OPINIONS

ANALYSE : L’activisme « woke » s’inspire des idées maoïstes, selon des professeurs en théorie stratégique

juillet 20, 2023 9:57, Last Updated: juillet 20, 2023 9:58
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Beaucoup de gens familiers des mouvements radicaux de gauche ont compris que c’est le maoïsme qui fait battre le cœur de l’activisme qui s’en prend à la civilisation occidentale. Le maoïsme peut être défini comme l’adaptation occidentale des pensées du leader communiste chinois Mao Zedong.

Les pensées de Mao ont influencé un grand nombre de figures majeures, et beaucoup de courants politiques activistes continuent de se revendiquer de ces personnalités. Pourtant, au-delà des simples idées, ce sont dans les résultats de leurs actions politiques en Occident que le communisme à la chinoise transparaît le plus. La révolution culturelle chinoise, le projet le plus cauchemardesque de l’ère Mao, en est un très bon exemple, selon David Martin Jones, professeur invité au département d’études sur la guerre au King’s College de Londres, et M.L.R. Smith, professeur de théorie stratégique à l’Australian War College, à Canberra.

« Il existe dans le maoïsme toute une structure intellectuelle, toute une architecture et, en fin de compte, toute une stratégie liées à l’idée qu’il faut perturber la société, perturber l’Occident, renverser l’ordre traditionnel », a expliqué M. Smith à Epoch Times.

Les auteurs ont résumé leurs conclusions dans leur ouvrage de 2022, « La stratégie du maoïsme en Occident : La colère et la gauche radicale ».

L’idée de départ du livre leur est venue lors des manifestations et des émeutes qui ont secoué les États-Unis ainsi que d’autres pays occidentaux en 2020, à la suite de la mort de George Floyd, tué par la police.

Des monuments ont été renversés ou dégradés, des personnalités conservatrices ou même proches de la gauche se sont fait alpaguer ou ont été « annulées » et des gens à tous les niveaux de la société se sont livrés à des mea culpa collectifs quant à leur « culpabilité de blancs ». Les auteurs, spécialistes de la question, ne pouvaient plus ne pas voir que ces scènes ressemblaient étrangement à la révolution culturelle communiste des années 1960 et 1970 : dénonciations généralisées des professeurs par leurs étudiants, destructions systématiques des reliques culturelles et autocritique forcée des membres du parti, censés confesser leurs soi-disant crimes anti-révolutionnaires.

La révolution culturelle, qui a duré une dizaine d’années, est allée beaucoup plus loin encore. Il est arrivé que des étudiants battent à mort leurs professeurs; des millions de personnes ont été exécutées ou torturées à mort, souvent après avoir avoué sous la contrainte des crimes inventés de toutes pièces.; des enfants, même en bas âge, ont été sauvagement assassinés. Les gens semblaient parfois habités par une soif frénétique de sang. L’Occident a été épargné, mais les deux professeurs insistent pour que toutes ces similitudes soient regardées de près.

S’agit-il d’une simple coïncidence historique ou existe-t-il un lien réel ?

« Il fallait vraiment élucider comment, en fait, les idées maoïstes sont arrivées en Occident, parce que la tendance générale de la pensée politique, du discours libéral en général, est de croire que c’est l’Occident qui a influencé l’autre », a déclaré M. Jones à Epoch Times.

« Très peu d’attention est accordée à la façon dont le maoïsme nous façonne, à la façon dont il a influencé la compréhension que les Occidentaux ont d’eux-mêmes. Et ce qui est devenu assez évident au fil de nos recherches, c’est que les idées de Mao ont profondément pénétré la pensée européenne de la gauche dès les années 60 ».

En pleine effervescence à Paris

De façon évidente, le maoïsme a influencé divers groupes terroristes communistes en Europe dans les années 1960 et 1970. On peut bien-sûr citer Lotta Continua en Italie, le gang Baader-Meinehof en Allemagne et, dans une certaine mesure, la Angry Brigade au Royaume-Uni. Quant aux communistes américains du groupe terroriste Weather Underground, ils ont appelé leur manifeste de 1974 « Prairie Fire », un slogan maoïste.

