choses. Or, les bagatelles, il faut le rappeler, composent entièrement la vie humaine. On se souvient souvent de petites incivilités, d’impolitesses et d’omissions dont les hommes se rendent coupables, sans réfléchir, ou par manque de sympathie. Or, les actes de plus grande importance accomplis par ces mêmes personnes sont souvent oubliés. Il n’y a pas de société où les sourires, les regards agréables et les esprits amicaux ne sont pas accueillis et considérés comme plus importants que les rhétoriques savantes ou les réflexions élaborées. Les petites attentions, qui sont comme la petite monnaie de la vie, peuvent sembler être de piètre importance, mais, telles les pièces de monnaie qui finissent par former une grande fortune, elles doivent leur importance à leur répétition et leur accumulation.

LA VALEUR DES BONNES MANIÈRES

L’homme qui réussit dans tous les domaines de la vie est presque immanquablement celui qui a voulu être de bonne entente et apprécié des autres. Il a répondu de bon cœur aux occasions qui se présentaient à lui, par nature et par habitude, alors que son rival les a reniflé, froncé les sourcils et repoussées. « Les charmantes manières du duc de Marlborough », dit‑on, « ont souvent transformé un ennemi en ami. Il était plus agréable de se voir refuser une faveur par lui que d’en recevoir une d’un autre. Ce sont ses attentions personnelles qui l’ont rendu à la fois riche et grand. Son discours était si délicat qu’il pouvait dissoudre les jalousies et les animosités les plus féroces, apaiser les soupçons et tromper les manigances les plus subtiles. Son sourire charmant et son verbe gagnant, tout comme son épée tranchante, ont fait basculer le destin des empires. » Les bonnes manières de Charles James Fox l’ont préservé de toute aversion, même lorsqu’il a joué son dernier shilling et qu’il était politiquement l’homme le plus impopulaire d’Angleterre.

LES MANIÈRES ET L’APPARENCE PERSONNELLE

Des manières charmantes ne font pas que rehausser la beauté personnelle, elles cachent jusqu’à la laideur et enjolivent l’ordinaire. Un visage peu flatteur n’est pas nécessairement une condamnation, car les bonnes manières peuvent neutraliser les effets néfastes de regards rébarbatifs. Les bonnes manières du démagogue John Wilkes triomphait sur ses difformités physiques et morales, rendant même sa laideur agréable. Il se vantait auprès de Lord Townsend, l’un des plus beaux hommes de Grande‑Bretagne, qu’« avec une demi‑heure d’avance, il devancerait son autorité en conquérant le cœur de n’importe quelle femme du royaume ». Maribeau était probablement le Français le plus laid, son apparence étant si hideuse qu’on le comparait à un tigre atteint de la variole. Pourtant, ses manières distinguées était telles qu’aucun gai luron n’avait, accroché à sa ceinture, un plus grand nombre de cœurs féminins.

DES FORTUNES CONSTRUITES GRÂCE AUX BONNES MANIÈRES

De nombreux hommes de toutes les professions et de tous les milieux avocats, médecins, prêtres, marchands, commis et mécaniciens – ont construit leur fortune grâce aux bonnes manières. Les exemples sont si nombreux que chacun peut en nommer. Une personnalité politique dont les manières sont courtoises, gracieuses et agréables se trouve facilement avantagé dans sa course contre ses rivaux. Un tel homme sait conquérir le coeur de chaque électeur avec qui il parle. La courtoisie est à l’homme ce que la beauté est à la femme. Elle crée une impression instantanée en sa faveur, alors que la rudesse ou la grossièreté suscite rapidement un préjugé en sa défaveur. C’est un ornement dont la valeur dépasse celle des plus magnifiques vêtements ou bijoux. Ainsi, Lord Chesterfield estimait que l’art de plaire consistait, en vérité, à s’élever, se distinguer, faire bonne figure et enfin, faire fortune. Il y a quelques années, un commerçant de Londres avait acquis une telle réputation de courtoisie et de patience inépuisable qu’il était impossible, disait‑on, de provoquer chez lui la moindre expression d’irritabilité et de vexation. Une dame de haut rang, apprenant son impressionnante équanimité, décida de la mettre à l’épreuve et lui dispensa toutes les contrariétés avec lesquelles un client expérimenté sait taquiner un commerçant. Elle échoua dans sa tentative de le vexer et de l’irriter, et le fit avancer, finalement, dans ses activités commerciales. Cet homme s’éleva jusqu’à une position enviable, prenant appui sur la politesse. Comme ce vendeur, des centaines d’hommes doivent leur succès à leur adresse et à leurs manières agréables.

