ARTS & CULTURE

Le Machu Picchu : entre culture et nature

mars 13, 2016 20:46, Last Updated: avril 4, 2021 18:34
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La citadelle secrète des Incas attire au Pérou chaque année 400 000 touristes fascinés par cette culture préhispanique. On le sait aujourd’hui, c’est un paysan péruvien qui la découvrit bien avant les archéologues américains.

C’est le 7 juillet 2011 que le Pérou fêtait le 100e anniversaire de sa « redécouverte » par l’archéologue américain Hiram Bingham. Quelques mois avant, les vestiges emmenés aux États-Unis lors des expéditions financées par le National Geographic étaient revenus à Cusco en grande pompe, mettant un terme à la bataille juridique entre les deux pays.

Un site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco

La saison des pluies s’était terminée sans encombre au grand soulagement des Péruviens… Car le site, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 20 ans et élu en 2007 parmi les sept nouvelles merveilles du monde, avait dû fermer deux mois l’année précédente suite à un glissement de terrain sur les rails. 3 000 touristes, bloqués au sommet pendant plusieurs jours étaient évacués par hélicoptère avec, selon notre guide Ruben, quelques scènes de panique dignes du naufrage du Titanic !

On l’imagine facilement en prenant le train qui monte au site… Chaque printemps, le cours de l’impétueuse rivière Urubamba qui longe la voie ferrée jusqu’au Machu Picchu est aussi impressionnant. L’ascension par le Train des Andes prend même un inattendu parfum d’aventure. Les ruines ont une telle renommée qu’on s’imagine y accéder dans un cadre presque aseptisé. Mais dès que l’on s’enfonce dans la forêt des nuages, la rivière en crue grondant et tourbillonnant tout le long du parcours lèche presque les rails. Les traverses semblent par endroit bien fragiles et les passagers ont parfois le sourire crispé. Le train qui monte s’arrête pour laisser passer celui qui descend ; ce qui rend les horaires incertains.

Le Machu Picchu Pueblo Hôtel à Aguas Calientes. (Marie-Noëlle Delfosse)

Il arrive que, le long de la voie, des marcheurs se « jettent » sur le bas-côté sous l’injonction des klaxons de la locomotive. On peut monter aux ruines à pied par le chemin de l’Inca, mais en février il est fermé pour entretien et les trekkeurs longent alors les rails. L’arrivée à Aguas Calientes, dernier village avant les ruines, est dans le même ton : magnifique dégradé d’ocres, assorti à l’eau en furie, mais les bâtisses posées en équilibre au bord de l’eau semblent si vétustes que l’on s’attend à en voir sortir les chercheurs d’or et autres aventuriers, la pioche sur l’épaule.

L’ascension n’est pas finie : le lendemain il faut prendre les cars, seuls autorisés à gravir les derniers kilomètres vers la citadelle perchée à 2 400 m. On comprend que les conquistadors espagnols aient eu du mal à trouver ce trésor enfoui dans la jungle à la lisière de l’Amazonie. Le site est toujours étudié par les archéologues qui font de nouvelles excavations dès qu’une évolution des moyens d’analyse leur laisse espérer de nouvelles découvertes. « Les dernières portent sur le réseau d’irrigation », précise notre guide Ruben. « Les Incas avaient des connaissances hydrologiques poussées mais cachaient l’eau, source de pouvoir. »

La démocratie ayant su, en pénalisant la culture de la coca, régler ses problèmes de sécurité et de corruption (11 candidats aux dernières élections présidentielles), le Pérou a du même coup élevé son niveau scolaire et on y trouve maintenant des guides francophones. Ils savent rendre à Pachacutec et autres empereurs incas ce qui leur appartient : c’est-à-dire le mérite d’avoir su synthétiser et mettre au service de tout un peuple des connaissances que les peuples préhispaniques qu’ils ont soumis, avaient maîtrisées, chacun dans sa spécialité, bien avant eux.

Au pied du Machu Picchu, l’impétueuse rivière Urubamba. (Marie-Noëlle Delfosse)

Sur cette histoire, le musée Larco à Lima, capitale aussi surprenante que méconnue, est incontournable. Il faut aussi se laisser entraîner vers les autres citadelles de la vallée sacrée : Pisac et ses 2 000 tombeaux nichés dans la falaise, Ollantaytambo dont les habitants prirent les conquistadors pour l’incarnation de leur dieu blanc et barbu, sans oublier la saisissante palette d’ocre des salines de Maras, improbable résurgence salée au coeur de la montagne.