Mais c’est dans le milieu intellectuel et culturel des socialistes européens, et en particulier en France, que le maoïsme a exercé son influence la plus durable.

« Le problème à l’Ouest dans les années 60 c’est qu’on écrit encore l’Amérique avec un « K » comme un empire maléfique à cause de la guerre du Viêtnam », explique Jones.

« Dans le même temps, Moscou avait perdu de son pouvoir d’attraction en raison des activités du régime soviétique dans des pays comme la Hongrie et la Tchécoslovaquie. La Chine a donc acquis aux yeux de la gauche occidentale, de la nouvelle gauche occidentale, une signification nouvelle, plus élégante. »

Porter une veste à col Mao et feuilleter le « Petit livre rouge » sont devenus la marque du « cool » parmi les socialistes, ironise-t-il.

« Pour les anarcho-nihilistes occidentaux, il y avait quelque chose d’extrêmement attirant dans l’idée de démolir l’ancien, de démolir le corps professoral, de les traiter de « démons vaches » ou d' »influences noires » [des termes maoïstes]. Il y avait quelque chose de très excitant à démolir des monuments, à détruire des textes confucéens vieux de deux mille ans. Cet aspect du maoïsme a donc toujours été apprécié par la jeune génération à l’esprit anarchique ».

L’image de Mao en tant que « faiseur » et « briseur de choses » a séduit les « esprits blasés » des socialistes français, regroupés dans des institutions telles que la Sorbonne et l’École normale supérieure, explique M. Smith.

« Tout cela a profondément imprégné l’atmosphère universitaire, l’environnement universitaire de la rive gauche, de sorte que des penseurs aussi divers que Sartre, Althusser, Foucault, Derrida, le groupe Tel Quel, ont tous embrassé des aspects du maoïsme », explique M. Jones.

Cette interprétation occidentale du maoïsme a fourni une nouvelle façon de « déconstruire la pensée occidentale » qui a ensuite été avancée par des auteurs tels qu’Edward Said et Gayatri Spivak dans leur « théorie du discours post-colonial », a-t-il ajouté.

A la suite de ces gens-là, nous avons abouti, au fil du temps, à l’idée qu’il fallait « décoloniser les programmes scolaires », c’est-à-dire se lancer à l’assaut de notre propre culture, comme le préconisait Mao.

Lorsque l’Occident a commencé à mieux comprendre les horreurs de la révolution culturelle en Chine, le maoïsme a en apparence perdu beaucoup de son attrait. Mais ses idées avaient déjà été absorbées par la gauche.

« Lorsque des gens comme Foucault, Derrida, le groupe Tel Quel, ont pris conscience dans les années 70, un peu après coup, que la révolution culturelle de Mao avaient été très destructrice, ils ne se sont pas excusé et n’ont pas reconnu avoir fait preuve de bêtise, au contraire ils ont redoublé d’efforts sur des questions telles que les droits de l’homme, la révolution sexuelle, la pensée de la libération, qui inexorablement, avec le temps, ont été reprises dans les universités américaines de la Ivy League, où elles sont devenues très populaires à partir des années 80 », explique M. Jones.

« Le maoïsme a grandi en Chine, il s’est développé à Paris, mais c’est dans les écoles de l’Ivy League aux États-Unis qu’il a atteint son attrait mondial, et il est ensuite rentré dans le mode américain de pensée critique sur la race et le genre, qui maintenant arrive en Europe dans cette intéressante spirale de la pensée. »

Le maoïsme « à la mode occidentale »

Il est notoire que Mao éprouvait pour les libéraux de gauche de l’Ouest un profond sentiment de mépris. Pourtant, il ne rechignait jamais à chercher à les rallier à ses idées.

