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Néonicotinoïdes : les députés votent la disposition clé sur le retour de l’insecticide « tueur d’abeilles »

octobre 6, 2020 0:26, Last Updated: octobre 6, 2020 12:32
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Interdit en 2018, cet insecticide « tueur d’abeilles » est de nouveau autorisé temporairement pour sauver la filière betterave.

Tous les députés sont-ils « contre » les insecticides tueurs d’abeilles ? Entre « souveraineté » agroalimentaire et défense de la biodiversité et des promesses environnementales, l’Assemblée nationale a finalement voté dans la nuit de lundi à mardi 6 octobre, la disposition clé du projet de loi permettant la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave.

Le vote solennel sur l’ensemble du projet de loi aura lieu mardi, après les questions au gouvernement. « C’est un texte difficile, important, qui ne veut pas opposer économie et écologie », selon le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. « La question est celle de notre souveraineté ».

En raison de la prolifération d’un puceron vert vecteur de la maladie qui affaiblit les plantes dans de nombreuses régions, les betteraves issues de semences non enrobées d’insecticide sont atteintes de « jaunisse ».

Un insecticide « tueur d’abeilles »

La réintroduction de semences enrobées avec des néonicotinoïdes doit permettre de protéger les rendements sucriers. Le hic est que ce type de pesticide, réputé tueurs d’abeilles, a été interdit en 2018. Et voilà le gouvernement obligé de rétro-pédaler, en s’appuyant sur le règlement européen sur les phytosanitaires permettant de déroger à l’interdiction, potentiellement jusqu’en 2023.

De LFI au RN, « on est tous contre » ces insecticides tueurs d’abeilles, a convenu le ministre Julien Denormandie. Mais « aujourd’hui il n’existe pas d’alternative » chimique ou agronomique suffisamment efficace, a relevé M. Denormandie.

Respecter une promesse environnementale ou sauver l’emploi sur fond de crise économique ? Avec son projet de loi permettant le recours temporaire et encadré à des insecticides néfastes pour les abeilles, le gouvernement est accusé de brouiller son message sur la transition écologique. Une exception qu’il justifie par la sauvegarde d’une filière qui emploie 46 000 personnes dont 25 000 agriculteurs. Or, pour le gouvernement, « tuer une filière française pour importer des sucres polonais, allemands ou belges », n’est pas une option.

Le 4 octobre dernier, l’ancien ministre de l’Écologie Nicolas Hulot a appelé dans le Journal du Dimanche (JDD) « les députés à ne pas voter » le projet de loi. « Ma fondation a estimé les pertes pour cette année à 77 millions d’euros pour les betteraviers. Indemnisons-les en échange de la mise en place de pratiques : allongement des rotations, réintroduction des haies… », a-t-il proposé.

Absence remarquée de Barbara Pompili

« On est bien embêté avec votre texte », a relevé Thierry Benoit (UDI). « La France n’a pas la maturité d’organiser la transition écologique (…) J’aimerais que Mme Pompili qui nous a vendu l’idée (de l’interdiction des néonicotinoïdes) il y a quatre ans soit au banc de l’Assemblée aujourd’hui », a-t-il déploré.

« Il ne faut pas être dans le dogme et faire en sorte que la France reste un grand pays agriculteur », a souligné Christian Jacob, chef de file des députés LR qui soutiennent le texte du gouvernement.

« Régression » et « renoncement »

À l’inverse, la gauche a présenté un front uni contre la mesure. Le patron du groupe LFI Jean-Luc Mélenchon a défendu en vain une motion de rejet préalable du projet de loi, jugeant qu’« une faute va se commettre » et promettant une action devant la Cour de justice de la République.

« Nous allons décider quelque chose de dangereux pour nos semblables, pour nos enfants, nos petits-enfants » et demain d’autres dérogations seront demandées, a-t-il pronostiqué, en estimant en outre que « la betterave française est malade du libre-échange » davantage que des pucerons.

Pour le député de l’Aube où se trouve l’une des plus grosses sucreries d’Europe, « personne ne nie les dangers de cette substance ».

Dominique Potier, député PS de Meurthe-et-Moselle, a réclamé un plan B pour la filière betterave « pour une transition économique, sociale et écologique ». 

Emmené par l’ex-ministre de l’Environnement, Delphine Batho, le groupe Écologie Démocratie et Solidarité (EDS) a fustigé la « régression » et le « renoncement » de la position gouvernementale.

En défendant pied à pied les amendements hostiles au projet, les opposants au texte ont étiré l’examen du texte et les députés ont voté après une heure du matin, l’article 1er amendé à la marge, qui ouvre la voie aux dérogations. Les débats se sont achevés vers 02h15.

Création d’un conseil de surveillance

Cet article clé prévoit en outre la création d’un conseil de surveillance et l’interdiction, sur des parcelles où ont été utilisés des néonicotinoïdes, d’implanter des cultures attirant les abeilles afin de ne pas les exposer. Ces deux mesures ont été introduites en commission par le groupe LREM soucieux de « verdir » un texte qui tombe au plus mauvais moment pour la majorité désireuse d’engager un virage écologique symbolisé par la convention citoyenne pour le climat.

Le projet, critiqué par les pro-environnement qui ont multiplié happenings près du Palais Bourbon et tribunes, ne fera pas d’ailleurs le plein des votes de « marcheurs ». Certains d’entre eux comme Jean-Charles Colas-Roy, Yves Daniel ou Sandrine Le Feur ont annoncé publiquement leur opposition au texte.

Les députés ont précisé que les dérogations permises visent explicitement les betteraves sucrières en votant le second article du projet de loi. Le gouvernement l’avait promis mais ne voulait pas l’inscrire dans le texte par crainte d’une censure du Conseil constitutionnel.

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