Une culture, un écosystème et une douceur méditerranéenne

À Puno, à l’époque de la fête de la vierge, 200 troupes de danseurs s’affrontent au rythme des flûtes de pan. Trois jours et trois nuits de parades en costumes dont la fabrication occupe les villageoises toute l’année précédente. Une escapade aux îles d’Uros permet de retrouver un peu de calme. Malgré l’armada de bateaux charters avec ses capitaines racolant les touristes et malgré leur discours stéréotypé, le charme des villages de bambous opère toujours…

Arrivée sur les berges du lac Titicaca, je réalise que ni les manuels de géographie, ni les aventures de Tintin ne m’en ont donné une représentation précise… Une douceur quasi méditerranéenne y enveloppe ce jour-là les champs de quinoa. Un voilier gîte à peine sur le plus haut lac navigable au monde et partir pédaler à 3 800 m d’altitude me semble aussi naturel qu’en Provence. Des Européens ont acheté ici à un prix dérisoire des propriétés avec plage privée, mais, précise notre guide quechua, « ne rêvez pas : convaincre la communauté de vendre une parcelle de leur Pachamama leur a pris des années ! » Ici la terre est sacrée et ne se brade pas.

Les terrasses créaient des microclimats propices aux cultures. (Marie-Noëlle Delfosse)

Côté étape du soir, le Pérou n’est plus juste un pays pour backpackers et certains hôtels justifieraient à eux seuls le voyage. Au Machu Picchu Pueblo hôtel, c’est dans un jacuzzi privatif extérieur, entouré de bananiers, qu’on se rejoue le film de la journée. Quand l’eau, refroidie, incite à sortir du bain, le Pisco sour, apéritif dont la Bolivie et le Pérou se disputent la paternité, est prêt dans la chambre face à la cheminée…

Dans le parc de 12 hectares, l’hôtel propose des découvertes guidées des collections d’orchidées (372 familles), de papillons (250 espèces), de colibris (23 sortes) et… des ours à lunettes soignés ici en vue d’une réintroduction en forêt. Ma rencontre avec Joggi, ourson câlin de 2 ans et… 2 m restera ainsi pour toujours associée à ma découverte de la raffinée société inca.

Je n’aurais pas imaginé pouvoir, au Pérou, destination plutôt culturelle, caresser le dos d’un plantigrade très demandeur et lui tenir la griffe pendant plus d’une heure… Ce fut la surprise de ce voyage : l’écosystème y est tout aussi attachant que son histoire !

 

INFOS PRATIQUES

Office de tourisme

Tél. 0142652510    www.infoperu.com

Machu Picchu : www.sanctuarylodgehotel.com

Avion : vol Air France direct Paris CDG-Lima. Exemple de prix pour un voyage du 2 au 15 avril réservé sur internet le 8 décembre 2015 : 777,41€. Numéro assistance Internet : 0969390215

Altitude : Le Machu Pichu se trouve dans la province d’Urubamba, département de Cusco, à 2 500 m, c’est donc le point de départ idéal pour s’acclimater à l’altitude lors d’un voyage au Pérou. Enchaîner avec Pisac à 2 900 m, Cusco à 3 400m pour être en pleine forme en finissant au lac Titicaca à 3 800m.

Train des Andes. Depuis Cusco : 3h30/102€. Depuis Ollantaytambo : 1h30/86€. À bord du train Hiram Bingham, version orient express = 430€ avec repas, entrée, transferts, guide. Réserver avant le départ : www.belmond.com

Chemin de l’Inca : L’accès à pied au Machu Picchu est un trek très prisé et se fait en 2 ou 4 jours, avec guide, porteurs et cuisinier. Réservation obligatoire 3 mois à l’avance auprès des agences. www.chemin-inca.com

Hôtels : Le choix est grand. Pour le grand charme, choisir ceux d’Inkaterra (tel: +51-84) 21 11 23 Inkaterra.com. Le Machu Picchu Pueblo hôtel à Agua Calientes, à l’arrivée du train

http://www.inkaterra.com/inkaterra/inkaterra-machu-picchu-pueblo-hotel/

Au lac préférence pour le Titilaka (www andean-experience.com)

Guide francophone testé pour ce reportage : au Machu Picchu, guiaruben-mapi@hotmail.com. Dans la vallée sacrée, susana_cusco@yahoo.com

Meilleure saison : la saison des pluies de décembre à avril qui permet d’éviter les longues files d’attente pour accéder au site… Pour un trek, préférer mai à octobre (saison sèche).

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