« Il était conscient de la sympathie de l’Ouest pour les communistes chinois », explique M. Jones. « Les libéraux de gauche ont toujours trouvé quelque chose de romantique dans le révolutionnaire chinois ».

C’est ainsi qu’une distinction s’est faite entre la « pensée de Mao », telle qu’on l’enseigne en Chine encore aujourd’hui, et ce que certains ont alors appelé le « maoïsme global », qui n’est rien d’autre qu’ « une doctrine adaptée à la consommation occidentale », explique-t-il.

« Dans les trois essais qu’il a écrits, les trois principaux essais philosophiques sur la lutte contre le libéralisme et sur l’anti-confucianisme, Mao est profondément conscient du caractère manipulable du libéralisme et a compris qu’il était possible de le retourner contre lui-même ».

Le maoïsme était quelque chose de beaucoup plus accessible que le socialisme à l’européenne.

Les socialistes occidentaux avaient tendance à accorder une grande place à la théorisation. Il fallait connaître la dialectique hégélienne, la critique de Hegel par Marx et la critique de Marx par l’école de Francfort.

« Le maoïsme a rendu tout cela superflu », explique M. Jones.

« Il suffisait juste de citer des slogans, par exemple il suffisait de dire : ‘les balles de la bourgeoisie sont enrobées de sucre' ».

Il s’agissait d’un socialisme simplifié à destination des diplômés et des pseudo-intellectuels de l’université, et le « Petit livre rouge » de Mao devenait une sorte de « guide marketing pour la révolution ».

« Il s’agit d’un message très simple, qui convient parfaitement aux gens sur Twitter. Il tient généralement en deux phrases et peut être utilisé à n’importe quelle occasion », s’amuse-t-il.

« Mao dispose d’un ensemble de slogans ou d’aphorismes qui répondent à cet objectif immédiat. C’est là tout l’intérêt. »

« Cela vous donnait l’air de savoir des choses, ce qui en dit long sur le caractère factice de tout ces gens-là. On a l’impression que les gens utilisent ces slogans pour cacher un grand vide ».

En outre, les concepts de « dialectique abstraite » et « l’intellectualisation de tous ces penseurs marxistes européens » étaient tout simplement « barbants » alors que Mao, lui, se contentait d’appeler les gens à « se mettre au travail et à faire la révolution », explique M. Smith.

« Pas besoin de s’asseoir et de lire un livre sur le sujet, pas besoin d’organiser un séminaire sur Herbert Marcuse ou Adorno ou Horkheimer, il faut juste se lever et démolir une statue ou la dégrader, se lever et participer à une manifestation et « canceller » quelqu’un – c’est ça que représente le maoïsme moderne. C’est un appel à agir ».

Le « royaume intérieur »

Depuis ses débuts, le maoïsme est particulièrement axé sur le contrôle de la pensée.

« L’un des aspects fascinants, ou sinistres, de la pensée stratégique maoïste est la manière dont il cherche à capturer et contrôler le domaine intérieur, le monde intérieur de l’individu », souligne M. Smith. « C’est cette notion selon laquelle un individu a besoin d’être reprogrammé encore et encore afin d’être transformé en l’outil révolutionnaire le plus opportun ».

Lors du premier mouvement politique de masse du Parti communiste chinois (PCC), qui s’est fait appelé la Rectification de Yan’an, et qui a duré de 1942 à 1945, chaque membre du Parti avait un dossier dans les « archives du personnel » qui détaillait sa vie entière.

« Les personnes devaient dresser la liste de toutes les personnes qu’elles connaissaient et ce, depuis leur naissance, ainsi que tous les événements importants de leur vie, avec la date et le lieu où ils s’étaient produits. Les gens devaient y revenir plusieurs fois, et toute omission était considérée comme un signe d’impureté », peut-on lire dans les « Neuf commentaires sur le Parti communiste », un livre publié en 2004 par Epoch Times, et qui détaille l’histoire et les méthodes du PCC. « Ils devaient décrire toutes les activités sociales auxquelles ils avaient participé, en particulier celles liées à l’adhésion au Parti, en mettant l’accent sur leur processus de pensée personnel au cours de ces activités sociales. »

Les dossiers étaient ensuite utilisés pour noter les membres, mais comme il n’y avait pas de critères objectifs, « presque tout le monde rencontrait des problèmes », selon le livre.