CULTIVER LES BONNES MANIÈRES

Cultiver des manières agréables et affables devrait occuper une place importante dans l’éducation de tout individu, quelle que soit sa vocation ou son statut social. Beaucoup de gens accordent peu d’importance aux conventions. Or les bonnes manières conjuguent l’esprit et la forme, l’esprit agissant sur la forme. La première loi des bonnes manières, qui résume toutes les autres, est la suivante : « Tu aimeras ton prochain comme toi‑même ». La vraie courtoisie est simplement l’application de cette règle d’or à toute notre conduite sociale, ou, comme on l’a heureusement définie, « la vraie gentillesse, exprimée avec gentillesse ». On peut la rencontrer dans la hutte de l’Arabe, dans la cour du Turc, dans le taudis de l’affranchi et dans la chaumière de l’Irlandais. Même les hommes chrétiens manquent parfois à la courtoisie, la considérant comme une marque de faiblesse ou la négligeant par simple étourderie. Pourtant, conjuguée aux autres vertus du chrétien, son influence pour le bien des autres s’en trouve puissamment accrue, car c’est par elle qu’il conquiert des cœurs. Un vieil écrivain anglais a dit respectueusement de notre Sauveur : « Il a été le premier vrai gentleman qui ait jamais vécu ». L’influence de nombreux hommes de bien serait plus que doublée s’ils étaient moins rigides et plus conciliant. La douceur en société, dit‑on, « est comme l’influence silencieuse de la lumière qui donne sa couleur à toute la nature. Elle est bien plus puissante que le bruit ou la force, et bien plus féconde. Elle se fraie un chemin silencieusement et avec persistance comme la plus petite jonquille au printemps, qui soulève la motte et la repousse par la simple persistance de sa croissance ».

LA POLITESSE

La politesse, c’est la gentillesse reflétée à travers les bonnes manières. C’est l’expression de la bonté du cœur, de la noblesse et du courage. Or, certaines personnes ont une abondance de courage, de noblesse et de bonté de cœur, mais n’ont pas de bonnes manières. Nous ne pouvons que penser et parler d’elles comme étant non seulement impolies, mais même grossières et bourrues. C’est le cas du docteur Johnson, dont la grossièreté lui valut le surnom d’Ursa Major, et dont Goldsmith a dit en toute vérité : « Aucun homme vivant n’a le coeur plus tendre, il n’a de l’ours que sa peau ». Pour acquérir cette aisance et cette grâce des manières que possède et qui distingue toute personne bien élevée, il faut penser aux autres plutôt qu’à soi‑même, et s’efforcer de leur plaire, même à son propre détriment. « Traiter les autres comme vous voudriez qu’ils vous traitent » une règle d’or dans la vie. C’est cela la politesse, et elle implique l’abnégation, de nombreux combats et conflits. Il s’agit d’un art et de tact, non d’un instinct ni d’une inspiration. Une personne éminente a déclaré : « Une attitude noble et attrayante au quotidien découle de la bonté, de la sincérité et du raffinement. Et ces qualités s’acquièrent au fil des années, et non des moments. Le principe qui régit notre vie guide notre conduite. Sir Philip Sidney était le modèle du parfait gentleman pour toute l’Angleterre. Il était aussi un héros qui, sur le champ de bataille de Zutphen, repoussa le gobelet d’eau froide de ses propres lèvres fiévreuses et desséchées, et le tendit au soldat mourant à ses côtés ». Un chrétien, de par sa croyance et ses devoirs, est nécessairement, dans son esprit et dans son âme et donc en paroles et en actes un gentleman. Or, un homme peut être poli sans être chrétien.



Toutes les photos utilisées sont du domaine public.

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