« Les cadres inspectés étaient forcés de faire des ‘aveux’ afin que les ‘traîtres cachés’ soient éliminés. Un nombre incroyable de machinations et de fausses accusations en ont résulté, et un grand nombre de cadres ont été persécutés ».

Le PCC a réutilisé ces stratégies dans toutes ses campagnes politiques ultérieures, notamment celles qu’il a appelé la « suppression des contre-révolutionnaires », le « grand bond en avant », la « révolution culturelle », mais également la campagne d’éradication du Falun Gong.

Les Chinois qui ont vécu la révolution culturelle se souviennent avoir écrit des essais d’ « autocritique » et participé à des « séances de lutte » souvent violentes destinées à éliminer toute pensée critique ou même ambiguë à l’égard du parti.

Selon MM. Smith et Jones, cet aspect du maoïsme a profondément influencé l’Occident.

Dans l’une des premières interviews qu’il a accordées à la presse occidentale dans les années 1940, Mao a indiqué que les cadres communistes étaient constamment « rééduqués ».

« C’est l’idée qu’il faut sans cesse se ‘réinterroger’ et se ‘rectifier’ pour être toujours dans la bonne ligne maoïste. C’est ce qu’il appelle la ‘conscientisation’, cette constante réinterrogation de soi qui est au cœur du programme maoïste », explique M. Jones.

Le concept de « conscientisation » est alors devenu « la pensée clé de la nouvelle gauche occidentale dans les années 70 », dit-il.

Ce n’est pas quelque chose d’anodin, car cela va directement à l’encontre de l’un des piliers de la pensée des Lumières en Occident, à savoir le respect de l’autonomie cognitive de l’individu.

« À chaque étape, même lorsque vous êtes un cadre efficace qui suit les règles du parti, vous devez être régulièrement corrigé pour montrer que vous suivez les bonnes règles », souligne M. Jones. « Et ce style de pensée, que nos sociétés auraient rejeté dans les années 50 et 60, car relevant du lavage de cerveau, a été validée dans les années 70 sous l’appellation de ‘prise de conscience' ».

Les auteurs voient un lien direct entre les « sessions de lutte » maoïstes et les expressions contemporaines de l’autocritique « woke » ou « éveillée ». L’idée qu’il faut « s’éduquer aux préjugés inconscients » qui nous habitent, comme le disent certains aujourd’hui, n’est rien d’autre qu’une « manifestation moderne du maoïsme en Occident », selon M. Smith.

De très nombreux cas ont vu le jour, en particulier dans le monde universitaire, en politique et dans les affaires.

En 2021, une enseignante de l’université Virginia Tech a présenté ses excuses dans son programme de développement humain :

« Je suis une femme cisgenre de race blanche, et la première de ma famille a avoir étudié à l’université, je suis originaire des Appalaches, d’origine écossaise, britannique et norvégienne. Je suis mariée à un homme cisgenre et nous appartenons à la classe moyenne. Bien que je n’aie pas « cherché » à obtenir les nombreux privilèges dont je bénéficie dans ma vie, j’en ai profité et je continuerai à en profiter, que cela me plaise ou non. Il s’agit là d’une injustice. Je m’efforce et continuerai à m’efforcer quotidiennement d’être antiraciste et d’affronter le racisme inné qui est en moi et qui correspond à la réalité et à l’histoire des Blancs. Je veux m’améliorer : chaque jour. Je me transformerai : Chaque jour. Ce travail me terrifie : Chaque jour. J’invite mes étudiants blancs à me rejoindre dans ce voyage. Et à mes étudiants de couleur : je m’excuse pour les horreurs inexcusables de notre histoire commune ».

La même année, un professeur de médecine de l’université de Californie aurait présenté les excuses suivantes à ses étudiants :

« Je ne veux pas que vous pensiez que j’essaie d’insinuer quoi que ce soit, et si vous pouvez faire preuve d’un peu de générosité pour me pardonner, je vous en serais très reconnaissant… Encore une fois, je suis vraiment désolé. Mon intention n’était certainement pas de blesser qui que ce soit. J’ai dit ‘quand une femme est enceinte’, ce qui implique que seules les femmes peuvent tomber enceintes, et je m’excuse très sincèrement auprès de vous tous ».

Le mode de pensée qui sous-tend de telles expressions de culpabilité crée des individus qui « ne sont pas heureux d’être libres », selon Jones.

« Nous vivons dans un présentisme permanent, qui repose sur notre culpabilité d’être des Blancs privilégiés, sur notre anxiété, sur notre dégoût de nous-mêmes, et nous n’avons plus le sentiment d’être libres, ce qui est pourtant ce à quoi on aspirait à la Renaissance. Nous sommes remplacés par une mentalité collectiviste, qui s’examine sans cesse et n’a aucun respect pour la culture qui a créé les conditions de richesse dans lesquelles nous vivons apparemment, même si ce n’est plus pour très longtemps au train où vont les choses ».

La colère maoïste

Un autre aspect du maoïsme qui a beaucoup influencé l’Occident est l’importance qu’il accorde à la « colère » en tant que pilier de l’état d’esprit révolutionnaire. Il se distingue ainsi de la « théorie critique » des socialistes allemands.

« Des gens comme [Jürgen] Habermas ou l’école de Francfort en général, [Herbert] Marcuse, essayaient de s’engager dans une démarche argumentative, ils voulaient un discours rationnel pour créer les conditions d’une transformation », explique M. Jones.

« Mao s’intéressait davantage à la colère, et à la possibilité de mettre les gens en colère. La colère était une stratégie particulière […] qui permettait à la gauche de renforcer son programme, si l’on peut dire ».

Smith souligne que la « colère » n’est pas quelque chose que Jones et lui-même attribuent de leur fait à la gauche moderne, mais bel et bien quelque chose qui est directement revendiqué par cette même gauche.

« La colère est essentielle à la lutte antiraciste », a écrit Myisha Cherry, professeure adjointe de philosophie à l’université de Californie-Riverside, dans le sous-titre de son livre paru en 2021, « The Case for Rage ».

« Les manifestations qui ont traversé le pays à la suite des meurtres de George Floyd et de Breonna Taylor, commis par la police au cours de l’été 2020, sont des exemples de colère lordéenne efficace et moralement appropriée », a-t-elle défendu lors d’un entretien avec le représentant des médias de l’université.

Le terme « lordéen » fait référence à l’auteure féministe noire Audre Lorde, et plus particulièrement à son discours de 1981 intitulé « Les usages de la colère : Les femmes face au racisme ».

Cette utilisation de la colère laisse souvent les conservateurs et même les libéraux de gauche complètement désemparés face au refus de débattre des « woke » – la colère ne fait pas généralement bon ménage avec la logique.

« Ils ne veulent pas d’argument, pas de persuasion. Ils se contentent de vouloir et de savoir, ils sont la vérité et ils ont besoin que cette vérité soit mise en pratique le plus rapidement possible », a déclaré M. Jones.

Après la mort de George Floyd, beaucoup ont tenté de ramener les activistes à la raison, en montrant que les minorités sont en fait traitées avec une certaine tolérance aux États-Unis. Mais ces arguments sont apparemment tombés dans l’oreille d’un sourd.

« Ils ne considéraient même pas cela comme un sujet de discussion. C’est comme s’ils estimaient que si vous ne voyez pas que seule leur position est correcte, alors il faut vous dénoncer, vous rééduquer, et vous conscientiser », explique M. Jones.

« C’est donc cet aspect stratégique du maoïsme qui le rend beaucoup plus efficace que la pensée critique de la gauche en général, car il ne s’engage dans aucune sorte d’échange dialectique ».

Selon Smith, la colère peut devenir une arme politique efficace, surtout lorsqu’il s’agit de traiter avec des libéraux, et plus particulièrement dans le cadre du maoïsme.

« La colère maoïste, c’est la division permanente », pense-t-il.

« C’est là qu’ils prennent le dessus sur les libéraux. »

« Les conceptions libérales ne savent pas comment gérer la colère permanente, parce que pour elles il s’agit seulement de constamment pouvoir s’adapter. »

Le concept de « révolution permanente » élaboré par Mao échappe un peu à la philosophie politique libérale, ajoute-t-il.

« Si nous regardons les conceptions que les Occidentaux ont de la stratégie, pour eux, il s’agit de poursuivre un but particulier jusqu’à l’obtention d’une fin particulière. Eh bien, si la fin est … simplement la lutte permanente, il n’y a plus de fin. Je ne pense pas que la pensée politique occidentale se soit vraiment attaquée à ce problème. Mais c’est pourtant ce qui est en train de se manifester dans la politique occidentale d’aujourd’hui ».

Résister à la tempête

Dans les derniers chapitres de leur livre, MM. Smith et Jones se tournent vers l’avenir.

« Nous sommes en train de vivre une quasi-révolution culturelle, mais personne ne sait vraiment comment cela va se terminer », dit M. Smith.

Il fait remarquer que lors de la révolution culturelle chinoise, l’armée populaire de libération a finalement été déployée pour « rétablir l’ordre ». Et c’est ainsi que s’est mis en place le régime obsédé par la stabilité que nous connaissons aujourd’hui en Chine.

« C’est l’image orwellienne de la fin d’une révolution culturelle », a-t-il déclaré.

Si l’on regarde un demi-siècle en arrière, et que l’on est capable de voir l’analogie entre le « moment woke » de la Chine de l’époque, et ce qui se passe actuellement en Occident, on est en mesure de prédire que les activistes seront les premiers en ligne de mire.

« Une fois qu’ils auront rempli leur rôle de perturbateurs, d’agents du changement, de briseurs de règles, etc., il se pourrait bien qu’il soit eux-mêmes écartés au profit d’une élite profondément ancrée. »

Mais le nouveau régime pourrait être très différent des autocraties du passé, selon M. Jones.

« On parle d’un régime despotique qui exerce son pouvoir par le biais de la technocratie », prédit-il.

« Vous êtes surveillés en permanence par l’IA ou d’autres moyens, et dans une conception légaliste du maoïsme, vous êtes atomisés, presque des insectes, et vous êtes surveillés en permanence, parce que nous avons la technologie pour le faire, en vous faisant remplir toujours plus de formulaires et ainsi s’assurer que vous répondez aux exigences du moment ».

Les auteurs gardent l’espoir que l’Occident résistera à la tempête, même s’ils reconnaissent que son sort est en suspens.

« Nous nous demandons si les démocraties libérale ont la capacité de se défendre contre les aspects les plus extrêmes du maoïsme, si elles peuvent contenir le maoïsme au sein d’une structure de gouvernance libérale. A moins que nous ne soyons en réalité déjà engagés sur la voie de l’instabilité et, en fin de compte, sur la voie d’une révolution culturelle occidentale équivalente à la révolution rouge, ce qui conduirait à la recherche d’une forme de stabilité et, en fin de compte, à un ordre autoritaire. Celui-ci, bien entendu, renforcerait le pouvoir d’une élite particulièrement cynique et à qui surveillerait tout », selon l’analyse de Smith.

Selon Jones, « nous sommes déjà en pleine dystopie (…) ».

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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